Roland-Garros 2024 : Après Federer, faut-il déjà apprendre à vivre sans Nadal ni Djokovic pour toujours ?
tennis•Après le forfait du Serbe, on verra une finale à Paris sans l'ex-big 3 pour la première fois depuis vingt ans. Une fin de règne qui pourrait bien être définitiveNicolas Camus
L'essentiel
- Novak Djokovic, blessé au genou, a déclaré forfait pour le quart de finale qu’il devait disputer ce mercredi face à Casper Ruud à Roland-Garros.
- Après la défaite de Rafael Nadal au premier tour, on est désormais certain de voir cette année une finale où ne jouera ni l’Espagnol, ni le Serbe ni le Suisse, pour la première fois depuis 2004.
- Au-delà de ce vent de fraîcheur, a-t-on assisté sur cette quinzaine à la dernière apparition à Paris des deux derniers patrons du circuit ? Le doute est permis, en tout cas.
De notre envoyé spécial,
C’est un sentiment un peu étrange qui nous anime, après avoir suivi une flopée de Roland, d’abord en téléspectateur assidu, puis de l’intérieur. Plus de Rafael Nadal ni de Novak Djokovic le mardi soir de la deuxième semaine, la déflagration est immense, à tel point qu’on a bien du mal à la mesurer tout à fait. « Novak qui se retire, c’est quelque chose de dur à encaisser », constatait Jannick Sinner en fin de journée, même si le forfait du Serbe lui offrait la place de numéro 1 mondial pour la première fois de sa carrière.
Depuis 19 ans et le premier sacre de l’Espagnol, tout a tourné autour de trois ogres, ces deux-là et Roger Federer. Et alors qu’on a perdu le Suisse depuis deux ans, une vision nous traverse l’esprit après l’annonce du forfait du Serbe : et si on ne revoyait jamais les deux monstres qui nous restent sur la terre battue parisienne ?
Aucun élément concret, encore, ne vient éclairer ce spectre. Mais la prédiction n’a rien de délirante. Nadal n’a pas voulu faire ses adieux après sa défaite face à Zverev au premier tour, après la lueur d’une bonne semaine d’entraînement et d’un match où il a montré un niveau qu’il doutait pouvoir encore atteindre. Sauf qu’il le reconnaît lui-même, le prochain Roland, c’est loin. A 38 ans, prévoir où l’on sera dans douze mois quand les sensations évoluent parfois du jour au lendemain est impossible. « Il y a une forte probabilité de ne plus jamais jouer ici, mais je refuse de l’affirmer à 100 % », disait-il la semaine dernière avant de quitter la scène.
Djoko moins motivé ?
Quant à Djokovic, il n’y a pas si longtemps on le pensait survivre encore un petit moment, avec son régime végétal sans gluten et ses câlins aux arbres. Le bougre sortait quand même d’une saison 2023 stratosphérique à trois titres majeurs, seulement privé d’un historique Grand Chelem calendaire par la tornade Alcaraz en finale de Wimbledon. Et puis 2024 arrive, et là, c’est le drame. Des pépins à foison, cinq petits tournois disputés avant d’arriver à Paris, et pas un de gagné. Il a même connu quelques humiliations au passage, comme cette défaite à Indian Wells face au 123e mondial Luca Nardi ou à Rome au terme d’un match horrible contre Alejandro Tabilo. Pas du tout dans ses standards.
De quoi le faire réfléchir sur la suite ? En tout cas, il s’est ouvert pour la première fois sur sa motivation en déclin à la mi-mai, dans le podcast « Good Trouble » de Nick Kyrgios :
« Le Novak de quatre ans est toujours à l’intérieur et toujours amoureux de ce sport. Mais en même temps, il y a probablement un Novak plus mûr, un père et un mari, qui se dit : "Allez, mec. Il y a aussi d’autres choses dans la vie", avouait-il. Une partie de moi veut toujours continuer, je n’ai pas de limite ou de date d’expiration. D’un autre côté, cela fait plus de vingt ans que je suis professionnel, j’ai fait tout ce dont j’aurais pu rêver et encore plus, mais certains matins, je suis démotivé et je suis moins inspiré à l’idée de voyager, de jouer au tennis alors que j’ai envie d’être à la maison avec mes enfants, ma femme et avoir une vie normale. » »
Avec des compétiteurs comme ça, impossible de prévoir la suite. Ils ne seraient pas ce qu’ils sont, avec leur palmarès, s’ils s’étaient rangés des voitures comme tout le monde à 35 piges. « C’est toujours difficile avec des garçons comme Nadal, Djokovic ou Federer, parce qu’ils ont été tellement surprenants sur leur fin de carrière », observe l’ancien directeur du tournoi Guy Forget. Cela les rend illisibles, y compris sur leur date de fin. Car ils peuvent tout aussi bien se lever un matin et sentir que ça y est, l’heure est arrivée. Ils n’ont plus rien à prouver à personne, de toute façon. Il n’y a que le sentiment de toujours pouvoir être dominants, ou non, qui compte à leurs yeux.
Toute une génération n’a jamais connu qu’eux
« Nadal et Djokovic ne sont pas épargnés par les blessures, et plus généralement par les petits pépins à répétition. Et on voit qu’à ce niveau-là, quand on baisse un peu d’intensité, même de l’ordre de 5, 10 %, on devient d’un coup jouable, alors que ces garçons étaient des machines, imbattables en cinq sets dans les Grands Chelems depuis quinze ans », poursuit Forget.
Pour l’un comme pour l’autre, le dernier objectif pourrait bien être les JO de Paris (du 27 juillet au 4 août), qu’ils rêvent de remporter. Nadal pour le frisson d’un nouveau succès chez lui, puisque l’épreuve se disputera à Roland-Garros, Djokovic pour compléter son palmarès hors normes. Pour l’après, l’US Open, tout ça ? Auront-ils la moelle pour se farcir une nouvelle prépa et réattaquer 2025 ? Eux-mêmes ne doivent avoir aucune idée de tout ça à l’heure où on parle.
NOTRE DOSSIER ROLAND-GARROSEn attendant, nous voilà donc entre deux eaux, pas tout à fait certains de les revoir sur ce tournoi, pas tout à fait prêt à imaginer que ce soit vraiment le cas. Et on ne sait pas trop quoi en penser, si ce n’est que c’est un grand vite qui attend les fans de tennis, quoi qu’il arrive. Une génération tout entière n’a jamais connu qu’eux au sommet, éteignant un à un tous ceux qui tentaient de s’approcher. Il va falloir être forts tous ensemble.


















