XV de France : Faut-il écouter cette petite musique inquiétante qui monte autour des Bleus ?
rugby•La prestation ratée dans les grandes largeurs face à l’Uruguay a bousculé le staff, même si ce dernier se défend d’avoir changé ses plansNicolas Camus
L'essentiel
- Le XV de France se prépare pour son troisième match de Coupe du monde qui le verra affronter la Namibie, jeudi à Marseille.
- Après la prestation brouillonne face à l’Uruguay, le sélectionneur Fabien Galthié a décidé de remettre en place l’équipe type.
- Si le sélectionneur ne le dit pas comme ça, on peut y voir une manière de se rassurer et de remettre la marche avant pour mieux aborder un dernier match plus consistant face à l’Italie, puis la phase finale de la compétition.
On se pensait peinards pendant un bon mois après la victoire contre les All Blacks en ouverture, un cocktail à la main au bord de la piscine en attendant l’Italie pour remonter en pression en prévision des quarts de finale. Et puis patatras, l’équipe B qui s’emmêle les pinceaux face à l’Uruguay, et c’est comme si toutes nos certitudes d’avant Coupe du monde s’étaient envolées.
On ne parle plus que de la défense gruyère des Bleus et de ce jeu d’attaque désordonné, on se triture le cerveau avec un scénario où la France pourrait ne pas se qualifier en cas de défaite contre l’Italie alors que ça n’est plus arrivé depuis dix piges, on se monte le bourrichon sur un coup de gueule de Fabien Galthié contre les gamins du Stade Français à l’entraînement, on zieute avec un peu de jalousie l’Irlande et l’Afrique du Sud en train de réciter leur rugby dans la poule d’à côté. Bref, on se laisse happer malgré nous par une sorte de nuage d’anxiété qui viendrait envelopper le XV de France.
« C’est très français ce début de Coupe du monde, à la fois dans la manière de se faire peur sur le terrain et dans la façon dont on fait monter cette petite musique, se marre Julien Pierre à l’autre bout du fil. On est à la maison, tout le monde a envie de voir l’équipe de France briller, gagner avec la manière en marquant beaucoup d’essais, alors il y a un peu de fébrilité de toutes parts. On attend beaucoup de cette équipe qui nous a emballés ces dernières années, mais la compétition est tellement longue, on ne va pas commencer à s’inquiéter maintenant. »
L’ancien international était de la folle aventure du Mondial 2011, commencée sous un torrent de critiques et achevée à un petit point du sacre face aux Blacks sur leurs terres. Deux époques incomparables, bien sûr, deux équipes aux références opposées à l’entame de leur compétition, le joyeux chaos de l’ère Marc Lièvremont d’un côté, la flèche du temps millimétrée de Fabien Galthié de l’autre. Mais une seule règle du jeu : « L’important est de gagner au bout. Le reste, c’est de la poésie », synthétise l’ex-deuxième ligne.
Fil rouge égaré et théorie de Darwin
A défaut de réelle inquiétude, il y a de quoi se gratter un peu la tête, tout de même. Laurent Labit le reconnaissait dimanche. « Ce qui nous intéresse, c’est le contenu et,sur ce point, on est frustrés, concédait l’entraîneur de l’attaque. On a été bien en seconde période contre la Nouvelle-Zélande et environ 20 minutes contre l’Uruguay. C’est trop peu par rapport à ce qu’on ambitionne. » A y regarder de plus près et sans les yeux de l’amour, on peut même ajouter quatre matchs de préparation très inégaux, avec notamment beaucoup de points encaissés, et une défaite en Irlande lors du match que tout le monde attendait lors du dernier Tournoi.
En fin de compte, cette impression un peu souterraine que l’horloge bleue n’est plus aussi bien réglée qu’entre novembre 2021 et novembre 2022, cette période bénie ponctuée d’une orgie contre la Nouvelle-Zélande, d’un grand chelem lors du VI Nations et d’un KO infligé à l’Afrique du Sud. La prestation contre l’Uruguay, pour y revenir, a laissé le staff quelque peu groggy. Même avec les coiffeurs, il ne s’attendait certainement pas à une copie aussi éloignée des standards de l’équipe construite depuis quatre ans, comme si le fil rouge qui reliait tous ces mois de boulot s’était perdu en chemin.
« On avait dit que l’équipe de France cachait son jeu pour cette Coupe du monde, mais à force de le cacher, on se demande s’ils se rappellent où ils l’ont mis », égratigne l’ancien sélectionneur Pierre Berbizier auprès de l’AFP. Il peut y avoir une certaine urgence, alors, à marquer le coup contre la Namibie et tout remettre bien d’équerre. C’est sans doute la réflexion qui a mené à réinstaller les patrons d’entrée, même si Fabien Galthié a assuré ce mardi midi que ce n’était en aucun cas « un changement de cap » en réaction à l’Uruguay.
« Il y a beaucoup de débats par rapport à la compo, mais on fait nos équipes à la semaine », a-t-il développé, s’appuyant même lors d’une envolée dont il a le secret sur la grande théorie de l’évolution pour illustrer son propos : « Notre méthode, c’est s’adapter. Aux états de forme, aux situations, au contexte. Darwin nous enseigne que ce ne sont pas les espèces les plus fortes qui survivent, mais celles qui s’adaptent. On essaie de suivre ses bons conseils. »
Besoin de cohésion
Trêve de digression, il ne reste finalement que peu de temps pour arriver lancés et en pleine confiance en quart de finale, rendez-vous qui constitue le véritable carrefour de cette compétition, face à l’une des deux meilleures nations du jeu. « On connaît les clés pour gagner les matchs de phase finale : la conquête, la discipline, notre défense et puis aussi l’attaque, avec quelques lancements, quelques circuits bien réglés, explique Laurent Labit. Des matchs contre l’Uruguay ou la Namibie doivent servir à trouver notre justesse, notre connexion, pour que le jour où l’on aura moins d’occasions, on soit capables de mettre au fond. Sinon il faudra que l’on fasse 100 % sur tous les ballons que l’on va avoir. » Ce qui n’arrive jamais, évidemment.
Le grand retour des titulaires, jeudi, s’inscrit dans cet objectif. Et n’est pas pour déplaire aux intéressés. Matthieu Jalibert à la plaidoirie :
« Ce qui est important pour nous, c’est de jouer des matchs. On a des semaines d’entraînement conséquentes, on bosse bien, on a de quoi prendre du rythme, mais ce qui est important, c’est d’avoir du temps de jeu, travailler sur nos automatismes et la cohésion. » »
L’ouvreur est encore plus concerné que les autres, lui qui n’a étrenné son statut de titulaire que lors du dernier match de préparation face à l’Australie, après la blessure de Romain Ntamack. « Il n’y a pas à se ménager, je suis content de pouvoir jouer, j’ai besoin de rythme, de trouver des repères avec l’équipe », explique-t-il.
NOTRE DOSSIER XV DE FRANCELa France, elle, a besoin de voir une démonstration pour dormir de nouveau sur ses deux oreilles. De toute façon, l’histoire montre qu’une victoire en Coupe du monde se construit autour d’une équipe type qui se dégage rapidement et qui ne se lâche plus jusqu’à la fin, quel que soit le sport dont on parle. Il faut que ça se resserre à un moment pour mieux prendre corps. On en est sûrement à cet instant pour le XV de France.


















