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Coupe du monde de rugby : « Un sport très longtemps resté sous influence britannique », selon Kévin Veyssière
Soft power•Dans son livre « Planète rugby, 50 questions géopolitiques », Kévin Veyssière analyse le développement international de ce sport à l’occasion de la 10e Coupe du monde qui commence vendrediPropos recueillis par Gilles Durand
L'essentiel
- Comment se développe l’influence du rugby à travers le monde ?
- Un spécialiste en géopolitique du sport, Kévin Veyssière, tente d’analyser le phénomène dans un livre Planète rugby, 50 questions géopolitiques.
- À l’occasion de l’ouverture de la 10e Coupe du monde, vendredi, 20 Minutes lui a posé quatre questions sur ce sport si particulier.
Comment se développe l’influence du rugby à travers le monde ? Un spécialiste en géopolitique du sport, Kévin Veyssière, tente d’analyser le phénomène dans un livre Planète rugby, 50 questions géopolitiques, paru la semaine dernière aux éditions Max Milo. À l’occasion de l’ouverture de la 10e Coupe du monde, vendredi, 20 Minutes lui a posé cinq questions sur ce sport si particulier.
Pourquoi a-t-il fallu attendre 1987 pour voir la première Coupe du monde ?
Le rugby a mis du temps à s’internationaliser à cause d’un blocage principal : c’était le dernier vestige de l’influence britannique et les instances qui dirigeaient ce sport ont longtemps voulu le préserver à travers des codes et des valeurs. La grande crainte, c’était le basculement vers le professionnalisme. Dans les années 1970-80, une nouvelle économie du sport est apparue avec le développement des droits télé. Les nations de l’hémisphère sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, poussaient fortement pour une Coupe du monde afin de se confronter aux pays européens. L’Afrique du Sud, à l’époque, était bannie, à cause de la politique d’apartheid du pays.
Pourquoi l’élite reste-t-elle cantonnée aux mêmes pays ?
On aurait pu imaginer voir de nouveaux pays émerger avec la création d’une Coupe du monde. Ça n’a pas été le cas. En neuf éditions, seuls quatre pays ont remporté le titre et un de plus, seulement, a participé à la finale*. Un pays comme le Maroc qui atteint la demi-finale de la dernière coupe du monde de football, c’est beaucoup plus compliqué au rugby. L’Argentine a créé la surprise en 2007 et le Japon en 2019, mais ces deux pays avaient déjà une culture ancienne du rugby. Le professionnalisme a globalement renforcé le poids financier des nations historiques. Comme avec la Ligue des champions en football qui permet aux plus grands clubs de s’enrichir encore davantage. En plus, le profil spécifique du rugby avec la différence entre les avants et les arrières rend ce sport plus difficile à s’implanter que le football.
Pourquoi les Etats-Unis sont-ils nuls ?
C’est effectivement une surprise de ne pas les retrouver en Coupe du monde, malgré la création d’une ligue pro en 2016. Le terrain est pourtant favorable. Les sports collectifs marchent bien à l’université et le rugby est pratiqué depuis la fin du XIXe siècle. Les Etats-Unis ont même été champions olympiques en 1920 et 1924 avant que le sport ne disparaisse. Mais le rugby véhicule une identité trop britannique. Le football a connu le même problème avant de se développer après le mondial 1994 organisé dans le pays. Ce sera peut-être le cas après 2031. Les Etats-Unis doivent organiser la Coupe du monde cette année-là.
Le rugby à 7 peut-il supplanter la popularité du 15 ?
Le rugby à 7 est intéressant car il sort du cadre traditionnel. Les compétences athlétiques des joueurs sont différentes. Le fait qu’il soit discipline olympique lui donne une belle visibilité. On voit des pays comme la Chine, la Colombie ou le Kenya s’immiscer dans l’élite. Les pays émergents obtiennent plus vite des résultats, ce qui incite les pouvoirs publics à poursuivre les investissements. C’est une affaire à suivre, mais il manque une coupe du monde de rugby à 7, je pense, pour que la popularité atteigne celle du 15. La Coupe du monde à XV fait partie du top 10 des événements les plus vus dans le monde avec 800 millions de téléspectateurs.
Pourquoi cette compétition, en France, est-elle plus qu’un événement sportif ?
Pour obtenir cette compétition, la France a avancé des arguments financiers importants. Avant tout, la perspective de revenus record avec une projection de 135 millions supplémentaires par rapport à la Coupe du monde 2015, soit une augmentation de 40 %. Pour World rugby, c’est essentiel car cette instance qui dirige le rugby mondial vit des retombées économiques de cet événement. Cette organisation est, pour l’instant, entachée par des soupçons de favoritisme autour de la vente de billets, l’éviction du président de la fédération, Bernard Laporte, et du président du comité d’organisation, Claude Atcher. Mais elle doit montrer la capacité de la France à mettre sur pied un grand événement à moins d’un an des Jeux olympiques.
* A titre de comparaison, les neuf premières Coupe du monde de football ont vu cinq pays la remporter et quatre de plus atteindre la finale.


















