Tour de France 2022 : « Il le mérite tellement »… Christophe Laporte, l’équipier modèle de la Jumbo, sauveur du cyclisme français

CYCLISME L’homme de l’ombre de la toute-puissante formation néerlandaise est sorti du bois dans le final de la 19e étape ce vendredi pour offrir à la France sa première victoire sur ce Tour 2022

Nicolas Camus
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Christophe Laporte a remporté la 19e étape du Tour de France à Cahors, le 22 juillet 2022.
Christophe Laporte a remporté la 19e étape du Tour de France à Cahors, le 22 juillet 2022. — Shutterstock/SIPA
  • Christophe Laporte a remporté ce vendredi la 19e étape du Tour de France à Cahors.
  • Enfin une victoire d’étape française, alors que la course se termine dimanche sur les Champs-Elysées.
  • Homme à tout faire de Jonas Vingegaard et Wout van Aert à la Jumbo-Visma, l’ancien coureur de la Cofidis a sauté sur l’occasion qui lui a été offerte pour jouer sa carte personnelle.

Elle est venue au moment où on n’y croyait plus. Nos derniers espoirs avaient fondu jeudi, au moment où Thibaut Pinot avait lâché prise à 8 km du but, déposé comme un vulgaire colis au point relais par l’essoreuse Wout van Aert dans la montée d'Hautacam. Et puis le miracle, lors de l'étape 19, ce vendredi. Christophe Laporte, équipier modèle de Jonas Vingegaard au sein de la toute-puissante Jumbo-Visma, a surgi juste avant la flamme rouge, à Cahors, pour reprendre le trio de tête puis partir seul vers une victoire qui semblait promise aux sprinteurs. Le premier succès français sur ce Tour de France, à deux jours de l’arrivée sur les Champs-Élysées.

Voilà donc le bilan tricolore sauvé, et de quelle manière. Alors qu’on pensait que Laporte emmènerait van Aert dans un sprint massif, comme d’habitude, l’ancien coureur de la Cofidis a joué sa carte personnelle. Son coéquipier belge raconte : « Je n’étais pas très bien aujourd’hui, en milieu d’étape, j’ai dit aux gars et à Christophe "c’est pour toi, tu dois faire le sprint". Mais il a fait mieux, il a attaqué Ça me fait super plaisir. »


S’il a attaqué, c’est que Laporte, bon sprinteur, ne fait pas non plus partie des plus rapides. Il le savait, évidemment, alors il a manœuvré comme un chef pour tirer son épingle du jeu alors que le peloton déboulait à plus de 60 km/h dans les rues de la préfecture du Lot. « J’étais vraiment bien placé, parce qu’on voulait placer Jonas devant, et puis j’ai vu une petite cassure, alors j’ai fait le jump pour y aller, explique le héros du jour. Je n’ai pas vraiment hésité, je savais que c’était une chance pour moi parce que dans un sprint massif, je suis trop juste. »

« C’est déjà un grand ami »

Après quelques centaines de mètres dans la roue des trois fuyards (dont le Français Alexis Gougeard) sur le point d’être repris, le sprinteur-puncheur a décidé qu’il était temps de s’envoler. « Quand ils ont commencé à être un peu courts, j’ai appuyé sur les pédales sans me retourner. J’ai même pu savourer un peu avant la ligne. » Le coup tactique parfait. « Ça se joue en une fraction de seconde, et je ne regrette pas ma décision », se délecte-t-il. On veut bien le croire.

C’est une sacrée belle récompense pour Christophe Laporte, qui avait reçu l’hommage de Jonas Vingegaard jeudi soir après son succès scellant (presque) sa victoire sur le Tour, pour tout le boulot accompli depuis le départ au Danemark. « Il méritait cette victoire, vraiment. Je suis tellement heureux pour lui », saluait encore le maillot jaune jeudi. Le Varois a pris le vent, a roulé dès qu’il a pu en montagne, s’est même glissé dans une échappée sur un terrain compliqué pour servir la tactique de la formation néerlandaise. Arrivé l’hiver dernier, le Français est adopté. « C’est déjà un grand ami, il a fait beaucoup pour nous sur ce tour, mais aussi pour moi au printemps [sur les classiques], relève van Aert. C’est fou qu’il finisse comme ça. »


C’est également une récompense personnelle, lui qui a bossé comme un damné pour faire son trou au sein du mastodonte néerlandais, qui a écrabouillé la course avec cinq victoires d’étapes, le maillot jaune, le maillot vert et le maillot à pois. « On fait un Tour incroyable. C’est beaucoup de sacrifices aussi, je n’ai pas beaucoup vu ma famille, j’ai dû passer une semaine chez moi au cours de ces trois derniers mois, décrit Laporte. Mais quand on voit que ça paye sur le terrain… »

La France du vélo lui dit merci en tout cas, alors qu’elle s’apprêtait à ranger l’année 2022 aux côtés de 1999 et 1926, les deux seules de l’histoire sans succès tricolore. « Je me disais aussi que ça allait être chaud pour une victoire française, en sourit David Gaudu, qui sera lui le premier Français au général avec sa belle 4e place. Ça fait du bien à tout le monde, et puis Christophe est quelqu’un de très gentil dans le peloton, je suis content pour lui. » A 29 ans, l’éternel équipier méritait bien un peu de lumière.