Federer est (encore) forfait au Masters 1000 de Bercy, mais le public parisien l'aime trop pour lui en vouloir

TENNIS Roger Federer a déclaré forfait après sa victoire au tournoi de Bâle...

Aymeric Le Gall

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Roger Federer, à Shanghai

Roger Federer, à Shanghai — Andy Wong/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Bercy

Viendra, viendra pas ? Hé bien, viendra pas. La nouvelle est tombée dimanche soir, juste après sa victoire en finale du tournoi de Bâle contre Juan-Martin Del Potro : Roger Federer a décidé de faire l’impasse sur le Rolex Paris Masters, et ce pour la troisième année consécutive.

« Je suis vraiment désolé de ne pas participer cette année, mais mon corps a besoin de repos après le tournoi de Bâle, a déclaré le numéro deux mondial. J’ai beaucoup joué au tennis cette saison et je dois prendre soin de mon physique si je veux continuer à jouer au plus haut niveau dans les années à venir. Je voulais vraiment jouer devant le public parisien (…) et j’espère que je serai en mesure de jouer l’année prochaine. » Des promesses, toujours des promesses…

Forget l’a mauvaise, et il ne le cache pas

Il n’empêche, on a beau ne pas être tombé à la renverse en apprenant la nouvelle, ça fait quand même un petit pincement au cœur de savoir que le maître nous a (encore) snobés. Mais le plus dégoûté dans cette histoire, c’est Guy Forget, l’organisateur du tournoi.

« Vous imaginez ma déception, ma frustration, a-t-il lâché, visiblement agacé, en apprenant le forfait de Federer. On est triste… On est surtout triste par rapport à tous les efforts qui avaient été entrepris depuis de nombreuses semaines, de nombreux mois, pour accueillir Roger et Rafa dans cette salle. Malheureusement Rafa sera seul… Enfin il y aura d’autres grands champions mais je suis persuadé que les fans parisiens de Roger vont être extrêmement déçus. »

Histoire de mesurer un peu cette déception du public parisien, on s’est dit qu’il ne serait pas inintéressant d’aller traîner du côté de l’AccorHotels Arena et de parler du lapin que Roger a posé.

« Ça ne me fait ni chaud ni froid »

On vous rassure tout de suite, on était loin de l’ambiance d’enterrement à laquelle on s’était préparé en entendant Guy Forget parler. Et si on a bien trouvé une jeune fille en larmes, c’était simplement à cause de la glace que son papa venait de lui refuser. Pour le reste, l’absence du Suisse ne semble pas avoir chamboulé grand monde.

« Moi, ça ne me fait ni chaud ni froid. Bon, je n’aurais pas non plus craché sur sa présence mais ça ne me bouleverse pas plus que ça », nous dit Axel, qui déguste un petit cornet de frites avant d’aller assister au match entre Gilles Simon et Jérémy Chardy.

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A son côté, Gabriel non plus n’en a pas grand-chose à faire. « Ça n’a pas beaucoup d’impact pour moi à vrai dire. Je n’ai rien à redire sur le joueur, mais humainement je ne suis vraiment pas fan. Par contre je comprends que ça emmerde les organisateurs du tournoi, d’autant qu’il est l’égérie de la marque Rolex, qui est le sponsor principal du tournoi depuis cette année… »

Le grand pardon

Il y a donc ceux qui s’en moquent, et il y a ceux qui pardonnent. « Je ne suis pas choqué par sa décision, à 36 ans, vu son palmarès, j’ai envie de dire qu’il est tout excusé, nous dit ce papa qui est venu passer sa journée au tournoi accompagné de sa fille. Il me semble qu’il a quand même le droit de choisir ses tournois s’il veut durer encore un peu sur le circuit. En plus il a clairement expliqué ses raisons, il a ouvertement dit qu’il voulait être en forme pour le Masters de Londres, donc pour le coup on ne peut pas lui reprocher sa franchise. »

Pour Thierry, blasé mais pas abattu, ce n’est pas tant la faute de Federer que celle du calendrier de la saison de tennis : « Ce n’est pas comme si c’était une nouveauté. Ce n’est pas la première fois qu’il zappe Bercy… Faut dire que le calendrier est fait de telle manière que juste après Paris il y a le Masters de Londres et on sait qu’il veut être prêt pour celui-là. »

« Je comprends son choix et je ne lui en veux pas, nous crie de loin cette dame anglaise qui tape un sprint pour ne pas rater le début du match Simon-Chardy. Il vient tout juste de gagner le tournoi de Bâle, on s’attendait un peu à ce qu’il prenne cette décision. Surtout qu’il y a le Matsers de Londres juste derrière. Voilà, au revoir ! » Dans la famille « je comprends son choix », il faut aussi ajouter Rafael Nadal. Présent lundi en conférence de presse, l’Espagnol a expliqué faire confiance au jugement de son rival et ami.

Après avoir gagné Shanghai et Bâle, il a sans doute pensé que ce serait mieux pour lui, pour sa condition physique, pour sa préparation en vue de Londres de ne pas venir ici, parce que sinon il aurait été trop fatigué ou il aurait risqué de se blesser. »

« Ça fait ch… », « ça fout les boules »

A force d’arpenter les gradins et les couloirs de Bercy en quête de gens tristes (oui, on a un petit côté sadique à 20 Minutes) et de ne trouver que compréhension et compassion sur notre chemin, on était à deux doigts d’abandonner. Jusqu’à ce qu’on tombe sur Claire, membre du Tennis Club d’Allinges près de Thonon-les-Bains.

On a été hyper déçus quand on a appris ça, en plus il l’a annoncé au dernier moment. On vient de Haute-Savoie spécialement pour le tournoi et on était super contents de savoir que Roger allait jouer ici… En plus bon, on ne sait pas encore combien de temps il va jouer donc c’était vraiment l’occasion de le voir encore au moins une fois. Je comprends quand Guy Forget ait la sensation de s’être fait planter parce que c’est pas terrible de sa part d’annoncer ça la veille du tournoi… »

Si le rire est contagieux, il faut croire que la déception aussi, puisque, derrière, les langues se délient enfin. Antoine et Maxime, deux potes de la région parisienne, sont un peu dégoûtés de savoir Federer loin de Bercy. « Moi je trouve que ça fait chier, lâche Antoine. Surtout qu’il annonce ça assez tard et que la plupart des gens ont déjà acheté leurs billets… Ça plombe un peu le tournoi. »

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Maxime embraye : « Quand on vient voir un Masters 1000, on est en droit d’attendre que les meilleurs joueurs du circuit soient présents. Surtout qu’il manque déjà pas mal de monde, Djokovic, Murray, Wawrinka. Ça fout les boules… Je comprends que certains soient énervés, surtout quand tu viens de loin. Nous ça va, on est d’ici, mais même là ça nous emmerde un peu. »

Guy Forget ne se trompait donc pas totalement en parlant d’un public parisien déçu à l’idée de ne pas voir l’élégant Roger mais, dans l’ensemble, on a quand même trouvé que les spectateurs faisaient preuve d’indulgence à son égard. Quand, comme lui, on a 36 ans, qu’on a raflé 95 trophées et qu’on a fait rêver à peu près toute la planète terre pendant vingt ans, c’est bien le moins qui pouvait arriver. Allez, sans rancune Roger.