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Comment l’Angleterre s’est servie de la rouste de 2023 pour se reconstruire

France-Angleterre : « La claque dont on avait besoin »… Comment les Anglais se sont remis de la rouste de l’an dernier

RugbyLa France et l’Angleterre se retrouvent ce samedi (21 heures) à Lyon-Décines, un an après l’historique raclée tricolore à Twickenham (10-53) dans le Tournoi des VI Nations
Jérémy LaugierNicolas Stival

Jérémy Laugier, Nicolas Stival

L'essentiel

  • L’affiche France-Angleterre, ce samedi (21 heures) au Parc OL, sera le dernier match du Tournoi des VI Nations 2024, encore promis à l’Irlande.
  • Voici tout juste un an, l’équipe de Fabien Galthié avait humilié la formation de Steve Borthwick à Twickenham (10-53).
  • Depuis, le XV de la Rose s’est rebâti, avec une belle Coupe du monde et un jeu de plus en plus séduisant, comme samedi dernier lors d’un succès inattendu (23-22) qui a privé l’Irlande d’un deuxième Grand Chelem d’affilée.

Un XV de la Rose concassé (10-53) pour ce qui est tout simplement la plus grosse raclée subie à domicile par les Anglais, et même la troisième pire défaite de leur histoire, après un 76-0 en Australie en 1998 et un 58-10 en Afrique du Sud en 2007. Si en France, le 110e Crunch a été kiffé/analysé sous tous les angles depuis ce 11 mars 2023 quasi férié pour le rugby tricolore, on n’a pas réellement pris le temps de se poser sur ses conséquences outre-Manche.

L’ancien international anglais Steffon Armitage (5 sélections de 2009 à 2011) n’est pas près d’oublier ce match, qu’il avait regardé à la télévision, « avec uniquement des amis français ».

« Je vis en France depuis treize ans, donc c’est la maison pour moi, confie le triple champion d’Europe avec le RC Toulon (2013, 2014 et 2015). Mais là, c’était un peu dur de voir ça, alors que j’imaginais un match très serré, avec peu de points. Tout le peuple anglais a eu un sentiment de honte. »

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« Twickenham est la maison du rugby et on s’y est fait humilier, poursuit-il. Il y a une façon de perdre, en se battant jusqu’au bout, mais là l’équipe a lâché, c’était inexcusable. Ce n’était pas un match sur lequel tu peux faire de la vidéo. Il était à oublier et à jeter directement à la poubelle. Je n’ai même pas osé lire la presse anglaise derrière. »

Le Telegraph, par exemple, s’était amusé à renommer le stade « Twickenham-sur-Seine ». « C’était un résultat gênant contre un rival, pas juste dans le Tournoi des VI Nations mais aussi avec la Coupe du monde à l’horizon, rappelle Charles Richardson, journaliste pour ce quotidien. Ceux qui étaient présents ce jour-là restent marqués par l’impressionnante prestation française. »

Pour autant, cette tartasse historique à Twickenham pour le XV de la Rose a eu une dimension fondatrice selon Steffon Armitage, désormais joueur de Berre-l’Etang (Bouches-du-Rhône, en 5e division). « C’est la claque dont l’Angleterre avait besoin pour préparer la Coupe du monde, indique-t-il. La France était alors parmi les meilleures nations mondiales et elle avait montré le chemin à suivre. Il fallait changer beaucoup de choses dans la mentalité. »

Borthwick, « un entraîneur magnifique »

Ancien pilier international (8 sélections de 2000 à 2002), devenu un consultant écouté, David Flatman acquiesce : « Un traumatisme ? D’un certain côté je pense que ça en était un, mais ce match a aussi servi à démontrer que l’équipe d’Angleterre n’était pas à la place où elle devait être, au vu des joueurs dont elle disposait. Ce type de résultat peut faire mal sur le moment, mais il peut aussi permettre d’accélérer les changements nécessaires. Aujourd’hui, la sélection est dans une position bien plus favorable. »

Alors extrêmement critiqué, le sélectionneur Steve Borthwick, arrivé en décembre 2022 sur les décombres de l’ère Eddie Jones, a résisté à l’onde de choc. Avec comme stratégie de repartir de la base pour le Mondial 2023 en France, avant de construire pour de bon un projet plus ambitieux.

Steve Borthwick, l'entraîneur anglais, lors du superbe succès contre l'Irlande, la semaine passée.
Steve Borthwick, l'entraîneur anglais, lors du superbe succès contre l'Irlande, la semaine passée. - Tom Sandberg / PPAUK / Shutterstock / Sipa

« Borthwick est un entraîneur magnifique, studieux et méticuleux, mais il avait besoin de temps, juge Charles Richardson. Or, il a tout de suite été mis dans le bain, dix mois avant la Coupe du monde, et il fallait trouver une solution à court terme, et c’était ce jeu minimaliste. Maintenant, il peut construire une équipe dans son style sur le long terme, plus complet et ambitieux. »

« Il fallait remettre les choses dans l’ordre, en assurant et en se rassurant comme contre le Japon (34-12, lors du deuxième match de la Coupe du monde) », acquiesce Steffon Armitage.

« Puis le jeu a évolué peu à peu, indique l’ex-troisième ligne du RCT. Contre l’Irlande (23-22), alors que personne n’imaginait la victoire possible, même dans la presse anglaise, on a vu que l’équipe avait envie d’avancer, de marquer des essais et surtout pas de se contenter de coups de pied. C’est comme un retour à l’époque Jonny Wilkinson, quand c’était le feu offensivement. Proposer plus de jeu qu’une équipe de la dimension de l’Irlande, c’est une grande fierté. » »

Si bien qu’en pile un an, le XV de la Rose est passé d’un des pires cauchemars de son histoire à l’une de ses victoires les plus éclatantes. Seuls six rescapés du naufrage face à la France étaient du triomphe sur le fil contre l’Irlande, grâce à un drop après la sirène de l’ouvreur prodige Marcus Smith (23-22) : les centres Ollie Lawrence et Henry Slade, les avants Jamie George (désormais capitaine), Ellis Genge, Maro Itoje et Ollie Chessum.

Des « joueurs à la fois endiablés et souriants »

Au rayon des éléments clés de ce renouveau, se distinguent le 3e ligne Ben Earl (26 ans, Saracens), les ailiers Tommy Freeman (23 ans, Northampton) et Immanuel Feyi-Waboso (22 ans, Exeter) ainsi que l’arrière George Furbank (28 ans, Northampton).

Le troisième ligne centre Ben Earl, l'un des nouveaux fers de lance du XV d'Angleterre.
Le troisième ligne centre Ben Earl, l'un des nouveaux fers de lance du XV d'Angleterre. - Simon King / ProSports / Shutterstock / Sipa

David Flatman avoue avoir été « agréablement surpris » par la performance face aux Irlandais, deux semaines après la déception en Ecosse (30-21), bête noire du XV de la Rose ces dernières années (quatre défaites anglaises d’affilée).

« Les joueurs pratiquent un rugby formidable en Premiership donc on savait tous ce dont ils étaient capables, mais c’était énorme ! L’atmosphère à Twickenham était transformée et ils étaient à la fois endiablés et souriants. C’était formidable à voir pour un fan anglais. On espère qu’il y aura beaucoup d’autres matchs comme ça dans l’avenir. »

Deux sélections qui doivent confirmer leur renouveau

Pour sa part, Steffon Armitage est persuadé que les Anglais ont su profiter au mieux du contexte a priori très défavorable qui entourait cet enchaînement Mondial 2023 – VI Nations 2024. « Si on sent que les autres pays ne nous craignent plus, c’est typiquement le challenge qu’on aime, sourit-il. Je savais que l’Angleterre ne passerait pas à côté de sa Coupe du monde, et qu’elle était capable d’inquiéter jusqu’au bout l’Afrique du Sud comme elle l’a fait en demi-finale (15-16). »

Celui-ci voit à présent le rendez-vous de ce samedi (21 heures) à Lyon-Décines comme « le premier véritable Crunch depuis longtemps », avec deux sélections « en attente d’une confirmation ». Et une opportunité en or de revanche, voire de rédemption, un an et cinq jours après.

Car finalement, même l’icône absolue Jonny Wilkinson avait en son temps vécu le traumatisme du 76-0 en Australie, cinq années avant de devenir champion du monde… face aux Wallabies. « Ça a été pour moi une véritable opportunité de purification et une grande leçon d’humilité », expliquait en mars 2023 l’ancien ouvreur anglais à ITV. Une leçon également bien retenue par la bande à Steve Borthwick.