LOU-RC Toulon : Cette finale du Challenge européen est-elle un tournant pour la notoriété du rugby à Lyon ?

RUGBY Les Lyonnais vont tenter de conquérir, ce vendredi (21 heures) au stade Vélodrome contre le RC Toulon, le premier titre de l’histoire du club

Jérémy Laugier
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A l'image de Temo Mayanavanua et Beka Saghinadze, ici lors d'un déplacement chez les Dragons de Newport (pays de Galles) en décembre dernier, le LOU s'est férocement défendu durant le Challenge européen cette saison.
A l'image de Temo Mayanavanua et Beka Saghinadze, ici lors d'un déplacement chez les Dragons de Newport (pays de Galles) en décembre dernier, le LOU s'est férocement défendu durant le Challenge européen cette saison. — Gareth Everett/Huw Evans/Shutter/SIPA
  • Le LOU défie ce vendredi (21 heures) le RC Toulon, lors de la finale du Challenge européen qui se disputera au stade Vélodrome.
  • Ce gros rendez-vous pourrait permettre aux hommes de Pierre Mignoni de décoller pour de bon aux yeux du grand public lyonnais.
  • « Il y a évidemment beaucoup d’excitation et d’enthousiasme, résume le président Yann Roubert. Ça serait une très belle histoire de finir en apothéose au stade Vélodrome. »

Le rêve de Jean-Michel Aulas de voir son équipe masculine devenir championne d’Europe va-t-il finalement être réalisé par Yann Roubert et le LOU Rugby ? Après avoir écarté Worcester (31-17), Glasgow (35-27) et les Wasps (20-18) dans des matchs à élimination directe, les joueurs du LOU peuvent devenir, ce vendredi (21 heures) à Marseille contre le RC Toulon, la première équipe masculine lyonnaise de l’histoire, tous sports confondus, à remporter un trophée européen. « Ce n’est peut-être que la petite Coupe d'Europe, mais c’est la première finale européenne de l’histoire du LOU, rappelle le président Yann Roubert. Il y a donc évidemment beaucoup d’excitation et d’enthousiasme. Ça serait une très belle histoire de finir en apothéose au stade Vélodrome. »



Parfois moqué dans le monde de l’ovalie, ce Challenge européen permet au LOU d’être accompagné par une quinzaine de cars de supporteurs, qui quitteront ce vendredi matin le Matmut Stadium de Gerland. Mardi après-midi, une trentaine de fans étaient présents pour accompagner, avec des fumigènes, le départ des joueurs vers leur choc franco-français contre le RCT. Yann Roubert attend entre 4.000 et 5.000 Lyonnais dans un Vélodrome forcément acquis à la cause de l’équipe toulonnaise. Mais au fait, à quel point cette finale peut-elle faire passer un cap décisif au rugby à Lyon ?

« C’est plus compliqué de se faire sa place dans une si grande ville »

« Sportivement, Lyon est une ville habituée à gagner des titres, rappelle le troisième ligne Dylan Cretin. Sans les titres, on sait que c’est plus compliqué de se faire sa place dans une si grande ville. Pour marquer Lyon de notre empreinte, c’est sûr qu’il ne faut plus seulement être bien placés ou bien jouer. Ce club a envie et a besoin de gagner des trophées pour valider tout le travail réalisé. »

Baptiste Couilloud est félicité par ses partenaires après un essai inscrit lors du précédent affrontement contre le RC Toulon (10-43), le 2 avril en Top 14.
Baptiste Couilloud est félicité par ses partenaires après un essai inscrit lors du précédent affrontement contre le RC Toulon (10-43), le 2 avril en Top 14. - OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

Dans l’ombre de l’OL, le LOU n’a débarqué dans le monde professionnel qu’en 2002, avec une montée en Pro D2 lorsque les partenaires de Sonny Anderson soulevaient leur premier sacre en Ligue 1. Trois ascensions en Top 14 et deux relégations plus tard, entre 2011 et 2016, et le club se stabilise seulement pour de bon dans l’élite avec Pierre Mignoni comme manager. « A Lyon, il y a beaucoup de basket et de foot, mais on parle aussi de rugby, commente le technicien, qui sera sur le banc toulonnais dans quelques semaines. C’était moins le cas quand je suis arrivé à Lyon il y a sept ans. On ressent depuis plusieurs saisons que notre public est beaucoup plus présent. »

« Les braises autour du club deviennent de plus en plus incandescentes »

Un constat qui est nettement moins criant en Coupe d'Europe, puisque seulement 8.000 spectateurs ont assisté au quart de finale contre Glasgow, et 10.525 pour la demie, bien en dessous de certaines affluences en championnat, comme les 16.000 face au RCT en avril, et très loin de la capacité maximale de l’ancien stade de l’OL (35.000 places).

« Il y a peut-être un peu moins de monde qu’en Top 14 parce que les gens ne notent pas forcément ces dates dans leurs agendas, indique Yann Roubert. Peut-être qu’on ne les a pas assez habitués jusque-là à bien figurer en Coupe d'Europe, c’est une saine habitude à prendre. En tout cas, on sent qu’il y avait des braises autour du club il y a plusieurs années, et elles sont de plus en plus incandescentes. A nous de souffler dessus pour que ça devienne un vrai brasier. »

Le manager du LOU Pierre Mignoni aimerait finir son long cycle à Lyon en apportant au club le premier trophée de son histoire.
Le manager du LOU Pierre Mignoni aimerait finir son long cycle à Lyon en apportant au club le premier trophée de son histoire. - Coudert/Sportsvision/SIPA

Un enchaînement vertueux entre Mignoni, le Top 14 et Gerland

En attendant, le brasier risque d’être toulonnais pour cette finale au Vélodrome, alors que ce LOU conquérant a jusque-là buté à deux reprises en demies du Top 14, en 2018 et 2019. Une trajectoire ascendante qui incite ses supporteurs à l’optimisme.

« Tout est arrivé presque en même temps au LOU : la signature de Pierre Mignoni (2015), la remontée en Top 14 (2016), et l’entrée au Matmut Stadium de Gerland (2017), énumère Benoît Cabannes, président de la Meute (120 membres), l’un des trois groupes de supporteurs du LOU. Tout ça prend petit à petit et durant ce parcours européen, on a parfois eu une ambiance plus chaude qu’en Top 14, car ce sont essentiellement les gros supporteurs qui étaient présents au stade. »

« Pour beaucoup d’amateurs de rugby, on n’est pas une ville de rugby »

Un engouement jusque-là relatif s’expliquant aisément par la trajectoire de ce LOU, qui a encore toute son histoire à écrire. C’est pourquoi des personnalités du sport hors rugby se sont également mobilisées ces derniers jours : « On m’a beaucoup parlé à Lyon de cette possibilité d’être les premiers garçons à gagner en Europe [les féminines de l’OL comptent huit sacres en Ligue des champions], confie Yann Roubert. Ça permettrait de marquer l’histoire du sport lyonnais et pas simplement celle du LOU Rugby. On a eu des messages sympas de la part de Jean-Michel Aulas et de Gaëtan Muller [président délégué de l’Asvel] ».

Il n’empêche que le club bataille pour obtenir une légitimité aux yeux du rugby hexagonal. « Pour beaucoup d’amateurs de rugby en France, on n’est pas une ville de rugby, et ça charrie gentiment, indique Benoît Cabannes. Le Matmut Stadium de Gerland est peut-être trop grand pour le moment, mais j’espère qu’on arrivera bientôt à le remplir. » Dans ce sens, un premier trophée européen ne pourrait pas faire de mal.