Tour de France 2021 : Tadej Pogacar a-t-il déjà « tué la course » après son monstrueux coup de force dans les Alpes ?

CYCLISME Le tenant du titre slovène s’est emparé du maillot jaune, ce samedi au Grand-Bornand (Haute-Savoie), après avoir déposé tous ses concurrents directs dans les deux derniers cols

Jérémy Laugier
— 
Le Slovène Tadej Pogacar a revêtu pour la première fois cette année le maillot jaune, ce samedi au Grand-Bornand. Préparez-vous à revoir cette image un paquet de fois. Shutterstock
Le Slovène Tadej Pogacar a revêtu pour la première fois cette année le maillot jaune, ce samedi au Grand-Bornand. Préparez-vous à revoir cette image un paquet de fois. Shutterstock — /SIPA
  • Wout van Aert est à 1’48 au général et tous les autres sont à plus de 4’30… Les conséquences de l’attaque de Tadej Pogacar dans le col de Romme ont été foudroyantes, ce samedi lors de la première étape alpestre.
  • Le surprenant vainqueur du Tour de France 2020 a clairement assommé l’épreuve dès la première semaine, en s’emparant du maillot jaune.
  • A l’image de la galère vécue par Primoz Roglic et Geraint Thomas après leur chute en début de Grande Boucle, on imagine mal du suspense cette année jusqu’aux Champs-Elysées.

De notre envoyé spécial au Grand-Bornand,

Le possible dernier suspense de ce 108e Tour de France a peut-être eu lieu au sommet du col de la Colombière ce samedi. On s’est alors demandé si le Belge Dylan Teuns allait résister au retour de folie de Tadej Pogacar jusqu’au Grand-Bornand ? « Je n’avais pas réalisé qu’il n’était qu’à 20 secondes de moi avant la dernière descente », sourit le coureur de Bahrain Victorious, vainqueur de la première étape des Alpes, courue quasi-intégralement sous la pluie depuis Oyonnax. Il est bien le seul qui ne fera pas des cauchemars du prodige slovène (finalement 4e de l’étape) cette nuit.

Imaginez un peu : en une journée, et même en une trentaine de bornes, le vainqueur du Tour 2020 a démantibulé tous ses adversaires directs au général, en reprenant d’un coup 3’20 à Richard Carapaz, Rigoberto Uran, Jonas Vingegaard et Alexey Lutsenko, 4’56 à Wout van Aert, mais aussi 18’06 à Julian Alaphilippe et… 20’58 au maillot jaune Mathieu van der Poel. Une dinguerie absolue, pour une première étape de montagne, qui pose une question : ce Tour de France est-il d’ores et déjà archi plié après huit jours de course ?

« Non, je n’ai pas tué le Tour aujourd’hui, désolé »

On ne comptait évidemment pas sur l’intéressé pour aller dans notre sens. « Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, glisse Tadej Pogacar. Je suis très confiant pour les deux prochaines semaines mais non, je n’ai pas tué le Tour aujourd’hui, désolé. » Il a de quoi être désolé, en effet, tant le grand public déchante, voire se montre suspicieux, après avoir été comblé par l’entame de Grande Boucle hypra rafraîchissante, entre les coups de maître de Julian Alaphilippe, Mathieu van der Poel et Wout van Aert.

En carburant à 32,2 km/h de moyenne dans les 35 derniers kilomètres, malgré deux redoutables ascensions de première catégorie, entre le col de Romme (8,8 km à 8,9 %) et la Colombière (7,5 % à 8,5 %), Pogacar a bel et bien délivré un numéro hors norme à même d’assommer définitivement la concurrence.

« J’ai voulu mettre la pression aux Ineos »

Dimanche matin à Cluses (Haute-Savoie), le coureur de 22 ans va donc passer… la deuxième journée de sa carrière avec le maillot jaune sur le dos. Car s’il avait attendu l'invraisemblable contre-la-montre de la Planche des Belles Filles l’an passé pour crucifier son compatriote Primoz Roglic, il s’est montré du genre très impatient cette saison.

Avant les deux dernières ascensions, je me sentais bien et j’ai dit à mes coéquipiers : "essayons de secouer la course". J’ai aussi entendu les Ineos parler, et j’ai compris qu’ils ne se sentaient pas très bien. J’ai voulu leur mettre la pression pour voir comment ils allaient répondre. »

Richard Carapaz a bien été le seul coureur à suivre sa première attaque, à 16h18, mais il a lâché prise sur la deuxième salve, une minute plus tard, à une trentaine de kilomètres de la ligne d’arrivée. « Il est passé fort, raconte sur RMC Sport le Français Aurélien Paret-Peintre, échappé et 7e de cette étape au final. Il est au-dessus sur la course pour l’instant. Son équipe s’était fait piéger hier et il avait envie de marquer un grand coup, de remettre l’église au milieu du village. »

Guillaume Martin (8e ce samedi), qui a aussi vu la fusée slovène le déposer en fin de course, résume la résignation du peloton du Tour : « Quand il m’a doublé, c’était impressionnant et je me suis dit qu’il ne fallait pas que j’essaie de le suivre, parce que c’était tout bonnement impossible. C’est assez phénoménal, les écarts qu’il a réussi à faire. »

Geraint Thomas et Primoz Roglic, largués aux 45e et 51e places au général

Depuis quand un favori de l’épreuve, qui plus est tenant du titre, lâche-t-il une attaque si tranchante, aussi loin de l’arrivée, dès la première semaine, au point de déposer son dauphin Wout van Aert à 1’48 au général, et tous les autres à plus de 4’30 ? Déjà vainqueur du premier contre-la-montre mercredi, Tadej Pogacar a décidément le profil pour se trimballer dans cette édition à laquelle ne participe pas le vainqueur 2019, Egan Bernal (Ineos). Une édition également marquée d’emblée par les chutes de deux grands rivaux, Geraint Thomas et Primoz Roglic, à la dérive ce samedi et désormais 45e et 51e au général.

Les Slovènes n'étaient clairement pas tous à la fête pour l'arrivée du Tour en Haute-Savoie, n'est-ce pas Primoz?
Les Slovènes n'étaient clairement pas tous à la fête pour l'arrivée du Tour en Haute-Savoie, n'est-ce pas Primoz? - Daniel Cole/AP/SIPA

Il y a aussi eu une part d’orgueil dans ce monstrueux coup de force du Slovène dans le col de Romme, au lendemain d’une sacrée bataille dans le Morvan. « Hier, on a vu que tout le monde courait contre nous, donc là, c’était peut-être un peu un retour de bâton, indique le leader d’UAE Team Emirates. Je m’attendais à être encore attaqué et je voulais créer des écarts. L’attaque est la meilleure défense. »

« Paris est encore loin » ? Mouais…

Surtout quand elle se heurte à une concurrence à ce point médusée. Comment pourrait-on désormais imaginer l’implacable tendance d’un back to back de Tadej Pogacar être remise en cause, à commencer par la 9e étape entre Cluses et Tignes dimanche ?

« Tout le monde va se battre jusqu’au dernier jour et Paris est encore loin. Mais je pense que Tadej peut défendre ce maillot jusqu’à la fin », indique dans ce sens Dylan Teuns, sacré expert en euphémisme. « » Rassurez-vous, une question va déchaîner les foules durant les deux prochaines semaines : qui va compléter le podium sur les Champs-Elysées ?