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Le roi Alcaraz, les non-adieux de Rafa… C’était Roland-Garros 2024

Roland-Garros : Le roi Alcaraz, la reine Swiatek, les non-adieux de Rafa… On fait le bilan de Roland, calmement

Quinze jours sur terreCarlos Alcaraz et Iga Swiatek ont été sacrés à l’issue du tournoi de Roland-Garros 2024. Il est donc l’heure de tirer le bilan de la quinzaine
William Pereira

William Pereira

De notre envoyé spécial,

Le rideau tombe sur un nouveau Roland-Garros. Comme chaque année, la quinzaine est passée trop vite, à peine eu le temps de savourer le spectacle qu’il faut déjà lui dire à l’année prochaine. En l’occurrence, à dans un gros mois, merci les Jeux olympiques de Paris 2024 de nous offrir un peu de rab, dans un tournoi certes différent au meilleur des trois sets et avec une autre identité visuelle. « On va cacher tous les logos Roland-Garros », prévenait le président de la FFT, Gilles Morretton, dimanche matin à l’occasion de la conférence de presse de clôture.

D’ici là, on aura le temps de se refaire le film de la quinzaine autant de fois que nécessaire pour chasser la nostalgie déjà naissante de cette édition 2024, qui, sans être parfaite – loin de là – nous aura offert son lot d’émotions.

Le chant du cygne de Rafael Nadal

S’agissait-il du dernier Roland-Garros de Rafael Nadal ? Personne ne le sait, pas même lui. Après sa défaite au premier tour contre Alexander Zverev, l’Espagnol n’a pas souhaité nourrir de faux espoirs, même s’il ne ferme aucune porte pour 2025. « Il y a un fort pourcentage qui dit que je ne reviendrai pas. Je ne peux pas le dire à 100 % car j’aime venir ici. » L’homme aux 14 titres sur la terre battue parisienne a refusé les adieux du tournoi mais promet de les accepter au détour d’un retour en civil. On se réjouit tout de même de l’avoir vu s’entraîner et distiller une dernière (?) fois sa grinta sur le court Philippe-Chatrier, et ne peut pas s’empêcher de croire à un bien meilleur parcours s’il n’avait pas hérité de l’Allemand d’entrée de jeu.

Moutet et Gracheva emmènent la France en 2e semaine

Il faut savoir avoir du flair. Et en choisissant de demander Corentin Moutet en interview en amont du tournoi, il faut reconnaître qu’on avait visé juste. Le Français extravagant a fait vibrer les fans de tennis du court Simonne-Mathieu au Central en passant par la Bombonera du Suzanne-Lenglen et est allé jusqu’à prendre un set à Jannik Sinner en 8e de finale au prix d’un premier set d’anthologie. Pour ça et pour avoir amené le tennis masculin français en seconde semaine, on dit merci Coco.

Au rayon des remerciements, on n’oubliera pas la néo-Française Varvara Gracheva, tombeuse de Maria Sakkari au premier tour, dans l’un des rares grands numéros du tennis tricolore à Paris pendant la quinzaine. Le public aura découvert une joueuse solide du fond de court, encore un poil irrégulière mais qui a les armes en mains pour devenir numéro une bleue à condition d’en finir avec son irrégularité chronique.

Corentin Moutet (FRA) during his round of 16 match at the 2024 French Open at Roland Garros on June 02, 2024 in Paris, France.//04SAIDICHRISTOPHE_1306.4614/Credit:CHRISTOPHE SAIDI/SIPA/2406030934
Corentin Moutet (FRA) during his round of 16 match at the 2024 French Open at Roland Garros on June 02, 2024 in Paris, France.//04SAIDICHRISTOPHE_1306.4614/Credit:CHRISTOPHE SAIDI/SIPA/2406030934 - CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Les groupes de supporteurs français mettent le feu

Étaient-ils bourrés ou sont-ils simplement en train d’évoluer ? Les supporteurs français ont plus que jamais enflammé les courts de Roland-Garros, principalement ceux qui se prêtent aux grosses ambiances comme le 14, le Simonne-Mathieu et le Lenglen. Mieux, certains d’entre eux s’organisent en kop, comme la Tribune Bleue ou le Koq, ces derniers ayant déjà fait parler d’eux à l’Open d’Australie. Les joueurs et la FFT les ont adoptés au point de leur offrir des invitations pour soutenir les locaux. A eux seuls, ils sont capables de redonner le supplément d’âme qui permet de gagner un match et faire dégoupilles les adversaires les plus fragiles. Toujours utile dans un contexte difficile pour nos Français.

Des night session sans tennis féminin

Gilles Moretton et Amélie Mauresmo ont bien cru saper l’énergie des journalistes, dimanche, avec une intro d’au moins un quart d’heure à leur discours-bilan de fin de tournoi. Ça n’a pas suffi à endormir les indignés de la programmation que nous sommes. Zéro night session dames alors qu’un Swiatek vs Osaka s’y prêtait clairement et que la directrice de RG est une femme ?

« Il y a évidemment le temps de jeu qu’on veut essayer de garantir aux spectateurs du soir, s’est justifiée Mauresmo. Rien n’est jamais figé. Je continue à le dire et je vous le dirai encore l’année prochaine. Ce match unique nous amène à faire des choix qui ont effectivement poussé cette année à ce qu’il n’y ait pas de match féminin. On s’est posé la question il y a deux ans de passer à deux matchs mais la culture parisienne n’est pas d’arriver à 19 heures dans les gradins – on en est tous absolument persuadés. » Il s’agirait pourtant de la solution la plus raisonnable. En tout cas, dans la configuration actuelle, la solution à deux matchs au meilleur des trois sets le soir est hors de propos. « Si le premier match dure 2h30 ou 3 heures, dans ce cas les autres commencent à 23 heures ou 23h30 », c’est-à-dire au-delà des limites fixées, fait remarquer la directrice du tournoi.

La pluie et le froid qui rendaient fou en première semaine

Il faudrait pouvoir se plonger dans les archives météo des dernières décennies pour être catégorique, mais le Roland-Garros qui vient de s’achever était certainement le plus pourri du siècle. « C’était la bonne année pour que le toit du Lenglen entre en jeu », plaisantait la directrice du tournoi, Amélie Mauresmo, dimanche matin. On en rit aujourd’hui, on en a pleuré la première semaine. Entre les matchs reprogrammés au bout de la nuit et ceux reportés au lendemain, les séances de bâchage-débâchage des petites mains, les actualisations frénétiques des applis météo à la recherche d’une éclaircie et les spectateurs des night sessions emmitouflés dans des plaids début juin, c’est peu dire qu’on a beaucoup déprimé les premiers jours.

La terre battue du central met K.-O. Djoko

Conséquence de ce temps pourri, mêlé à une programmation pas toujours optimale des organisateurs, Novak Djokovic s’est retrouvé à débarquer sur le court Philippe-Chatrier un soir à 22h25 pour y affronter Lorenzo Musetti. Pas de bol pour le Serbe, il a fallu que le match s’éternise jusqu’à 3h08 – c’est le risque quand on joue en cinq sets. Pour le dodo, comptez un coucher autour de 6-7 heures du matin. Ça n’a pas empêché Nole d’aller disputer une petite partie de pétanque quelques heures plus tard, mais ça l’a très clairement affaibli avant son 8e de finale contre Francisco Cerundolo – encore en cinq sets. D’autant plus que Djokovic l’avouera plus tard, il traînait derrière lui une gêne au genou depuis deux semaines. La terre mal battue du central a-t-elle achevé le tenant du titre, qui a aggravé sa blessure en glissant plusieurs fois ce jour-là ?

Réponse d’Amélie Mauresmo : « Le superviseur du Grand Chelem était sur le court ce jour-là et a pris la décision de ne pas égaliser la surface. Voilà. Ces décisions se prennent sur le court avec les personnes présentes qui sont les mieux à même de juger si c’est possible ou non. C’est ce qui s’est passé ce jour-là et la décision a été prise. »

Ventriglisse? Non, Djokovic après sa volée amortie grand-écart glissade.
Ventriglisse? Non, Djokovic après sa volée amortie grand-écart glissade. - Just Pictures/Sipa USA/SIPA

Paul, 14 ans, porte-bonheur improbable d’Alex De Minaur

Qu’est-ce qui mène un ado français de 14 ans à vouer un culte à Alex De Minaur, pas franchement le joueur frisson par excellence, avec tout le respect qui lui est dû ? Un poil d’irrationnel, un zeste d’empathie et encore et toujours le temps pourri. « Du premier point jusqu’au dernier, il criait, témoignait De Minaur après son match du 3e tour contre Jan-Lennard Struff. Je le regardais, je me disais : mais moi, même si j’étais fan, je serai rentré à la maison parce qu’il faisait vraiment super froid sur le court. Je ne comprenais pas ce que faisait ce garçon. À chaque changement de côté, je le regardais dans les yeux, il m’a vraiment donné de la vie. Et à la fin, je l’ai enlacé. C’était le soulagement plus qu’autre chose. » Et probablement le plus grand mystère de la quinzaine.

L’éternel débat sur les places vides sur le Central

Le marronnier de Roland-Garros par excellence. Sera-t-il jamais résolu ? Amélie Mauresmo promet de se pencher sur la question, car il faut avouer que ça fait tache, une demie de Grand Chelem dans un stade à moitié vide comme ce fut le cas de Casper Ruud et Alexander Zverev, vendredi soir. La faute à qui ? Aux personnes dans les loges ? En partie, oui. A ceux qui ont acheté des places pour les deux demies et n’ont pas assumé après les quatre heures de combat entre Sinner et Alcaraz ? Bof, dit le tournoi. « Hors loges, on n’avait que 10 % de personnes qui avaient acheté des billets pour la première et pour la deuxième. C’est ça qui est intéressant. Ce n’étaient pas les mêmes, à 10 % près, qui avaient pris la première demie et la deuxième demie. Dès lors, c’est compliqué de se dire qu’ils n’allaient pas venir. » Des gens ont donc purement et simplement décidé de ne pas assister à un match pour lequel ils ont payé cher ? Et si le court Philippe-Chatrier était en fait touché par une malédiction ?

Iga Swiatek bousculée puis sacrée

On se souvient de s’être demandé, juste après la pénible victoire de la Polonaise au 2e tour face à Naomi Osaka, si on ne tenait pas la finale avant la lettre du tableau féminin ? La suite du tournoi, fait de bulles et d’humiliations pour quiconque a eu le malheur de se retrouver sur le chemin du bulldozer, nous donnera raison. Avec quatre titres à Roland-Garros à seulement 23 ans, Iga Swiatek est partie pour construire un règne nadalesque sur la terre parisienne.

Carlos Alcaraz, première !

La finale promettait un vainqueur inédit, et l’élu s’appelle Carlos Alcaraz. Après sa demi-finale époque contre Jannik Sinner en demi-finale, l’Espagnol a remis ça en cinq sets contre Alexander Zverev. Il s’agit du 3e titre en Grand Chelem pour Carlitos, qui devient le plus jeune à remporter trois majeurs sur trois surfaces différentes. Jusqu’où ira le petit génie du tennis ?