Roland-Garros : « La victoire n’arrive pas », le tennis français doit encore patienter… et surtout travailler ?
BILAN•Ivan Ljubicic a tiré un bilan mitigé du Roland-Garros des Français, meilleurs qu’en 2023 mais loin d’être enthousiasmants. Pour le Croate, les joueurs doivent prendre le contrôle de leur carrière plus tôt et se mettre au travailWilliam Pereira
L'essentiel
- Ivan Ljubicic, directeur du haut niveau à la FFT, a livré son bilan du Roland-Garros des Français
- S’il reconnaît une amélioration de la qualité de jeu, il se montre critique sur les résultats, que seuls le travail et une meilleure planification amélioreront
- Ljubicic veut agir sur les joueurs des générations futures en les encourageant notamment à se prendre en main dès leur entrée dans le top 100, en formant des structures ambitieuses autour d’eux
A Roland-Garros,
On ne s’attendait pas à grand-chose, mais on est quand même déçus. Mettons de côté les parcours encourageants de Corentin Moutet et Varvara Gracheva à Roland-Garros, l’élimination prématurée d’Arthur Cazaux, limité par son retour de blessure, et celle de Giovanni Mpetshi Perricard, immunisé par sa victoire à l’Open de Lyon il y a dix jours.
Prenons un peu de hauteur pour observer le tableau du tennis français dans son entièreté : pas la peine d’avoir fait les Beaux-Arts pour attester de sa médiocrité. « Si on parle des niveaux de tennis, je pense que c’est mieux », rassure tout de même Ivan Ljubicic, de passage mercredi devant la presse pour tirer un bilan de la quinzaine. Plutôt sympa, le DTN, non ? Attendez la seconde lame : « la victoire n’arrive pas. On est ici pour gagner, pas pour jouer au tennis et participer. » Faire un doigt à l’esprit Coubertin à un mois et demi des JO de Paris 2024, il fallait l’inventer.
Ivan Ljubicic n’est pas du genre à s’encombrer de fausses politesses. Mais comme tous ses prédécesseurs, il demande du temps. « S’il n’y a pas d’amélioration d’ici 2029 et que je suis toujours là, on pourra dire que c’est de ma faute. » Va pour un plan quinquennal. Car le Croate, a un plan, ou du moins quelques préceptes qu’il entend inculquer aux plus jeunes, à commencer par la génération 2008, 2009 des Daniel Jade et Moïse Kouamé (parti pour un gros coup dans le tableau junior à seulement 15 ans).
Encourager les projets individuels dès l’entrée dans le top 100
Les autres sont-ils donnés pour perdus aux yeux de la FFT ? Non. Mais ils sont invités à quitter papa-maman d’eux-mêmes plutôt que d’attendre de se faire virer à grands coups de pieds aux fesses pour commencer à voler de leurs propres ailes. « Quand tu es top 100, je pense qu’il faut que tu t’organises un peu tout seul. A partir d’un certain niveau, c’est au joueur de choisir avec qui tu peux t’entraîner et tu veux t’entraîner. » Et si en plus, ça permet à la fédé de faire des économies, tant mieux. « On ne peut pas continuer à les entraîner [indéfiniment]. Et quand je dis entraîner, je parle surtout d’aide économique, de payer les coachs, les frais, pour un joueur qui est top 100. »
Sans manquer de respect à Ivan, le cas d’Arthur Fils est celui qui ressemble plus à son idée de planification de carrière et de prise d’initiative individuelle, et on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une franche réussite pour l'instant. Sergi Bruguera a quitté le navire qu’il pilotait au côté de Sébastien Grosjean après la défaite au premier tour du 38e mondial. Là encore, Ljubicic joue la carte « trust the process ». Il n’y a pas trop le choix, de toute façon.
« Sur le papier, c’était un projet incroyable, hyper ambitieux. Je ne sais pas ce qui n’a pas fonctionné avec Bruguera. Il faut avancer, prendre des décisions difficiles, faire des erreurs, faire part de la construction et de la formation d’un joueur et des personnes de faire les choix difficiles. Les Top joueurs sont habitués et forcés d’en prendre. Jannik Sinner n’a pas joué l’Italian Open, ce n’était pas facile à assumer. Il n’a pas joué les Jeux Olympiques à Tokyo, ça a fait scandale en Italie. Il n’a pas joué la Coupe Davis en septembre l’année dernière, pareil, la Gazetta dello Sport l’a cassé complètement. » Six mois après, il est numéro 1 mondial.
Plus de travail et de temps sur les courts
Pour le reste, le bilan moyen et le peu de perspectives à court terme du tennis français réveillent le serpent de mer sur le degré d’investissement des joueurs français, si nombreux dans le Top 200 mais si rares dans les hauteurs des classements ATP et WTA. Un cliché alimenté récemment par le Croate au micro de la FFT, où il était question de parfois privilégier l’entraînement aux matchs (surtout si c’est pour se faire sortir au premier tour).
« « Il faut remettre en France de l’importance sur l’entraînement. Les tournois ça fait gagner de points, c’est bien, mais on progresse pas tactiquement ni techniquement. Je me souviens de Zverev au début qui arrêtait sa saison à Stockholm (mi-octobre) pour faire une longue intersaison. » »
Ce n’est un secret pour personne que Ljubicic croit dur comme fer dans le travail comme vecteur de renforcement non seulement physique mais aussi mental. Le problème français n’est d’ailleurs quasiment plus que mental et technique, si l’on en croit les tests athlétiques d’Arthur Cazaux et Arthur Fils, les meilleurs de leur génération dans ce domaine. Passer du temps sur le court, ça paraît bête dit comme ça, mais il n’y a que ça de vrai. Et pas qu’en simple. « Quand j’étais joueur, j’ai utilisé le double pour gagner et surtout pour passer un peu de temps dans un cadre compétitif, m’entraîner la volée, le service, le retour. Et j’ai atteint les quarts de finale. »
Ivan Ljubicic n’invente rien, ou pas grand-chose qui n’ait déjà été dit. Il n’a pas trop le droit de le dire, car il est payé pour influencer le cours des événements, mais secrètement, il attend comme nous le messie, le Jannik Sinner, le Carlos Alcaraz français. Quelqu’un qui tire tout le monde vers le haut. « C’est surtout cela, dont on manque en France. »


















