Tournoi de Bercy: Jouer en février, système de primes... Comment éviter que l'hécatombe ne se reproduise?

TENNIS Les forfaits ont été très nombreux cette année, et les affiches du dernier carré pour le moins surprenantes...

A Bercy, Nicolas Camus

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Jack Sock, Guy Forget, Rafael Nadal et Julien Benneteau (sont dans un bateau).
Jack Sock, Guy Forget, Rafael Nadal et Julien Benneteau (sont dans un bateau). — Montage 20 Minutes / SIPA
  • Jack Sock a remporté le Masters 1000 de Bercy dimanche face à Filip Krajinovic, au terme d'une finale pour le moins inattendue.
  • Le directeur Guy Forget a déploré cette année de nombreux forfaits parmi les tout meilleurs joueurs mondiaux.
  • Des réflexions sur le calendrier et l'engagement des joueurs sont à mener pour les années à venir. 

« Cette édition nous perturbe un peu. » Guy Forget a le mérite de ne pas se cacher. Le directeur du Masters 1000 de Bercy, qui s’est terminé dimanche sur la victoire de Jack Sock face à Filip Krajinovic, n’a pas été gâté cette année. Les rois du circuit forfaits de longue date (Murray, Djokovic), de dernière minute (Federer) ou en cours de route (Nadal), les leaders français sortis très tôt (Tsonga, Pouille, Gasquet), cette édition n’a pas été à la hauteur des attentes. Ça ne nous a pas empêché de vibrer devant l’émouvant parcours de Julien Benneteau ou d’être content pour le vainqueur américain, venu chercher une qualification surprise pour le Masters de Londres, mais ne pas voir les tout meilleurs se rentrer dedans est toujours frustrant.

« Je pars à Londres dans quelques jours pour la réunion annuelle de fin d’année. On va parler calendrier, prize money, engagement des joueurs. Vous pouvez compter sur moi pour défendre l’intérêt de ce tournoi », promet Forget. Comment faire pour que cette hécatombe ne devienne pas une fâcheuse habitude et ne reste qu’« anecdotique », pour reprendre le qualificatif employé par le patron ? Voici quelques idées, certaines peut-être davantage à explorer que d’autres.

Jouer ce tournoi plus tôt dans l’année

C’est la solution la plus évidente, et les organisateurs n’ont bien sûr pas eu besoin de nous pour y penser. Ils ont par le passé déjà fait plusieurs demandes auprès de l’ATP pour obtenir sa tenue en février. « Ça n’a pas été possible, mais c’est quelque chose qu’on garde dans un coin de notre tête, assure Forget. Si une fenêtre s’ouvre, on essayera de s’y engouffrer. » Il est d’ores et déjà certain que la prochaine édition aura lieu à la même période. C’est-à-dire juste avant le Masters de fin d’année, un rendez-vous très prisé où il vaut mieux arriver reposé.

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Pour répondre à cette problématique, les organisateurs parisiens ont déjà apporté des améliorations afin d’attirer les meilleurs. La surface est désormais la même qu’à Londres, et ils ont obtenu une semaine de battement entre les deux tournois. Pas complètement suffisant, mais les titres de Djokovic et Murray entre 2013 et 2016 font quand même plutôt jolis au palmarès.

La question des garanties financières aux joueurs

Pour s’assurer la présence de certains des meilleurs joueurs du monde, les tournois ATP 500 et ATP 250 ont la possibilité de leur offrir des appearance fees, ou garanties financières en VF. Il s’agit d’une somme que le joueur touchera en plus de la dotation prévue, quelle que soit sa performance. Pour Federer, elle peut par exemple s’élever à un million de dollars. Cette pratique n’est pas autorisée pour les Masters 1000. Et si elle l’était ? « Alors là, vous allez faire dresser les cheveux sur la tête du président de l’ATP, répond Forget en souriant. C’est presque un blasphème de parler de ça pour les Masters 1000. »

« De toute façon, ça ne changerait absolument rien, ajoute Jean-François Caujolle, l’ancien patron du tournoi, qui dirige désormais l’Open 13 de Marseille. Federer, on aurait pu lui donner 3 millions de dollars, il ne serait pas venu jouer cette semaine. C’est juste une question de programme personnel. Il ne pouvait pas se le permettre physiquement, c’est tout. C’est faire offense à ces joueurs que de dire qu’ils ne jouent que pour l’argent. »

Un système de points adapté

Et si on révisait le nombre de points ATP accordé à chaque tournoi en fonction de sa position dans le calendrier ? En résumé, plus le tournoi a lieu tard dans la saison, plus il rapporte. Par exemple, le Masters 1000 de Paris rapporterait 1200 points au vainqueur, contre 800 pour celui d’Indian Wells, en mars. Trop compliqué à mettre en place, et pas forcément nécessaire, selon Guy Forget. « Les points sont déjà conséquents, estime-t-il. Jack Sock était 24e à la Race avant le tournoi et il se qualifie pour Londres. » On imagine aussi la foire d’empoigne lors de réunions pour décider du barème accordé à chacun…

Stop aux nouvelles épreuves (qui ne servent à rien)

Cette semaine, on a causé de la Laver Cup à Bercy. Cette compétition exhibition, créée cette année sous l’impulsion de Roger Federer avec un intérêt marketing évident, a vu en plus de celle du Suisse la participation de Nadal, Thiem, Berdych, Zverev, Querrey ou Kyrgios. La moitié est cramée en cette fin de saison. Ce n’est pas cette épreuve-là particulièrement qui est en cause, mais sur le principe, cela interpelle.

« C’est sûr qu’une compétition non officielle dans un calendrier déjà extrêmement chargé peut devenir problématique. Chris Kermode, le président de l’ATP, en est conscient », confiait Guy Forget vendredi, après l’annonce du forfait de Rafa Nadal. Pour Jean-François Caujolle, c’est un faux débat. « Ce n’est pas en jouant une exhibition qu’ils se fatiguent. S’ils n’étaient pas là, ils seraient en train de s’entraîner, c’est pareil. » L’année prochaine, la Laver Cup aura lieu à Chicago. On verra si le décalage horaire en décourage quelques-uns dans leur période de récupération ou non.

Le retour du bonus pool

L’idée a été émise par Forget himself. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, un système de « bonus pool » existait. Le principe ? En fin de saison, si un joueur a rempli tous ses engagements, il touche une prime de la part de l’ATP. Ça n’est plus le cas. L’ancien capitaine de Coupe Davis ne serait pas contre le rétablir. « Je crois que c’est un système qui porte ses fruits. Les tournois de fin d’années sont les plus exposés. Ce n’est pas une solution à tout, mais dans certains cas, ça pourrait aider à remédier à ça. »