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France - Afrique du Sud : Ciblé par les Boks, protégé par ses équipiers ? Antoine Dupont au centre de toutes les attentions
rugby•Le capitaine tricolore sera titulaire face à l’Afrique du Sud dimanche en quarts de finale, 23 jours après son opération d’une fracture au visageNicolas Camus
L'essentiel
- Le XV de France affronte l’Afrique du Sud en quarts de finale de la Coupe du monde, dimanche au Stade de France.
- Un peu plus de trois semaines après son opération d’une fracture maxillo-zygomatique, Antoine Dupont est de retour en tant que titulaire pour ce qui s’annonce comme un sommet d’intensité.
- Peut-il être ciblé par les Springboks ? Faut-il un plan pour le protéger ? On tente d’y voir plus clair à la veille du choc.
Les signaux avaient beau converger, on a bien senti un petit émoi dans la salle de presse quand la fumée blanche est apparue, à 11h36 très précisément vendredi matin. En se présentant face aux médias pour la conférence de presse d’annonce de la compo, Antoine Dupont a levé pour de bon le semblant de suspense qui demeurait quant à sa participation au quart de finale de la Coupe du monde contre l’Afrique du Sud, dimanche.
On y est, donc, à ce retour tant espéré et un peu craint, aussi, il faut bien le dire. L’idée de se présenter un peu plus de trois semaines après un tel choc à la tête ayant entraîné une fracture pour une rencontre aussi intense que celle qui s’annonce a de quoi faire lever le sourcil. Mais pas celui du principal intéressé, apparemment. « Je me sens très bien, sur le plan physique comme émotionnel, assure-t-il. J’ai repris très progressivement, c’était important pour moi de valider toutes les étapes pour être sûr de mon coup. Aujourd’hui, je suis en pleine capacité de mes moyens. »
Au-delà de l’aspect purement médical, facile à lire pour le chirurgien, la principale interrogation dans ce genre de cas concerne l’appréhension du joueur à reprendre. Ça, personne ne peut le sentir à sa place. La peur du contact, voire du potentiel contact quand le trafic se fait un peu dense au cœur du jeu, ne prévient pas. Mais la seule angoisse admise par le capitaine tricolore a été celle de devoir abandonner les copains.
« Sur le coup, j’ai pensé que ma compétition était terminée, j’ai dû attendre l’opération pour retrouver espoir, raconte-t-il. Ensuite pour les contacts, ça s’est fait petit à petit. J’ai commencé en fin de semaine dernière, doucement, puis un peu plus, et cette semaine j’ai pu reprendre l’entraînement collectif et retrouver des situations de contacts qui m’ont permis de lever l’appréhension. Je n’ai jamais eu de douleur, aussi, ça m’a rassuré. » »
Voilà pour le ressenti de Dupont. Maintenant, qu’en sera-t-il sur le terrain, dimanche ? L’idée d’un ciblage de la part des Springboks a été évoquée toute cette semaine. Réaliste ou non ? On a ratissé large pour essayer de savoir.
- Du point de vue sud-africain > Nous ? Nooooon, vous n’y pensez pas
Daan Human, entraîneur de la mêlée : « On ne se concentrera jamais sur un seul joueur, mais sur un système et un collectif. Se concentrer sur un seul joueur, c’est le meilleur moyen de se faire avoir par celui qui se trouve derrière lui. On va rester fidèles à notre système et à ce qu’on a toujours fait. »
- Du point de vue français > Ils auront d’autres choses à faire
Laurent Labit, entraîneur de l’attaque : « Si Antoine est sur le terrain dimanche, c’est qu’il est à 100 % de ses capacités, mentales et physiques. Et quand il est à 100 %, c’est très difficile de faire une individuelle sur lui. Ce sera un joueur comme les autres, un joueur important chez nous, et ils le savent, mais ils en auront d’autres à surveiller. »
- Du point de vue d’un ancien joueur > Peut-être un peu quand même
Kevin Gourdon, ex-troisième ligne, 19 sélections avec les Bleus : « C’est un sport de combat. Si t’es dans l’octogone et que ton adversaire à un strap au genou, forcément tu vas appuyer là où ça fait mal. Il n’y a pas de cadeau au plus haut niveau, et ce n’est pas de leur faute si Dupont a subi cette fracture. Il est déjà une cible d’habitude, mais peut-être un peu plus, oui. Mais pas en visant le visage, évidemment. Tu peux appuyer un peu plus un plaquage quand il tape au pied en sortie de ruck, ou quand tu le chasses. Il y a plein de moyens dans les règles pour tenter de l’affaiblir un peu, d’amoindrir son influence. »
- Du point de vue d’un ancien arbitre > Circulez
Joël Dumé, ex-arbitre international : « Il n’y a pas de joueur qui soit plus à surveiller qu’un autre. C’est une histoire de cohérence. Ben O’Keeffe aura bien analysé les deux équipes, il sait comment elles jouent. »
- Du point de vue anthropologique : Le tarif habituel
Julien Migozzi, chercheur à l’Université d’Oxford et spécialiste de l’Afrique du Sud : « Ils ne vont pas se poser la question de savoir s’il a mal quelque part ou non. S’il faut qu’il soit plaqué sèchement, il le sera. Il n’y aura pas de passe-droit, mais pas de traitement de faveur non plus, ce sera le même qu’ils appliquent à tous les grands joueurs. Est-ce que les Sud-Africains sont des sadiques, non je ne pense pas. Mais ce ne sont pas des Pères Noël. »
Dans l’incertitude, mieux vaut tout de même se préparer à toutes éventualités. Pour notre part, on imaginait bien une garde rapprochée autour du capitaine, avec les colosses Jelonch, Alldritt et Ollivon pour faire la circulation. Interdiction pour tout ce qui porte un maillot vert d’entrer dans la zone sous peine de représailles immédiates.
On risque d’être déçu. A priori, les Bleus n’ont pas déposé de requête d’injonction d’éloignement. « Non, il n’y aura pas de stratégie particulière, fait savoir Charles Ollivon. Evidemment que nous, en troisième ligne, on aura pour mission de protéger notre charnière, et qu’il y aura beaucoup de boulot à faire pour ça, mais ce sera le cas des 15. Ils sont très costauds partout, ça va batailler aux quatre coins du terrain et c’est collectivement qu’on va s’en sortir. On aura tous besoin du copain d’à côté. »
« Penser à l’équipe avant de penser à soi »
Bon, ils n’allaient pas non plus tout servir aux Boks sur un plateau. « On va en garder un peu pour dimanche », comme disait Fabien Galthié en souriant vendredi. De toute façon, un élément en particulier fait dire aux Français qu’il n’y aura pas de contrat sur leur demi de mêlée : la crainte du carton. « On sait que dans le rugby, si on touche à la tête c’est carton rouge. Ils ne feront pas n’importent quoi », veut croire Greg Alldritt. Comme le faisait remarquer l’ancien sifflet Joël Dumé, on peut compter sur l’arbitre néo-zélandais Ben O’Keeffe pour surveiller tout ça de près.
Une autre option pour protéger autant que possible Dupont consisterait en un éloignement forcé des principales zones de baston au cœur du jeu. Une idée qui ne vient pas de nulle part, mais des entraînements de la semaine, où on a pu le voir se déplacer vers l’aile lors de phases défensives. Encore raté, si on écoute les joueurs. « On ne change rien, répond Matthieu Jalibert. Antoine est un joueur important de notre système défensif, il aura le même rôle que lors des premiers matchs. On n’a rien préparé de spécial. »
NOTRE DOSSIER XV DE FRANCEBon, on était moyennement convaincus nous-mêmes, à vrai dire. Ce serait mal connaître le bonhomme, jamais le dernier quand il faut aller mettre les mains – et parfois un peu plus. « Je n’y vais pas avec le frein, martèle l’intéressé. C’était ça l’essentiel, penser à l’équipe avant de penser à soi. Je n’ai pas ressenti de pression, si je n’avais pas pu y aller Maxime [Lucu] et Baptiste [Couilloud] étaient là pour me remplacer. » Quant à la douleur, elle sera là, ni plus ni moins que d’habitude. « Il y en a toujours sur ce type de match. On sait que ce sera très dur du début à la fin, et si on n’est pas prêt à ça, on ne pourra pas aller là où on l’ambitionne. » Même avec son casque, le patron n’a pas perdu de vue son chemin.


















