Tour de France 2022 : Ça commencerait pas à sentir le sapin pour une victoire d’étape française ?

CYCLISME Thibaut Pinot, dans le bon coup ce samedi sur la route de Mende lors de la 14e étape, n'avait pas les jambes pour aller chercher la gagne. Les coureurs français n'ont toujours pas levé les bras sur ce Tour

Nicolas Camus
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Thibaut Pinot lors de la 11e étape du Tour de France vers le col du Granon, le 13 juillet 2022.
Thibaut Pinot lors de la 11e étape du Tour de France vers le col du Granon, le 13 juillet 2022. — SOPA Images/SIPA
  • L'Australien Michael Matthews a remporté la 14e étape du Tour de France, ce samedi, au sommet de la montée Laurent Jalabert à Mende.
  • Thibaut Pinot, Franck Bonnamour et Benoît Cosnefroy faisaient partie de la bonne échappée, mais ils n'ont pu suivre les plus costauds quand les attaques ont commencé à 50 kilomètres de l'arrivée.
  • Alors qu'il reste sept étapes jusqu'aux Champs-Elysées, les coureurs français sont toujours à la recherche de leur première victoire dans cette édition.

On ne voudrait pas paraître pessimiste, mais là, on commence vraiment à entrer dans le dur. On y a cru pourtant, après le premier tiers de cette 14e étape entre Saint-Etienne et Mende, samedi. Thibaut Pinot, Benoît Cosnefroy et Franck Bonnamour dans le bon coup sur la route qui mène à la fameuse montée Laurent Jalabert, il y avait de quoi se lécher les babines. Encore raté. Les deux derniers ont lâché très tôt après la première attaque de Michael Matthews, à 50 km de l’arrivée. Quant à notre Tibopino national, on a cerné assez vite qu’il n’avait pas les jambes de sa vie. Résultat, une 3 place sur la ligne d’arrivée, et toujours pas de victoire française dans ce Tour de France 2022.

Frustrant, mais l’électron libre de la Groupama-FDJ n’avait pas (trop) de regrets à l’arrivée. « Je suis très déçu. C’était vraiment compliqué aujourd’hui, j’étais dans l’échappée la plus costaude du Tour je pense [23 hommes dont des lascars comme Kamna, Powless, Sanchez, Mollema, Uran, Geschke, Fuglsang ou Bettiol]. Je savais que ce serait compliqué d’arriver au pied avec tout le monde. Ils m’ont bien cramé à 50 bornes, et après c’était difficile. Mais il n’y a pas grand-chose à regretter, je n’avais pas de grandes jambes donc j’ai fait avec mes moyens », a débriefé celui qui a déjà levé trois fois les bras sur la Grande Boucle (2012, 2015, 2019).

Comme si le manque de peps ne suffisait pas, Pinot avait une pancarte grosse comme ça dans le dos en se faufilant dans le groupe de tête. S’il y avait des clients, le meilleur grimpeur, sur le papier, c’était lui. « Aucune équipe n’avait intérêt à m’amener au pied avec elles, convient-il. Ça a été très tactique, ils ont laissé Stefan [Kung, son équipier] travailler. Ça se comprend, c’est le jeu. »

C’est la deuxième fois dans ce Tour que le Français ne passe pas si loin, après sa sortie en contre derrière Bob Jungels lors de la 9e étape vers Châtel, le week-end dernier. Il était revenu à 30 secondes, avant de coincer. Pas un Tricolore n’a fait mieux depuis, même si Warren Barguil a ambiancé la folle étape vers le col du Granon, mardi. Ça ne suffira pas à sauver le bilan si on en reste là. C’est la première fois depuis 2016 qu’aucun représentant de la nation n’a gagné après 14 étapes, et le spectre des deux seules éditions sans victoire française (1926 et 1999) commence gentiment à planer sur ce Tour.

« Un peu de réussite, un peu de chance, un peu de jambes »

A la décharge des Français, deux de ses meilleures chances ne sont pas là. Le sprinteur Arnaud Démare, triple vainqueur sur le Giro il y a deux mois, n’entrait pas dans les plans de la Groupama-FDJ, recentrée autour de David Gaudu pour le général. Et surtout, surtout, Julian Alaphilippe n’est pas revenu en forme à temps pour en être. C’est lui le dernier Français à avoir levé les bras, lors de la toute première étape du Tour 2021. De leur côté, Romain Bardet et David Gaudu, donc, sont bloqués par leur présence dans le top 10 du général. Guillaume Martin et Warren Barguil ont été mis hors course par le Covid-19. Alors il ne reste plus grand monde pour aller en claquer une petite.

Et puis, pour l’instant, ça ne veut pas sourire. Les Français sont souvent à contre-temps, et s’ils sont dans les neuf premières tentatives en début d’étape, c’est la dixième qui sera la bonne. « Il manque un peu de réussite, un peu de chance, un peu de jambes. Un peu de tout, quoi, résume Thibaut Pinot. Pour gagner sur le Tour, il faut avoir les bons éléments avec soi. » Ce n’est pas le cas pour l’instant, mais il faut garder espoir. Dans les sept étapes qui restent jusqu’aux Champs, on en voit trois où ça pourrait matcher, avec de l’imagination :

  • La 16e entre Carcassonne et Foix, mardi. Quelques cols pour faire la sélection, mais pas trop durs, et une arrivée non pas jugée au sommet mais après une longue descente.
  • La 17e entre Saint-Gaudens et Peyragudes, mercredi : quatre cols exigeants, dont un dernier pas trop long et avec de forts pourcentages, idéal pour élaborer un coup de loin.
  • La 18e entre Lourdes et Hatacam, jeudi : Deux montées hors-catégorie, mais avec de l’espace pour anticiper la baston pour le maillot jaune entre Pogacar et la Jumbo.

« J’attends les Pyrénées, je pense que ça ira mieux. Les échappées seront dures à prendre, mais on va encore essayer », a annoncé Pinot, qui ne baisse pas la tête. Son leader, le meilleur du reste du monde derrière les fusées Vingegaard et Pogacar dans le final samedi, non plus. « J’étais revanchard de l’Alpe (d’Huez), où je n’avais pas tout donné. Du coup, j’ai lâché les chevaux et quand je vois ce que ça fait ça, ça me donne envie, ça me donne confiance et j’ai hâte d’être dans les Pyrénées », a dit David Gaudu.

On peut aussi penser à Tony Gallopin ou Aurélien Paret-Peintre, qui dans une bonne journée sont tout à fait capables de jouer devant. Allez messieurs, la nation compte sur vous.