Roland-Garros : Mi-emballant, mi-décevant, le choc Alcaraz-Sinner pas encore à la hauteur des joutes du Big 3
TENNIS•Carlos Alcaraz et Jannik Sinner ont disputé un match en cinq sets long de 4h09 en demi-finale de Roland-Garros. Mais preuve que ce n’est pas la taille qui compte, le spectacle n’a pas toujours été de qualitéWilliam Pereira
L'essentiel
- Carlos Alcaraz a battu Jannik Sinner ce vendredi en demi-finale de Roland-Garros (2-6, 6-3, 3-6, 6-4, 6-3).
- Si le match a duré cinq sets et plus de quatre heures, le niveau de jeu a souvent été décevant, les deux joueurs multipliant les fautes directes et ne parvenant jamais à accorder leurs temps forts.
- D’où une impression générale très mitigée, surtout par rapport aux attentes suscitées par ce choc entre les deux terreurs de la nouvelle génération.
De notre envoyé spécial,
Souvent passable, parfois belle et sporadiquement superbe, la demi-finale de Roland-Garros entre Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, remportée par l’Espagnol, laisse derrière elle comme un arrière-goût amer. Celui des promesses non tenues de cette affiche attendue comme l’héritière des précédentes dans son rôle de vitrine du tennis.
L’Italien et l’Espagnol sont assurément des joueurs de grand talent, ils se joueront des dizaines, des vingtaines de fois si leur santé le permet, et auront le temps de construire leur propre légende. D’ici là, ils souffriront de la comparaison avec leurs aînés sur le déclin ou retraités (bisous Roger), à chaque quart, demie ou finale de Grand Chelem qui les opposeront. N’en déplaise au vaincu du jour, qui la refuse en vain. « On ne peut pas encore se comparer avec les autres joueurs, balaie Sinner. Bien sûr, si on regarde les résultats, quand on joue l’un contre l’autre, ce sont toujours des matchs importants. Et je pense que c’est toujours très, très haletant pour le jeu, surtout quand on est très proches. »
Trouver la joie dans la souffrance
Proches, oui, haletant, ça dépend. Sur le passing de mutant d’Alcaraz au milieu du 4e set, point de bascule du match vers ce à quoi il aurait dû ressembler pendant quatre heures pour satisfaire notre gloutonnerie tennistique, oui. Sur les 102 fautes directes cumulées par les deux jeunes hommes, beaucoup moins. « Tu dois trouver de la joie dans la souffrance », disait Carlitos au micro d’Alex Corretja sur le Central après sa victoire. Ça vaut pour les spectateurs, qui ont donc dû attendre trois heures avant de se laisser aller à l’emballement. Alcaraz-Sinner, c’est ce film trois fois trop long à poser le contexte, développer la trame et les personnages pour se finir en apothéose quand on n’y croyait plus.
A quoi doit-on l’ennui ? Pour commencer, les formes disparates des deux protagonistes en début de match. Sinner trop fort dans le premier, mobile comme un lapin Duracell, Alcaraz au-dessus dans le deuxième, des crampes de tous les côtés, bref, pour faire court, les nerfs. L’Espagnol partait avec un net avantage en la matière depuis la demi-finale de l’an passé, où son corps l’avait trahi sur ordre d’un cerveau complètement détraqué par l’enjeu. « J’ai tiré des leçons de l’an passé, sourit le vainqueur. Ce n’était pas des aussi grosses crampes que l’année dernière, mais je savais comment faire pour les surmonter. Je savais que je devais raccourcir un peu les points, et avancer, parce qu’elles allaient passer. »
Sinner pas gêné par sa hanche
Le trac est un peu plus coriace, il a fallu un ou deux coups de folie de Carlitos pour l’envoyer paître et enfin laisser place au génie créatif dont on sait l’Ibère capable. Sinner ne baisse pas les bras, mais bon, à force de courir derrière les amorties-lobs taquins de son rival, vous y perdez des plumes. La hanche, aussi ?
« « Non, ma hanche, elle est bien, promet le nouveau numéro un mondial. Vous savez avec les matches, plus on avance, la hanche droite est moins forte que la hanche gauche mais c'est normal. Après deux heures et demie, et même jusqu'à quatre heures, je peux ressentir des choses. Mais ce n'est pas une excuse. Je me déplaçais bien. J'allais bien. » »
Comme à Indian Wells l’an passé, Alcaraz a su répondre aux problèmes posés par l’Italien dans le premier set (perdu 6-1 en 2023, 6-2 cette année). A la veille de la demi-finale, il parlait déjà de ces situations qu’il aime tant, où il doit se triturer le cerveau, s’inventer et se réinventer pour survivre dans l’adversité. « J’aime beaucoup avoir à chercher des solutions, trouver un moyen de le battre, comme je l’ai fait à Indian Wells. J’ai trouvé un moyen de le mettre en difficulté. »
NOTRE DOSSIER ROLAND-GARROSEn rentrant dans le court et en empêchant Sinner de dicter l’échange, Carlitos a sans doute résolu son plus gros problème de la quinzaine. Il refuse néanmoins de croire que le dernier match, dimanche, sera plus simple. « Je n’ai pas le sentiment que c’était une finale anticipée contre Sinner. Zverev joue à un niveau élevé, il a gagné à Rome et Ruud a deux finales ici. Dimanche, ça va être un match difficile quoi qu’il arrive. » Plus spectaculaire, aussi ?


















