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ACCUSATIONSPourquoi le rugbyman Bastien Chalureau est au cœur de la polémique

Coupe du monde de rugby : Pourquoi le deuxième ligne Bastien Chalureau est au cœur de la polémique

ACCUSATIONSLe rugbyman a été condamné en novembre 2020 à six mois de prison avec sursis pour des faits de violences commis « en raison de la race ou de l’ethnie de la victime ». Il a fait appel et est donc toujours présumé innocent
Bastien Chalureau : Le XV de France au cœur d’une polémique avant la coupe du Monde de Rugby
Caroline Politi

C.Po.

L'essentiel

  • La sélection dans le XV de France de Bastien Chalureau, en remplacement de Paul Willemse, blessé, suscite une vive polémique.
  • Le rugbyman a été condamné en 2020 pour des violences à caractère raciste. Il a fait appel et est donc toujours présumé innocent.
  • Interrogée sur ce sujet, la ministre des Sports a rappelé qu'en l'absence de jugement définitif, il faut laisser la justice faire son travail, dans le respect de la présomption d’innocence.

C’est une polémique dont se serait bien passé le XV de France à quelques jours de l’ouverture de la Coupe du monde. Vendredi dernier, le rugbyman montpelliérain Bastien Chalureau a été sélectionné parmi les 33 joueurs de l’équipe de France pour disputer le Mondial. Le 2e ligne remplace Paul Willemse, forfait à cause d’une blessure.

Capé six fois depuis 2022, la sélection de Chalureau pour la Coupe du monde est particulièrement critiquée. Ce ne sont pas ses qualités sportives qui font ici débat, mais son passé judiciaire. Le joueur de 31 ans a en effet été condamné en 2020 pour des violences à caractère raciste. Un jugement dont il a fait appel. Retour sur une affaire qui embarrasse les plus hautes instances sportives.

Aux origines de la polémique…

Les faits remontent à la nuit du 30 au 31 janvier 2020. Ce soir-là, Bastien Chalureau, qui jouait alors au Stade Toulousain, passe une soirée particulièrement arrosée dans un bar de la Ville rose. Pour une raison qui reste à préciser, le colosse – 126 kg, 2,02 mètres – invective deux anciens joueurs de rugby, Yannick Larguet et Nassim Arif, alors que ces derniers regagnent le parking. « J’ai entendu une personne qui criait : "Ça va les bougnoules ?" (…) J’ai demandé s’il s’adressait à moi. Il continuait sans cesse ses insultes racistes. J’ai voulu me retourner et il m’a décroché un coup de poing de toutes ses forces dans la mâchoire », a raconté peu après les faits Yannick Larguet à La Dépêche. Bilan : la lèvre perforée, quatre dents qui bougent et une entorse cervicale. Son ami, lui, s’en sort avec un hématome.

Lors du procès, Bastien Chalureau reconnaît les violences mais nie fermement toute insulte à caractère raciste. Selon France 3, deux de ses amis, joueurs de Castres, ont corroboré ses déclarations. Des témoignages qui ne se sont pas révélés décisifs puisqu’il a été condamné, en novembre 2020, à six mois de prison avec sursis, le tribunal retenant le caractère raciste de l’agression. La procureur avait réclamé huit mois avec sursis. Avec son avocat de l’époque, Me Antoine Tugas, Bastien Chalureau avait fait appel de cette décision. « Il accepte une condamnation pour une bagarre, mais de dire que cette bagarre est due à la couleur de peau ou à l’origine raciale, il ne peut pas l’accepter », avait déclaré le conseil à nos confrères de France 3 après sa condamnation.

Présumé innocent jusqu’à une condamnation définitive

Le procès en appel, qui aurait dû se tenir fin mars, est désormais prévu pour le 14 novembre, soit après la fin de la Coupe du monde. La défense avait demandé un renvoi en raison, notamment, d’une grève des transports et d’une pénurie de carburant qui compliquait le déplacement de Montpellier, où vivent le joueur et son avocat, à Toulouse. « Ce n’est pas nous qui fixons les dates d’audience, c’est le tribunal, insiste son nouvel avocat, Me David Mendel. On ne propose pas de date, on ne donne pas nos préférences, on nous dit c’est tel jour, et c’est ainsi. La Coupe du monde et les impératifs sportifs de mon client n’ont absolument pas joué. »

En attendant ce procès, Bastien Chalureau est toujours présumé innocent. En effet, en droit français, une personne est considérée comme innocente jusqu’à ce que la condamnation soit définitive. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’est pas rare que les décisions en appel soient différentes de celles prononcées en première instance : une personne déclarée coupable peut se voir innocenter en appel et vice-versa. Or, c’est la dernière qui prévaut. De même, s’il y a un pourvoi en cassation, la présomption d’innocence court jusqu’à la fin de la procédure. « Tout l’objet de ce procès en appel est pour nous de démontrer qu’il n’y avait aucun caractère raciste dans cette agression », insiste son avocat.

Polémique autour de sa sélection

Malgré tout, la présence de Bastien Chalureau en équipe de France fait des remous. Samedi, deux députés de La France insoumise, Thomas Portes et François Piquemal, ont annoncé leur intention de « saisir » la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, pour faire annuler cette sélection. « On ne peut pas accepter aujourd’hui d’avoir un joueur de rugby en équipe de France qui a été condamné pour des faits racistes », a insisté le premier dimanche sur RMC. L’ancien capitaine du XV de France Thierry Dusautoir a également interrogé le choix de Fabien Galthié dans le « Canal Rugby Club ». « Je suis un peu gêné parce que je suis ami de la victime et j’ai un avis assez arrêté sur cette affaire. (…) Bastien Chalureau a été sélectionné en 2022. Les faits précèdent sa sélection », a-t-il commenté.

Devant la polémique naissante, les hautes autorités du sport sont rapidement sorties de leur réserve. « Je redis avec force et insistance que le racisme n’a pas sa place dans le rugby. Il y a des lois en France qui garantissent la présomption d’innocence, Bastien Chalureau a reconnu des faits de violence mais a toujours nié les propos racistes. Un appel est en cours, il faut laisser la justice faire son œuvre », a assuré Florian Grill, le président de la Fédération française de rugby (FFR) lors de la conférence de presse organisée ce lundi.

Une position peu ou prou identique à celle de la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra. « Bastien Chalureau a fait appel de sa condamnation par le tribunal correctionnel de Toulouse parce qu’il nie catégoriquement, et toujours aujourd’hui, avoir tenu des propos racistes. Dès lors qu’il n’y a pas de jugement définitif, il faut laisser la justice faire son travail, dans le respect de la présomption d’innocence. »

Bastien Chalureau s'est finalement présenté devant la presse lundi soir, pour répondre en personne à cette polémique. « Je suis joueur de rugby professionnel, la justice suit sa procédure, moi je m’en remets à elle et et je me concentre sur le terrain », a-t-il réagi, insistant sur ce qu'il maintient depuis le début de l'affaire : « J'ai toujours réfuté ces accusations. Je ne suis pas raciste. »

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