Le tournoi de Bercy est-il en train de couler ? Un peu, oui, mais ne le dites surtout pas à Guy Forget

TENNIS L’édition 2017 du tournoi de Bercy ne fait pas franchement rêver…

Aymeric Le Gall

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Guy Forget.
Guy Forget. — FRANCK FIFE / AFP
  • Touché au genou, Rafael Nadal a déclaré forfait avant son quart de finale contre Filip Krajinovic.
  • Cette année, la plupart des meilleurs joueurs du circuit ont jeté l’éponge et renoncé à venir à Paris.
  • Le tournoi, placé en toute fin d’année, peine à attirer les tops players sur les courts de Bercy.

De notre envoyé spécial à Bercy

« Il est sympa ton Challenger ! ». Sorti se griller une clope dans la cour réservée aux régies télé, un journaliste lance cette petite pique à un membre de l’organisation du tournoi. Il faut dire que quelques minutes plus tôt, on apprenait le forfait de Rafael Nadal suite à une blessure au genou droit. Après les forfaits en cascade des meilleurs joueurs du circuit, l’abandon de l’Espagnol est la goutte d’eau… Et si la comparaison entre un Masters 1000 et un tournoi Challenger est un peu exagérée, il y a quand même un fond de vrai.

Pour preuve, quand le directeur d’un Masters 1000 juge nécessaire de convoquer une conférence de presse au beau milieu de son tournoi, c’est que ça sent quand même moyennement bon. C’est ce qui s’est passé vendredi, après l’annonce du forfait de Rafa.

Tiré à quatre épingles, Guy Forget s’est présenté devant la presse pour évoquer la blessure du numéro 1 mondial, dernière grosse tête d’affiche d’un tournoi qui n’a plus de Masters 1000 que le nom, mais surtout, pour tenter de faire le service après-vente d’une cuvée 2017 qu’il sait très amère.

« Je crois qu’il y a, comme dans le Bordelais ou dans le Bourgogne, des crus plus ou moins bons. De toute évidence 2012 n’était pas un bon cru et, par rapport aux têtes d’affiches, cette année aussi sera forcément un peu délicate », a-t-il philosophé, conscient que le tournoi de Bercy ne fait pas franchement rêver cette année.

Un dernier carré pas hyper sexy

Le constat est aussi clair que navrant. Le tournoi de Bercy version 2017 n’est pas à la hauteur de ce qu’on est en droit d’attendre d’un Masters 1000. Jugez par vous-mêmes: En demi-finale, le public parisien devra applaudir des joueurs qui naviguent entre la 83e (Julien Benneteau) et la 14e place à l’ATP (John Isner). Et même si on est comme des petits fous à l’idée de voir notre Bennet' national jouer sa demie, la semaine aura été assez pauvre en noms clinquants.

Pour ne rien vous cacher, on se doutait un peu que ce tournoi allait sentir le sapin. Après les forfaits à la pelle des tops joueurs (Djoko, Murray, Thiem, Wawrinka, Nishikori, Raonic, on continue ?), la désertion de Roger Federer au tout dernier moment, après sa victoire en finale du tournoi de Bâle, est venue confirmer ce qu’on savait déjà: non, le tournoi de Bercy n’a plus grand-chose de sexy. Et ce ne sont pas les Français, tous sortis prématurément (à part Benneteau, donc) qui vont y changer quoi que ce soit.

Des saisons qui s'étirent et des joueurs à la ramasse

Mais comment en est-on arrivé là ? La réponse est toute con: Les saisons sont longues, très longues, trop longues, et la plupart des joueurs arrivent sur les rotules à Paris. Quand ils daignent venir (coucou Roger !). Placé au bout du bout du calendrier, le Masters de Bercy se voit donc contraint de ramasser les joueurs à la petite cuillère.

« On milite depuis pas mal d’années pour étudier la possibilité de le programmer en février mais pour le moment cette éventualité n’a pas été retenue, souffle Guy Forget. Je ne vous cache pas que si c’était le cas, je serais prêt, avec la Fédération, à appuyer sur le bouton. Mais pour l’année prochaine, le tournoi va rester à cette date-là. J’espère que je pourrai vous annoncer dans un an jour pour jour des nouvelles réjouissantes pour les éditions suivantes. »

Que faire quand, comme Forget, on sait que les choses ne devraient pas évoluer dans un futur proche ? Relativiser. Et se souvenir des jours heureux. « En 2013 et 2014, ça avait été des éditions extraordinaires avec les huit joueurs du Masters qui étaient en quart de finale. On a aussi eu des qualifications pour les Masters qui se sont jouées ici, et l’an dernier on a eu Andy Murray qui est devenu numéro 1 mondial à Paris, donc il y a parfois de belles histoires à raconter, lâche Forget, comme pour se rassurer lui-même sur la santé de son tournoi. Mais malheureusement il y a aussi parfois des déceptions et c’est sûr que cette édition nous perturbe un peu. »

En plus de pointer du doigt le calendrier, Forget tente d’avancer d’autres explications.

>> La Laver Cup, tournoi d’exhibition créé par Roger Federer, qui rajoute des matches à un calendrier déjà très lourd

« C’est sûr qu’une compétition non-officielle dans un calendrier déjà très chargé peut devenir problématique. Cette compétition a eu des impacts sur le tournoi de Bâle, sur le Rolex Paris Masters, peut-être même sur le Masters en fin de saison. Je sais qu’il y a des joueurs qui ont joué cette compétition et qui ne la joueront pas la saison prochaine (elle aura lieu à Chicago en 2018). Pour ce qui est des autres, qui sont pour la plupart assez intelligents (sic), j’imagine qu’ils tireront eux aussi les conséquences l’année prochaine. »

>> La nouvelle génération qui tarde à éclore

« Ces forfaits annoncent la fin d’une époque et je pense qu’on va assister dans les mois ou les années à venir à une espèce de transition entre cette génération qui nous fait rêver depuis dix ou quinze ans et la nouvelle, qui, très sincèrement, me laisse un peu sur ma faim. Cette espèce de transition ne s’est pas faite ici. Ces joueurs-là, les Zverev, Thiem, n’ont pas profité de cette aubaine… »

Avec Forget, je positive

Puisqu’il ne peut finalement pas faire grand-chose pour redorer le blason de son tournoi, l’ancien capitaine de l’équipe de France se la joue Raffarin. Vous savez, la positive attitude. « Maintenant voilà, il y a Julien Benneteau qui est encore en course, il y a Marin Cilic (qui, entre temps, a été sorti par Benneteau) qui a gagné l’US Open. On va essayer de retenir les bons matches et les beaux parcours des uns et des autres. »

Et quand on lui demande si, dans l’état actuel des choses, avec le calendrier qui est ce qu’il est, le Masters 1000 de Paris est condamné d’office à disparaître, Forget refuse d’y croire: « Ça reviendrait à dire que l’ATP Tour Finals, qui est probablement le joyau du circuit ATP, est condamné aussi puisqu’il est programmé une semaine plus tard », répond-il.

Oui mais non. Parce que pour ce tournoi de fin d’année, qui met aux prises les huit meilleurs joueurs de l’année selon le classement ATP, garde une très grande importance aux yeux de ceux qui ont la chance d’être qualifiés. Ce n’est pas pour rien que Federer a fait l’impasse sur le tournoi de Paris. On est même à deux doigts de penser que Nadal aurait lui aussi dû en faire de même. Mais chut, ça, on ne le dira pas à Guy Forget.