Tour de France 2021 : Comment la station « poissarde » de Tignes a vécu la course, deux ans après « un traumatisme »

CYCLISME Au terme d’une 9e étape « dantesque » en provenance de Cluses (Haute-Savoie), le sommet de Tignes (à 2.107 m) a départagé dimanche les coureurs du Tour de France

Jérémy Laugier
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Malgré les conditions météo très difficiles, la foule était présente aux abords du lac de Tignes pour fêter le futur vainqueur d'étape Ben O'Connor.
Malgré les conditions météo très difficiles, la foule était présente aux abords du lac de Tignes pour fêter le futur vainqueur d'étape Ben O'Connor. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP
  • L’Australien d’AG2R Citroën Team, Ben O’Connor, a remporté dimanche avec la manière la 9e étape du Tour de France.
  • Celle-ci marque le retour de la station de Tignes comme ville d’arrivée de la Grande Boucle, deux ans après avoir vécu une journée « dantesque ».
  • Si les bords de route n’étaient pas bondés dimanche, les supporters du Tour ont mis une belle ambiance, malgré des conditions météorologiques galères.

De notre envoyé spécial à Tignes,

Les fameux diots au vin blanc savoyards peuvent donc totalement être un plat de saison pour un 4 juillet. Bon, surtout lorsque les températures ne dépassent pas de la journée les 10°C entre Cluses et Tignes. Le stand de nourriture installé tout près de l’arrivée, au sommet de la station à 2.107 m, aurait même pu cartonner en préparant des barquettes de tartiflette, au vu de « la météo dantesque » de dimanche. Il s’agirait presque d’une habitude ici. Le 26 juillet 2019, après 11 jours de maillot jaune sur le dos pour Julian Alaphilippe et un succès magique de Thibaut Pinot au Tourmalet, Tignes attendait sagement de voir les leaders du Tour de France en découdre à la pédale.

Président des vins de Savoie et présent au niveau des Brévières à Tignes, tant durant l’été 2019 que dimanche, Laurent Cavaillé n’a rien oublié de cet épisode invraisemblable : « Ça a un peu été une frustration et même un traumatisme, puisque la course avait été arrêtée et Tignes n’avait pas pu découvrir les coureurs. On se dit que la ville est quand même poissarde quand on voit toute la pluie qui tombe. Mais quand on voit le grand engouement des gens dimanche, même sous la pluie, ça prouve qu’il était important que le Tour revienne par là. Quand même, c’est tellement joli quand il y a du soleil. »

Guillaume a fêté son enterrement de vie de garçon, dimanche avec ses amis, au plus près de la route filant jusqu'à Tignes.
Guillaume a fêté son enterrement de vie de garçon, dimanche avec ses amis, au plus près de la route filant jusqu'à Tignes. - Jérémy Laugier/20 Minutes

La menace de la neige a plané sur cette 9e étape dimanche

Du quoi ? Les conditions ont été encore plus horribles entre Cluses et Tignes que la veille, entre Oyonnax et Le Grand-Bornand, et ça constitue déjà un petit exploit. Ça n’a pas empêché Anthony de venir en famille de Val d’Isère pour assister au passage du peloton en Savoie. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il garde un regard décalé sur la coulée de boue qui avait écourté l’étape du 26 juillet 2019, une première dans l’histoire de la Grande Boucle.

Une vingtaine de supporters de l'ASSE ont encouragé les coureurs, dimanche en Savoie.
Une vingtaine de supporters de l'ASSE ont encouragé les coureurs, dimanche en Savoie. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« On était à Val d’Isère, on attendait que les coureurs descendent du col de l’Iseran, se souvient-il. Mais avec ce gros orage, on a eu… la chance de pouvoir voir les coureurs arrêtés, et pas en train de tracer sur leur vélo, en plein centre de Val d’Isère. Il y avait une vraie euphorie. » Superstitieux, Anthony avait prévu depuis plusieurs jours les tenues de pluie pour dimanche, gardant aussi en mémoire une autre étape du Tour raccourcie en raison de la neige tombée dans le col de l’Iseran sur l’édition 1996. Oui, oui, de la neige en plein mois de juillet, et on n’a presque cru vivre un remake de flocons savoyards au vu des températures glaciales ayant frappé la course durant toute la journée.

Encore plus que l'an passé, les Slovènes sont venus nombreux sur la Grande Bouchel.
Encore plus que l'an passé, les Slovènes sont venus nombreux sur la Grande Bouchel. - Jérémy Laugier/20 Minutes

Michael Rasmussen, l’autre mauvais souvenir de cette étape des Alpes

« Entre Tignes et le Tour de France, il y a décidément une petite histoire d’amour qui commence », sourit Sébastien, qui réside toute l’année à Tignes les Brévières. Déjà venu au cœur de la redoutable montée de Tignes (21 km à 5,6 %) « pour une journée mémorable » en 2019, en pleine « Alaph’mania », un groupe d’une vingtaine de Stéphanois déchaînés (et déguisés) a remis ça dimanche. 

Guillaume, venu avec ses amis de Vienne (Isère) pour célébrer un enterrement de vie de garçon pluvieux (donc heureux), ou encore des dizaines de supporters slovènes brandissant fièrement le drapeau du vainqueur annoncé Tadej Pogacar, ont aussi ciblé cette deuxième étape dans les Alpes, avec ses cinq cols. Ils ont pu, près de leurs tentes disposées dans les lacets de la montée de Tignes, apprécier dimanche le numéro de soliste de Ben O’Connor. Même le précédent vainqueur au sommet de la station savoyarde, en juillet 2007, rappelait de mauvais souvenirs aux amateurs de cyclisme. Il s’agissait du Danois de la Rabobank, Michael Rasmussen