Tour de France 2022: La Jumbo toute puissante, les Danois en feu et plein d’autres trucs… Ce qu’on retient de cette 109e édition

CYCLISME Le Tour de France s'est achevé dimanche soir à Paris sur le triomphe de l'équipe de Jumbo-Visma et son maillot jaune Jonas Vingegaard

Nicolas Camus
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Champagne pour la Jumbo.
Champagne pour la Jumbo. — Thomas SAMSON / AFP / POOL
  • Le Tour de France 2022 s’est achevé dimanche avec la victoire de Jasper Philipsen sur les Champs-Elysées
  • Le Danois Jonas Vingegaard a remporté son premier Tour, symbole d’une course marquée par la démonstration de son équipe, la Jumbo-Visma.
  • Mais entre les trois premiers jours au Danemark, le panache de Tadej Pogacar, les étapes animées dès le départ et les tentatives parfois désespérées des Français, il s’est passé 1.000 choses sur les routes lors de ces trois dernières semaines.

Ça y est, c’est fini. Les coureurs ont mis un point final à la 109e édition du Tour de France, dimanche soir, avec la traditionnelle arrivée au sprint sur les Champs-Elysées, qui a souri cette année à Jasper Philipsen. Une édition marquée bien sûr par l’ultra-domination de la Jumbo-Visma, repartie de Paris avec trois maillots distinctifs, dont le plus important, le jaune, pour Jonas Vingegaard. Au-delà de la première victoire du Danois de 25 ans, ce Tour a marqué les esprits par son scénario dingue, symbole d’une course qui n’a pas connu de temps mort, entre le grand départ au Danemark, le sens de la bagarre de Tadej Pogacar et les tentatives désespérées des Français.

Des Danois partout, tout le temps

Il était écrit que ce Tour serait celui du Danemark. Le pays hôte du grand départ, cette année, a fait honneur à la Grande Boucle. Par son accueil dingue pour les coureurs, déjà, on se rappelle le public présent massivement dans les rues de Copenhague lors du chrono inaugural, sous la pluie. Même le long des 180 km des deux étapes suivantes, dans la plaine, il y avait du monde presque tout du long.

« C’est un truc de zinzin. Ils sont fous ces Danois ! Il y a du monde partout et à chaque petite montée, on se croyait dans les Alpes », disait un membre de la caravane publicitaire dans un article de La Croix. « En ce qui concerne les grands départs depuis quinze ans, celui-là est assurément sur le podium avec Londres en 2007 et le Yorkshire en 2014 », a quant à lui jugé le grand patron, Christian Prudhomme.


Un succès populaire qui a trouvé son prolongement à la télévision, puisque la chaîne TV2 a enregistré une part de marché moyenne de 78 % pendant la diffusion des trois premières étapes. Du jamais-vu. Pour ne rien gâcher, les coureurs danois ont également fait très fort. Magnus Cort Nielsen devant TOUS les jours lors de la première semaine, quatre victoires d’étapes (Vingegaard x2, Cort Nielsen et Pedersen), et la victoire finale du coureur de la Jumbo, bien sûr. « Ikke dårligt », comme on dit au pays («pas mal » en VF).

Le feu d’artifice du Granon

De l’avis même de ceux qui se baladent sur le Tour depuis 30 ou 40 ans, cette 11e étape entre Albertville et le col du Granon est à ranger tout là-haut, au rayon anthologie. C’est là où la course a basculé. Au départ en fin de matinée, Pogacar est un solide leader et on se demande déjà si le Tour est plié. Mais les Jumbo ont un plan. Benoot et Roglic enclenchent à 70 bornes de l’arrivée, puis Vingegaard et le même Roglic, qui sait qu’il ne peut plus jouer le général, harcèlent le Slovène avant même le Galibier.

Isolé, Pogacar répond à tout, mais finit par céder dans l’ascension finale, terrible, du Granon. Vainqueur au sommet, Jonas Vingegaard s’envole et fait coup double, nouveau leader du classement avec désormais une avance de 2’22 sur le double vainqueur sortant. Il ne quittera plus son maillot jaune pour remporter, à 25 ans, son premier Tour de France.

La folie Wout van Aert

Si les Jumbo ont fait la loi sur ce Tour, ils le doivent en grande partie au coureur belge. Trois fois deuxième au Danemark, il a évacué sa frustration avec une attaque monstrueuse dans la côte du Cap Blanc-Nez, lors de la 4e étape, pour aller s’imposer à Calais, maillot jaune sur le dos. Une démonstration de force qui ne sera pas la dernière. On l’a vu devant tous les jours ou presque, en plaine comme dans les cols, soit pour sa quête personnelle du maillot vert (finalement acquis avec une marge record), soit pour jouer l’équipier modèle. La manière dont il a fait sauter Pogacar dans la montée d’Hautacam, jeudi, symbolise sa supériorité. Elu « super combatif » du Tour, il en a été l’autre grand vainqueur. Au point où les observateurs se demandent s’il pourrait se présenter un jour au départ avec l’intention de le gagner…

Le panache de Pogacar

Le Slovène a lâché sa couronne, vaincu par la force collective des Jumbo et un Vingegaard sans faille, mais il a combattu jusqu’à la fin. Après la perte de son maillot jaune, il a attaqué absolument tous les jours, même quand le terrain ne s’y prêtait pas. On l’a vu tenter en montée, en descente, et même sur le plat, dans le final vers Cahors vendredi et dimanche sur les Champs-Elysées, pour un dernier baroud d’honneur. « Je ne pouvais pas avoir une plus belle manière de perdre le Tour de France. J’ai tout donné, en pensant au classement général, et je pourrai quitter la course sans regrets », a-t-il estimé. Avec un grand sourire sur le visage. Son duel avec Vingegaard ne fait que commencer.

Les Français avec les moyens du bord

On leur a un peu tapé dessus, exigeant chauvinisme oblige. Mais les coureurs français ont fait avec leurs moyens, surtout quand on considère l’immense vide laissé par l’absence de Julian Alaphilippe. Warren Barguil et Romain Bardet ont animé l’étape du Granon, Thibaut Pinot n’est pas passé loin à trois reprises, malgré des jambes aléatoires à la suite de son récent Covid. Le petit prince n’a pas eu de chance non plus de tomber sur une grosse bataille pour le classement général, radine avec les échappées. Et puis, pas de zéro pointé finalement, grâce à la belle victoire de Christophe Laporte à Cahors lors de la 19e étape.

Et ouais Cricri, elle est pour toi celle-là.
Et ouais Cricri, elle est pour toi celle-là. - Marco BERTORELLO / AFP

Au classement général, David Gaudu, 4e, accroche le meilleur résultat pour un Français depuis la troisième place de Bardet en 2017. Une belle performance pour le grimpeur breton de 25 ans, qui a pu compter sur une équipe soudée au sein de laquelle son grand copain, Valentin Madouas, s’est révélé avec une 11e place au général et une assistance de tous les instants. Gaudu a pris date, même si les deux fusées devant ne sont plus âgées que lui. « C’était la première fois que j’étais clairement leader avec une équipe dédiée à 100 % pour moi. Ce test est réussi, juge-t-il. J’ai réussi à être avec les meilleurs grimpeurs du monde, le gratin du gratin. Ça fait du bien à la tête et ça me donne de la confiance pour la suite. »

La chaleur

Hormis au Danemark, les coureurs n’ont pas vu la pluie cette année. Une rareté. Surtout, ils ont couru sous des cagnards pas possibles, avec des pointes à plus de 42°C. La 15e étape entre Rodez et Carcassonne, le 17 juillet, a marqué le pic de cette vague de chaleur avec 40° degrés à l’ombre tout du long. « C’était un four », avait rapporté Nils Politt à l’arrivée, résumant le sentiment général. Les organisateurs se sont adaptés, permettant notamment un ravitaillement dès le départ et jusqu’à 10 km de l’arrivée. Mais il va falloir réfléchir pour les années à venir, qui globalement ne seront pas moins froides.


Des attaques dans tous les sens

Chaque jour, on se disait que c’était plus possible, que tout le monde était cuit et que ça allait temporiser un peu. Et chaque jour, ça partait au km 0. Les fameuses « étapes de transition », où on pouvait se caler une petite sieste au milieu sans déranger personne, ont disparu du lexique du Tour. Ça a roulé à bloc, tout le temps, et d’ailleurs la moyenne générale est la plus élevée de l’histoire (plus de 42km/h). « Ça ne débranche plus, c’est très impressionnant, débriefait le directeur Christian Prudhomme dimanche matin. Il se passe quelque chose dans toutes les étapes, une première heure courue à très grande vitesse, avec souvent des favoris et des équipiers de favoris dans les échappées, une façon de courir tout à fait nouvelle. »

Marc Madiot, n’a pas eu le temps de s’ennuyer non plus. « Le peloton s’internationalise, avec de forts enjeux financiers. Tout le monde veut se montrer, tout le monde veut gagner », rappelait le boss de l’équipe Groupama-FDJ lors de la journée de repos, en début de semaine dernière. On a déjà hâte de voir ce que nous réserve le prochain tracé du Tour.

Et aussi (en vrac)…

La moustache de Cort Nielsen, le coucou à la caméra de Tadej avant de finir en fringale, Bardet qui médite en haut du Granon, le jump de Laporte, Louis Meintjes qui finit la Super Planche des Belles Filles à pattes, Vingegaard avec le vélo de van Hooydonck sur les pavés, van Aert pas content parce qu’on lui a pris un point dans un sprint intermédiaire alors qu’il en a 372 d’avance, le finish de Jakobsen à Peyragudes dans les délais pour 17 secondes, Pidcock dans la fontaine publique à Carcassonne (et ses descentes de cols), la victoire de Hugo Houle à Foix, les coups tactiques de la Movistar (non là on déconne)…