Tirage au sort Coupe du monde de rugby : « Ça sera le souvenir d’une vie »… Comment Hong Kong se retrouve au Mondial
coucou, c’est nous•Pour la première fois de son histoire, Hong Kong s’est qualifié pour la Coupe du monde de rugby, dont le tirage au sort est effectué ce mercrediAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Le tirage au sort de la Coupe du monde se déroule ce mercredi matin (10 heures). Pour la première fois, 24 équipes seront présentes en Australie pour cette compétition.
- Parmi les petits poucets de cette Coupe du monde de rugby figure Hong Kong, qui a remporté l’été dernier le championnat d’Asie, dont les joueurs sont issus de plusieurs origines.
- « Quand j’étais petit, je regardais la Coupe du monde, je voulais y être, comme tous les enfants qui aiment le rugby. Et, là, ça va devenir une réalité, c’est la plus belle compétition à laquelle peut participer un joueur de rugby », se réjouit le pilier Sunia Fameitau.
Le Japon et la Namibie se frottent les mains. Détenteurs du plus grand nombre de points encaissés lors d’un match de Coupe du monde (respectivement 145 et 142), Nippons et Welwitschias pourraient voir, dans deux ans en Australie, leur piètre record être effacé des tablettes. La faute à une compétition, dont le tirage au sort se déroule ce mercredi (10 heures), ouverte pour la première fois à 24 équipes, dont les probables victimes expiatoires le Zimbabwe ou Hong Kong.
« Hong Kong China », retoque d’emblée Charles Cheung, comme si les forces armées de Xi Jinping surveillaient les discussions du team manager de la sélection de la région administrative spéciale chinoise. Elle s’est qualifiée pour son premier Mondial après avoir écrabouillé la Corée du Sud (70-22) lors de la dernière journée des championnats d’Asie, après en avoir déjà collé 78 au Sri Lanka et 43 aux Emirats arabes unis cet été. Une démonstration à laquelle a pris part le pilier Sunia Fameitau, près de 130 kg sur la balance :
« C’est une expérience incroyable, se remémore le pilier. Quand j’étais petit, je regardais la Coupe du monde, je voulais y être, comme tous les enfants qui aiment le rugby. Et, là, ça va devenir une réalité, c’est la plus belle compétition à laquelle peut participer un joueur de rugby. »
Hong Kong, melting-pot de nationalités
Mais comment le gaillard de Kolonga aux Tonga s’est retrouvé à représenter Hong Kong ? « Je suis né aux Tonga, j’ai été élevé en Nouvelle-Zélande, j’ai joué ensuite en Australie, à Bahreïn, je suis retourné en Nouvelle-Zélande, avant de débarquer à Hong Kong en 2019. J’ai pu intégrer la sélection après cinq ans de résidence et maintenant je vais à la Coupe du monde. »
« Cinq ou six » coéquipiers ont connu le même genre de « naturalisation », mais la plupart des internationaux ont des attaches familiales avec la Perle d’Orient, avec souvent des parents ou grands-parents venus dans le sud de Shenzhen pour des opportunités professionnelles. Comme le « Français » Paul Altier. Né en Thaïlande, l’ailier a suivi les darons à Hong Kong où il a découvert le rugby à l’âge de 7 ans. Il y a joué jusqu’à ses 19 ans avant de venir en Europe pour évoluer en Angleterre et en France.
« Nous sommes uniques et spéciaux, vante Charles Cheung. Les gens viennent de partout ici, et c’est aussi valable pour le rugby. Si vous venez à Hong Kong, vous rencontrerez des gens de Chine, de Hong Kong, de France, de Grande-Bretagne, d’Australie… Ils ont tous leurs propres liens avec Hong Kong. »
Venir détrôner le rugby à VII
Parmi la trentaine de joueurs internationaux, certains, comme Sunia Fameitau, ont signé un contrat professionnel à plein temps avec la Fédération, mais d’autres travaillent encore à côté. Avec leur qualification pour la Coupe du monde, ils ont en tout cas réussi à faire parler du XV dans un territoire qui ne jurait alors presque que par le VII, dans la foulée de l’étape du circuit Sevens qui se déroule au Kai Tak Sports Park, qui peut accueillir jusqu’à 50.000 spectateurs.
« Le Hong Kong Sevens est l’un des plus grands événements de sport en Asie, illustre Sunia Fameitau. Cela fait beaucoup pour l’image du rugby, qui est un sport important ici, mais pas encore parmi les plus populaires. Le rugby à XV commence à se faire son nom depuis qu’on s’est qualifiés. »
Pour la première fois de leur histoire, les Dragons, qui ont l’habitude de jouer dans The Jungle (2.750 places), qui accueille aussi les matchs de championnat, ont eu l’honneur de fouler la pelouse de l’immense arène face au Japon fin octobre, avec une petite déculottée à la clé (59-14).
Des déculottées à la clé au Mondial ?
Pas de quoi refroidir les ardeurs de nos puceaux, qui espèrent quand même venir chatouiller quelques équipes lors de la Coupe du monde, à l’image de ce qu’a pu faire le Portugal, qui avait accroché la Géorgie et battu les Fidji, lors de la précédente édition.
« Nous sommes réalistes sur notre potentiel, mais nous voulons que le public se souvienne de nous, assure Charles Cheung. Nous voulons nous battre avec des équipes proches de nous et se souvenir que certains ont réussi lors des précédentes compétitions, ce qui a permis de faire grandir ce sport dans leur pays. »
Malgré tout, Hong Kong part quand même de très loin. Il y a trois semaines, les coéquipiers de Sunia Fameitau, auteur d’un essai, ont encore subi un très lourd revers face au Portugal (58-12), qui sera dans le même chapeau que les Dragons. « Il reste encore du temps pour se préparer, mais je sais que les joueurs et les coachs sont excités à l’idée de jouer contre toutes ces nations, et de voir ce que nous sommes capables de faire, indique le pilier. Ça sera le souvenir d’une vie, on a tous hâte d’y être. » Les Dragons auront déjà petit aperçu de ce qui les attend ce mercredi. Et ça risque d’être corsé.


















