Roland-Garros 2024 : Avec ce 4e titre, Iga Swiatek est en train d’installer un « effet Nadal » sur ses adversaires
tennis•La Polonaise a confirmé samedi lors de sa finale remportée face à Jasmine Paolini qu’elle était un cran trop haut pour ses rivales sur terre battueNicolas Camus
L'essentiel
- Iga Swiatek a remporté son 4e titre à Roland-Garros ce samedi en battant en finale l’Italienne Jasmine Paolini (6-2, 6-1).
- La Polonaise domine plus que jamais le circuit féminin, notamment sur terre battue ou aucune de ses adversaires ne semble pouvoir contester sa suprématie.
- Peu à peu, elle est en train d’installer ce qu’on appellera « l’effet Nadal », ou quand vos seuls résultats à Roland vous font entrer sur le court avec déjà quelques jeux d’avance.
De notre envoyé spécial,
On ne sait pas si on y a vraiment cru à un moment, en tout cas on était curieux de voir ça. Invitée inattendue de cette finale, mais avec un style emballant de puncheuse et une confiance à bloc, Jasmine Paolini semblait avoir quelques arguments pour embêter l’archi giga favorite, Iga Swiatek. Au moins un peu. Cela a effectivement été le cas, pendant… trois jeux, à l’entame du match.
Fallait pas énerver Iga
Le temps pour l’Italienne de prendre le service de la numéro 1 mondiale, grâce à une grosse couverture du terrain, quelques accélérations assassines en revers et de belles variations pour déclencher des amorties au bon moment. Mais après ça, le déluge. Dans les 50 minutes suivantes, Paolini n’a plus remporté un seul jeu, passant de 2-1 dans le premier set à 0-5 dans le second. Fallait pas énerver Iga, finalement victorieuse en un peu plus d’une heure (6-2, 6-1) de son 4e titre à Roland-Garros.
« J’ai joué quatre jeux à haute intensité, mais ensuite c’était trop difficile, en souriait la vaincue après la rencontre. J’ai essayé de renvoyer les balles le plus fort possible, parce que je savais que si je me contentais de remettre dans le court, je n’avais aucune chance de gagner le point. Mais c’était impossible de tenir. » C’est finalement là la différence entre Swiatek et le reste du monde, en tout cas sur terre battue. Le niveau de jeu médian de la Polonaise est bien trop haut pour ses adversaires, qui peuvent résister deux, trois, quatre jeux, mais au prix d’une débauche d’énergie qu’elles paient ensuite. Car la moindre baisse de régime est immédiatement sanctionnée.
Pour ne rien arranger, la numéro 1 mondiale bénéficie désormais de ce qu’on appellera « l’effet Nadal », ou quand vos seuls résultats à Roland vous font entrer sur le court avec déjà quelques jeux d’avance. « J’étais un peu stressée de la jouer, et parfois j’en ai trop fait, j’essayais d’envoyer fort en ligne pour la faire bouger plutôt que de croiser, parce que sinon c’est elle qui allait me faire bouger », reconnaît Paolini. Swiatek le sait, et se sert de cette assurance forgée depuis son stupéfiant premier sacre en 2020.
Ça ne l’empêche pas de stresser un peu les heures précédant la rencontre, parce qu’il y a « beaucoup d’attentes de l’extérieur, beaucoup de pression » dues à son statut, comme elle l’a reconnu après coup. Mais une fois dans le couloir, prête à entrer sur le court, tout ça s’évapore. « Je sais que si je me concentre sur tennis, j’ai toutes les armes », dit-elle. Cette année, elle n’a perdu qu’un seul de ses 22 matchs sur terre battue, en demi-finale à Stuttgart face à Elena Rybakina, alors qu’elle n’avait pas encore fait chauffer le moteur. Elle a ensuite empoché les Masters 1000 de Madrid et Rome, avec seulement deux petits sets égarés en route.
Un big 4 féminin ? Pas sur terre en tout cas
Autre conséquence bénéfique, la Polonaise a désormais assez de bouteille pour se savoir capable de retourner des situations compromises. On veut bien sûr parler de ce 2e tour ébouriffant contre Naomi Osaka, le plus grand match de cette quinzaine, hommes et femmes confondues. Après avoir mangé son premier 6-1 depuis ses 18 ans dans le 2e set, Swiatek a été menée 5-2 et 0-30 dans le 3e par la Japonaise, puis a dû faire face à une balle de match contre elle à 5-3, avant de finalement l’emporter 7-5.
Un morceau de bravoure venu nourrir son ADN de championne. « J’ai vraiment le sentiment, maintenant, que je peux toujours croire en moi, en mon jeu, même si la situation est difficile, assène-t-elle. J’ai en moi de quoi répondre, me rebeller, et ça me donne forcément confiance. »
Cette dinguerie aura constitué l’acmé de sa quinzaine, puisqu’elle a concédé sur les cinq matchs suivant autant de jeux que face à la seule Osaka (17). Personne, et même pas celle qui deviendra la nouvelle numéro 2 mondiale, Coco Gauff, n’a pu stoppé la machine à broyer. On parle en ce moment d’un big 4 dans le tennis féminin, parce que c’est un peu vrai et surtout que ça fait bien pour le storytelling. Mais, sur terre battue en tout cas, ce n’est un big 1. Ce qui n’est pas sans rappeler quelqu’un, un Espagnol là, les cheveux mi-longs (enfin au début), qui gagnait pas mal sur cette surface aussi… « On verra dans 14 ans si le parcours est le même », a répondu cette semaine la native de Varsovie à ceux qui l’interrogeaient sur sa filiation avec son idole.
NOTRE DOSSIER ROLAND-GARROSSa victime du jour, en tout cas, ne voit pas pour l’instant ce qui pourrait l’empêcher d’étendre son règne. « Elle a déjà gagné quatre fois, et elle n’a que 22 ans [23 depuis le 31 mai, pour être précis]. Ces chiffres ne sont pas normaux, c’est assez incroyable », estime Paolini. En attendant de parler des prochains Roland, Iga Swiatek peut déjà se concentrer sur les autres tournois majeurs.
Titrée à l’US Open en 2022, celle qui entamera lundi sa 107e semaine au sommet de la pyramide mondiale n’a toujours pas mis la fin sur l’Open d’Australie et Wimbledon. On serait vous, on se préparerait déjà pour le Grand Chelem londonien. Comme l’a justement fait remarquer un confrère étranger en salle de presse dans la soirée, Rafael Nadal avait remporté son premier Wim’ en 2008. Soit juste après son quatrième sacre à Paris.


















