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Comment les Bleus se sont remis à l’endroit après leur entame cata

France - Nouvelle-Zélande : Comment les Bleus se sont remis à l’endroit après leur entame cata

rugbyLe XV de France a vécu une première période délicate face aux All Blacks, vendredi en ouverture de la Coupe du monde de rugby 2023 au Stade de France, avant d’étaler sa supériorité peu à peu au retour des vestiaires pour l’emporter (27-13)
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Le XV de France a battu la Nouvelle-Zélande lors du match d’ouverture de la Coupe du monde de rugby (27-13), vendredi soir au Stade de France.
  • Timides en début de rencontre, à l’image de l’essai encaissé dès la 2e minute de jeu, les Bleus se sont lâchés peu à peu, démontrant leur supériorité sur une équipe des Blacks qui manquait un peu de coffre.
  • C’est le symbole d’une équipe qui s’est construit un mental en acier trempé et une confiance en elle qui peut la mener loin.

Au Stade de France,

Le staff de Fabien Galthié est du genre minutieux, on commence à le savoir. Encore plus pour un match d’ouverture de la Coupe du monde face à la Nouvelle-Zélande. La préparation et l’approche de la rencontre avaient été réglées à la minute près, et comme d’habitude, plusieurs scénarios de match mis sur la table pour ne pas se laisser déborder. Mais même les plans parfaits ont des failles. Encaisser un essai alors que tout le monde n’est pas encore assis à sa place (Mark Telea, 2e), par exemple. « C’est un scénario auquel on n’avait pas forcément pensé », reconnaît Charles Ollivon.

On ne leur en voudra pas, ça n’était encore jamais arrivé aussi vite lors d’un premier match de Mondial. « Sur cette première action, on est un peu surpris, mais on ne s’est pas affolés, poursuit le troisième ligne des Bleus. On s’est regroupés, on a respiré, on a pensé au coup d’envoi d’après. Sans tergiverser, en restant dans le cadre, et en deux-trois séquences on a pris trois points. » La pénalité de Thomas Ramos, trois minutes plus tard, a en effet permis à tout le monde de souffler, puis une deuxième a mis les Français devant au score. Sauf que sur le terrain flottait toujours cette impression de jouer sur le reculoir et de se montrer un peu timide au moment d’attaquer le camp des All Blacks.

Les Néo-Zélandais paraissaient alors beaucoup plus saignants ballon en matin, et il s’en est fallu d’un rien (et d’une défense de morts de faim des Bleus, quand même) pour qu’ils n’inscrivent deux autres essais. A la pause, on se demandait bien comment le XV de France avait réussi à virer en tête (9-8). « On est dans le match en faisant une première mi-temps pas loin d’être catastrophique », résume Gabin Villière. En langage Fabien Galthié, ça donne plutôt ceci : « Tu rentres au vestiaire avec le score mais en n’ayant pas le contrôle du jeu et en donnant des clés faciles à l’adversaire. On s’est fait choper par la pression de l’événement alors qu’on s’était bien préparé ».

« On s’est fait tirer les oreilles »

La théorie du sélectionneur est validée depuis la pelouse par François Cros : « On était un peu crispés, un peu tendus. On ne montait pas trop les chercher. Ce qui est dangereux quand on est crispés c’est qu’on a tendance à s’en remettre à des actions plus individuelles pour se libérer. Ça peut mettre l’équipe en difficulté. Mais on en a parlé à la mi-temps. » Si les murs du vestiaire français n’ont pas tremblé, le débrief de Fabien Galthié a tout de même été salé. « On s’est fait tirer les oreilles », raconte Peato Mauvaka, entré très tôt dans le match pour pallier la blessure de Julien Marchand. « Oui, on s’est fait taper sur les doigts, finit par admettre Gabin Villière sous la contrainte [après deux relances, en fait]. Mais sans trop de pression ni d’énervement parce qu’on était tous bien conscients de ce qu’il fallait améliorer. »

Revenus sur la pelouse ragaillardie, les Bleus ont bien failli marquer d’entrée, mais une petite faute à deux mètres de la ligne les a arrêtés, avant que Mark Telea n’inscrive un doublé sur le temps de jeu suivant. Frustrant, mais là encore cette équipe a montré qu’elle s’était forgé, lors des quatre dernières années, un caractère en acier trempé. « On s’est remis dedans tout de suite, et on a commencé à faire mal à l’adversaire, observe Thomas Ramos. On a su garder les ballons, ce qu’on n’avait pas fait en première période, ce qui a nous permis d’enchaîner les temps de jeu et d’avancer. » Jusqu’à la délivrance, ce premier essai signé Damian Penaud (qui d’autre ?) au bout d’une action où on a retrouvé le jeu inspiré des Bleus, à l’image de la feinte de Matthieu Jalibert pour servir un caviar à son ailier. « Un vrai bol d’air », dira Gabin Villière.

La joie de Damian Penaud après avoir marqué le premier essai français du match (55e).
La joie de Damian Penaud après avoir marqué le premier essai français du match (55e).  - Themba Hadebe/AP/SIPA

Ajoutez à ça une discipline de fer (quatre pénalités concédées seulement sur tout le match), une mêlée dominante et le carton jaune reçu par Will Jordan à l’heure de jeu et vous obtenez le point de bascule de la rencontre. « Il y a le jaune, oui, mais aussi l’entrée du banc qui nous a fait du bien, souligne François Cros. On a porté le ballon plus haut, avec du déchet, mais on sentait moins le danger. On avait moins de séquences dans nos 22. » Les All Blacks n’ont, eux, jamais trouvé les ressources pour inverser la tendance.

Les Bleus ont terminé en roue libre dans la furia du stade, avec le pied de Ramos et un dernier essai de Melvyn Jaminet pour que la fête soit plus belle. Et pour offrir à la France deux jalons de prestige : elle est devenue la première nation à battre la Nouvelle-Zélande en phase de poule depuis que la Coupe du monde de rugby existe, et elle est la première à lui infliger une défaite par plus de 12 points d’écart.

NOTRE DOSSIER XV DE FRANCE

« Même quand on est moyens, c’est hyper positif de gagner en marquant presque 30 points », fait remarquer Antoine Dupont. Pas faux. Ça a beau ne pas être la plus belle équipe des All Blacks de l’histoire, une victoire de cette ampleur, et surtout dans ce contexte, vous pose une équipe. « Il y a une certaine forme de sérénité qui se dégage, considère Arthur Vincent. Ça fait quatre ans maintenant que l’aventure a commencé, une force collective s’est créée. On a tous le même projet en tête. » Pas besoin de nous faire un dessin.