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Quand le tout premier Sinner-Alcaraz se jouait dans le hangar de Bercy

Roland-Garros : « Des malades de les avoir mis là »… Quand le premier Sinner-Alcaraz se jouait dans le hangar de Bercy

tennisLes deux têtes de pont de la nouvelle génération se sont rencontrées pour la première fois sur le grand circuit lors du Rolex Paris Masters 2021. Alors « seulement » grands espoirs, ils avaient été programmés sur le fameux annexe du tournoi parisien
Nicolas Camus (avec William Pereira)

Nicolas Camus (avec William Pereira)

L'essentiel

  • Jannik Sinner, nouveau numéro 1 mondial, affronte ce vendredi Carlos Alcaraz, numéro 3, dans une demi-finale qui s’annonce explosive à Roland-Garros.
  • Les deux joueurs, bons amis, se sont déjà rencontrés à huit reprises sur le circuit malgré leur jeune âge. La toute première, c’était à Paris, lors du Masters 1000 de Bercy en 2021.
  • Pas encore les terreurs d’aujourd’hui, mais tout de même référencés comme des futurs cracks, ils s’étaient retrouvés à jouer sur le court numéro 1, connu pour son ambiance… déroutante.

De notre envoyé spécial,

Quand on aime le tennis, le court numéro 1 du Rolex Paris Masters – aka « le tournoi de Bercy » – est une expérience à faire une fois dans sa vie. L’endroit n’a rien à envier un entrepôt du marché du Rungis, avec ses gros tuyaux qui sortent du plafond, son éclairage style néons d’hôpitaux et sa ventilation qui fait un boucan pas possible. Les tribunes y sont minuscules, mais permettent d’être au plus près des joueurs, c’est ce qui rend le lieu si spécial pour le spectateur averti. Pour les joueurs aussi, bien sûr, et le monde du tennis se divise d’ailleurs en deux catégories : ceux qui adorent ce court, et ceux qui le détestent.

Mais pourquoi donc on vous parle de tout ça alors qu’on n’est pas à Bercy en novembre mais à Roland-Garros en juin ? Et bien figurez-vous que le tout premier affrontement sur le circuit principal entre Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, qui se retrouvent ce vendredi en demi-finale, a eu lieu sur ce terrain habituellement réservé aux seconds couteaux.

Voilà, ça ressemble à ça.
Voilà, ça ressemble à ça.  - N.CAMUS

Alors oui, il y a trois ans, les deux joueurs n’étaient pas encore les terreurs qu’ils sont aujourd’hui, mais quand même. L’Italien, tout juste 20 ans, était déjà 9e mondial, avec quatre titres à son actif et un quart de finale à Roland l’année précédente. L’Espagnol, 18 ans, terminait sa première saison chez les grands avec l’étiquette de futur Nadal. De quoi faire de cette affiche du 2e tour « le choc de la « NexnextGen », selon les sites spécialisés.

La perspective de faire découvrir au grand public ces deux futurs grands aurait logiquement dû inciter les organisateurs à programmer cet affrontement sur le majestueux Central et ses 15.000 places. Il n’en fut rien, donc, et les observateurs comme les fans en avaient été très surpris. Surtout qu’en face, le match entre Stefanos Tsitsipas et Alexei Popyrin n’était pas non plus l’affiche de l’année - encore moins après l'abandon du Grec à 4-2 dans le premier set.

« Des malades de les avoir mis là »

Marius, plus connu sous le pseudo DRX sur les Internets de la balle jaune, était à Bercy avec des potes en ce 3 novembre. Il se souvient : « On pensait que ça serait sur le Central, et on était un peu embêtés parce qu’on n’avait pas des bonnes places, on n’allait rien voir… Et au final, ça s’est retrouvé sur le "court du chien", comme on l’appelle. On s’était dit que c’était des malades de les avoir mis là. »

A ce stade, il convient de laisser la parole à la défense. Et qui mieux que Guy Forget, directeur du tournoi parisien à l’époque, pour expliquer le pourquoi du comment ? Croisé dans les escaliers du Chatrier, il a bien en tête des images assez précises de ce match. Mais pour ce qui de la manière dont s’était décidée la programmation, c’est plus flou. « Si on les avait mis sur le 1, c’est forcément qu’il y avait un favori de l’autre côté », imagine-t-il.

On lui parle de Tsitsipas, et de l’affrontement franco-français entre Monfils et Mannarino qui a suivi. « Stefanos était très bien classé [3e mondial], et pour le duel de Français la question ne se pose même pas », réagit l’ancien capitaine de Coupe Davis, avant d’ajouter dans un sourire : « C’est sûr qu’un ou deux ans plus tard, on n’aurait pas fait la même chose. » Aucun des deux ne s’était plaint, en tout cas.

Pas tous les jours qu’on peut les voir de si près

Ce qu’on qualifiera de rendez-vous manqué a toutefois un bon côté. Les quelque 600 spectateurs du numéro 1 en ont pris plein les yeux. Non seulement l’intensité de ce duel qui allait vite devenir un grand classique – huit confrontations à ce jour, dont le divin quart de finale de l’US Open 2022, pour un bilan de quatre victoires chacun – était déjà là, comme le confirme le score (7-5, 7-6 en plus de deux heures pour l’Espagnol), mais la proximité induite par les lieux était en fait un vrai luxe.

« C’était kiffant de les voir de si près, ça s’envoyait des grosses cartouches des deux côtés, retrace Marius. C’était serré, le match était hyper plaisant. Au début le public avait un peu de mal à se mettre dedans mais après ils ont compris qu’ils avaient deux cracks devant eux. On a bien profité, on se doutait bien que c’était la dernière fois qu’ils se jouaient sur des annexes. »

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Après la rencontre, Sinner n’avait eu que des mots élogieux sur celui qu’il savait déjà être un de ses principaux rivaux dans le futur. « Il joue un tennis de très haut niveau, moi aussi. J’espère que nous nous affronterons à bien des reprises à l’avenir, et ce sera certainement le cas, projetait l’Italien avec raison. Avec ce type de joueur, on sent quand on a quelqu’un de spécial en face. »

C’est là la trace laissée par cet affrontement dans l’esprit de tout le monde, cette impression d’avoir assisté à la naissance de quelque chose qui allait devenir une évidence. Le genre de match qu’on garde dans un coin de la tête avec l’assurance de pouvoir dire, un jour, « je sais, j’y étais ». Guy Forget au micro :

« « Je me souviens m’être dit en regardant ce match que ce serait la finale de demain. C’était vraiment impressionnant à voir, ils allaient à fond sur chaque balle, il y avait un engagement physique total, une prise de risque importante, même sur des balles de break. Et surtout, les deux dégageaient déjà une belle maturité, une sérénité dans leur jeu. Leurs points étaient bien construits, c’était bien ficelé malgré leur jeune âge. » »

Forget était sorti de là « bluffé » par le calme et la maîtrise affichés par les deux jeunes hommes. Marrant, quand on pense à ce qui est tombé sur la tête de Carlos Alcaraz au tour suivant. Opposé à Hugo Gaston, il s’était fait retourner le cerveau par le tricot indigeste du Français et la pression d’un public admirablement chauvin, pour s’incliner en deux sets après avoir mené 5-0 dans le deuxième. Une dinguerie, dont l’Espagnol avait promis de se servir pour être plus fort ensuite. « A posteriori, on peut dire qu’on a fabriqué un monstre », en rigole Marius, qui était revenu le lendemain pour voir ça.