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Entre exploits et tournoi conciliant, le poids relatif du procès Zverev

Roland-Garros : Entre exploits et tournoi conciliant, le poids relatif du procès sur la quinzaine d’Alexander Zverev

REFLEXIONOpposé à Carlos Alcaraz en finale de Roland-Garros, Alexander Zverev est débarrassé d'un procès pour violences conjugales dont il était absent. Procès qui n'a, en réalité, pas tant pesé que ça sur l'Allemand pendant la quinzaine
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Vendredi, la justice allemande a abandonné le procès contre Alexander Zverev à la faveur d'un accord à l'amiable avec son ex-compagne, Brenda Patea
  • Opposé à Carlos Alcaraz en finale de Roland-Garros, Zverev a fait part de son envie de ne plus répondre aux questions sur son procès en appel pour violences conjugales
  • A l'exception d'une certaine agitation médiatique, l'Allemand a été plutôt épargné tout au long de la quinzaine

De notre envoyé spécial,

Carlos Alcaraz, dernier rempart contre l’embarras ? L’Espagnol, double-vainqueur en Grand Chelem, est désormais le seul à pouvoir épargner un énième débat moral à Roland-Garros, ses suiveurs et ses organisateurs. Face à l’Espagnol, Alexander Zverev vient d’atteindre sa deuxième finale majeure dans le contexte judiciaire que l’on connaît, avec un dernier rebondissement en fin de semaine. La justice allemande a abandonné le procès contre le tennisman à quelques heures de sa demi-finale contre Casper Ruud, après un accord à l’amiable avec son ex-compagne dont la motivation première est « l’intérêt de leur enfant », comme l’a communiqué une porte-parole du tribunal de Berlin, Inga Wahlen.

Les termes exacts du deal, eux, ne sortiront pas de la salle d’audience. Pour mettre un terme à la procédure, Zverev devra s’acquitter de 200.000 euros de frais de justice (150.000 pour les pouvoirs publics et 50.000 euros pour des associations caritatives). On notera l’observation un peu catastrophique de la juge, satisfaite d’éviter une escalade judiciaire « disproportionnée par rapport aux faits reprochés », une légèreté qui nous ramène à l’âge de pierre du traitement des violences conjugales.

« Je ne veux plus entendre une question sur le sujet »

Que faire, désormais, des accusations de Brenda Patea, du témoignage détaillé de son autre ex, Olga Sharypova - qui n’a pas porté plainte – pieds nus dans les rues de New York après avoir fui l’hôtel où elle l’accuse d’avoir été violent envers elle, quelques jours avant l’US Open 2019 ? Et plus globalement des doutes autour de sa personne ? Le 4e joueur mondial exhorte à l’oubli. « Quand on laisse tomber un procès, c’est qu’on est innocent sinon ils ne laissent pas tomber, s’essayait l’Allemand face à la presse après sa victoire contre Ruud. Je ne sais pas comment on peut le traduire autrement. C’est fini, on tourne la page. Je ne veux jamais plus entendre une question sur ce sujet. Cela vaut pour tout le monde. »

La froideur et le ton de menace utilisés par Zverev n’incitent pas vraiment à la sympathie mais ont le mérite d’ébranler le mur d’assurance derrière lequel il se cachait depuis le début de la quinzaine. « Mes résultats l'ont montré, déclarait-il à la veille du tournoi. J'ai gagné Rome. C'est aussi un super titre. Si ça me pesait sur l'esprit, je ne jouerais pas aussi bien. » L’insistance des journalistes à tourner autour du pot et chercher des indices sur l’évolution du procès, ses regrets (ou non) de ne pas pouvoir y assister et plus largement à le confronter à l’extra sportif aurait-elle fini par abimer le vernis de son impassibilité ?

Coupons court au cliché du film hollywoodien où l’accusé, poursuivi par une horde de journalistes prêts à vomir leurs pires questions, aveuglé par les flashs des photographes et soumis à la vindicte populaire, peine à mener une vie décente. La plupart du temps, Alexander Zverev a eu à réagir à des questions neutres, voire complaisantes, le genre à déboucher sur des réponses comme « je joue beaucoup à Mario Kart sur la Nintendo Switch. J'ai joué peut-être 4 heures hier et 3 heures la veille. C'est cela que je fais quand j'ai du temps libre entre les matchs. »

Son début de tournoi s’est fait à l’abri du paravent Rafael Nadal, grâce à qui il a pu jouer le numéro du parfait gentleman en mondiovision en abrégeant son discours de victoire pour laisser le micro à Rafa, « c’est son moment, ce n’est pas vraiment mon jour à moi ». Classe, et commode, mais toujours moins que les prises de position institutionnelles. A l’image de l’ATP, qui est allée jusqu’à renier ses statuts pour ne pas avoir à trop se mouiller au début de l'affaire, Amélie Mauresmo a préféré botter en touche avant l'entame du tournoi : « Zverev est présumé innocent, je n’ai pas à me prononcer tant que l’affaire n’est pas jugée. » Ajoutons à cela des interviews d’après-matchs plutôt cool et un public aux yeux de qui l’Allemand reste avant tout le grand blessé du court Philippe Chatrier, avec toute la sympathie que cela inspire, et vous obtenez une quinzaine confortable, que les rares questions courageuses – on en a compté quatre en deux semaines – n’ont jamais su réellement perturber.

Les débats moraux ne cesseront pas d'exister

N’en déplaise au nouveau finaliste à Paris, l’épilogue en demi-teinte de son procès ne marque pas la fin du débat moral autour de sa personne. Les journalistes posent les questions qu’ils veulent comme bon leur semble. Comme le rappelait Giuseppina Sapio, maîtresse de conférences à l’université Paris 8, spécialiste de la médiatisation des affaires de violences faites aux femmes, « le cadre juridique suffirait dans un monde idéal, c’est-à-dire pas dans le nôtre. Ce serait beaucoup plus simple de pouvoir être orientés dans nos jugements par le cadre juridique. Ça serait réconfortant. Malheureusement, le script juridique ne peut pas être la seule grille interprétative par laquelle on peut lire le monde. C’est pourquoi les débats médiatiques ont une certaine importance dans le changement des mentalités. »

Ces derniers doivent continuer à exister pour exhorter à la vigilance, sans forcément condamner la personne ni l'empêcher d'exercer son métier, mais sans la blanchir non plus, ni accabler sa victime présumée avec des traditionnels procès en « gold-digger ». C’est aussi comme ça que les choses avancent. Non, ce n’est pas un gros mot que de dire qu’une victoire de Carlos Alcaraz dimanche en fin d’après-midi épargnerait à Roland-Garros et au tennis un moment très embarrassant.