Roland-Garros 2024 : Carlos Alcaraz, l’art de dissoudre l’adversité dans des 5es sets à haute tension
tennis•L’Espagnol de 21 ans a remporté son premier Roland dimanche après avoir battu Zverev en cinq manchesNicolas Camus
L'essentiel
- Carlos Alcaraz a remporté son premier titre à Roland-Garros ce dimanche grâce à sa victoire contre Alexander Zverev en finale (6-3, 2-6, 5-7, 6-1, 6-2).
- L'Espagnol a une nouvelle fois montré un mental à toutes épreuves en s’imposant en cinq sets, sa 11e victoire sur 12 matchs en Grand Chelem quand il a dû jouer une manche décisive.
- Pas un hasard si à 21 ans, « Carlitos » est devenu le plus jeune joueur de l’histoire à remporter un titre majeur sur trois surfaces différentes.
De notre envoyé spécial,
Il y a une forme de logique à le voir là, et en même temps, ce n’est pas sur lui qu’on aurait misé en début de quinzaine. Arrivé à Paris sur la pointe des pieds, escorté de doutes liés à des douleurs au bras droit qui lui ont pourri sa saison de terre battue, Carlos Alcaraz en repartira ce lundi en seigneur, la Coupe des Mousquetaires dans ses valises après sa victoire en finale face à Alexander Zverev.
On avait imaginé cette image depuis un moment, du fait de son statut de petit génie mais aussi, fatalement, parce qu’il est Espagnol. Après tant d’années à écouter religieusement la « Marcha Real » sur le Central à la suite des sacres de Rafael Nadal, on s’est construit des repères qu’il ne faut pas trop bousculer. Mais, on l’avait un peu oublié avec ce monstre absolu de la terre battue, il n’est jamais simple d’aller chercher un premier Roland, et c’est d’ailleurs à l’US Open en 2022 puis à Wimbledon l’année suivante que Carlitos, successeur désigné, a défriché son palmarès dans les tournois majeurs.
Particulier à Roland, forcément
Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne s’impose Porte d’Auteuil, tout le monde le savait, mais avec le Murcien le plus vite est toujours le mieux. A seulement 21 ans, il est désormais le plus jeune joueur de l’histoire à avoir mis la main sur trois tournois du Grand Chelem sur trois surfaces différentes. Et celle-là, cette brique pilée couleur ocre qui vous colle aux chaussettes, constitue un accomplissement qui lui tenait tout particulièrement à cœur.
« C’est un rêve qui devient réalité. Je me souviens, enfant, je courais à la maison après l’école pour regarder ce tournoi. Je voyais Rafa gagner, je voulais être à sa place, racontait-il après son triomphe. C’est un tournoi très important pour tous les joueurs espagnols, mais aussi toute la population. Il a toujours suscité des émotions particulières chez nous. Alors gagner ce titre, c’est fantastique. »
Dans cette finale, Alcaraz est pourtant loin d’avoir tout bien fait, notamment dans le 3e set où il a complètement disparu alors qu’il menait 5-2 et pouvait basculer à deux manches à une en sa faveur. Le genre de chute de tension qu’on peut lui reprocher, et auxquelles il devra remédier s’il veut garnir son palmarès à la hauteur de son talent. Mais il était tout de même le plus costaud des deux finalistes, et sa capacité à redémarrer le moteur d’une gifle de coup droit ou d’une amortie géniale fait toujours des ravages. Le 4e set en poche, il pouvait laisser parler sa science des 5e sets pour conclure ce match.
Monsieur 5e set
La stat' est effarante, l’Espagnol en est désormais à 11 victoires sur 12 en Grand Chelem quand il a dû jouer une manche décisive, dont deux fois avec le titre à la clé. A son jeune âge, quand on connaît la pression que cela représente, les nerfs en pelote et le corps occis de partout, c’est prodigieux. Personne n’a oublié son morceau de bravoure en finale de Wimbledon, quand il avait estoqué Djokovic après plus de quatre heures de jeu, sur un court où le Serbe n’avait plus perdu depuis 10 ans.
La finale d’hier n’a pas atteint les mêmes sommets de tennis, comme la demie face à Jannik Sinner, d’ailleurs, également remportée en cinq sets, mais la finalité est la même. « Il a cette capacité à sortir le meilleur quand il est dos au mur, c’est comme s’il avait ce feu en lui, observait la triple lauréate du tournoi Justine Hénin sur France Télévisions après la rencontre. Il accepte mieux qu’au début de sa carrière ces périodes où il est moins bien dans un match, il donne l’impression de trouver du plaisir dans ces moments de grande tension. »
A écouter l’intéressé, tout est question d’attitude :
« « Dans un 5e set, on n’a plus le droit d’être fatigué, il faut courir partout, aller au bout de ses forces, donner son cœur, explique-t-il. Je sais que je dois faire encore plus, montrer à mon adversaire que je suis frais, comme si on jouait le premier jeu du match. Mais ça ne fonctionne que si le joueur en face voit que je me déplace bien, que je frappe de gros coups, que je trouve des solutions, alors je dois y aller ! La force mentale joue un grand rôle dans ces moments. » »
On veut bien le croire, parce que question physique, c’était quand même assez mal emmanché. Sa cuisse gauche, douloureuse à la sortie de sa demi-finale, a commencé à siffler dès le 3e set. L’Espagnol a appelé une première fois le kiné dans le 4e, puis une seconde, pour un début de crampe. Ce qui ne l’a pas empêché de disputer la dernière manche comme un mort de faim. « C’est une bête physique, l’intensité de son tennis dans ces moments est incroyable, décrit sa victime du jour, admiratif. Il arrive à jouer plus haut sur le court, plus profond, c’est fort. »
Au final, Alcaraz aura passé un peu plus de 20 heures sur le court dans cette édition, dont la moitié pour franchir les deux dernières marches. Vu l’état dans lequel il était il y a encore deux semaines, et son manque de matchs sur terre (forfaits à Monte-Carlo, Barcelone et Rome, stoppé en quarts à Madrid), ça tient presque du miracle. Ce qui lui fait dire que ce Grand Chelem est sans doute celui dont il retire le plus de satisfaction. « Par rapport à tout ce que j’ai dû faire ces dernières semaines pour être prêt, toutes ces discussions avec mon équipe pour trouver la meilleure manière de procéder, les doutes, oui c’est sûrement celui-là dont je suis le plus fier », juge-t-il.
Cette victoire à Roland trouvera bien sûr une bonne place sur son corps. Parce que oui, Alcaraz a démarré une petite tradition, celle de se faire tatouer à chaque Majeur soulevé. Après l’US Open sur le bras gauche et Wim’ sur la cheville droite, celui qui sera numéro 2 mondial ce lundi va réfléchir sérieusement au meilleur spot pour le tournoi parisien. « Peut-être la cheville gauche, avec une petite Tour Eiffel », se marre-t-il.
NOTRE DOSSIER ROLAND-GARROSAttention quand même, Si les pépins l’épargnent, viendra peut-être le jour où la place viendra à manquer. « C’est déjà tellement dur d’en gagner un, alors 24, je ne peux pas l’imaginer, souffle Carlitos quand on le lance sur le record de Djokovic. On verra bien à l’avenir, pour l’instant laissez-moi déjà profiter de mon troisième ! »


















