Finale du Top 14: Contre Montpellier, le Castres Olympique ressemble au Petit Poucet et il aime ça
RUGBY•Castres apparaît comme un outsider avant la finale du Top 14 contre Montpellier, ce samedi au Stade de France…Nicolas Stival
L'essentiel
- Sur le plan du budget ou de la masse salariale, Castres ne joue pas dans la même cour que le MHR.
- Le club tarnais enchaîne pourtant les performances, saison après saison.
- Le directeur sportif Christophe Urios s’appuie sur une équipe extrêmement solidaire.
Forcément, la tentation est grande pour Castres avant la finale de Top 14. Surtout lorsqu’on s’apprête à rencontrer Montpellier, archétype du nouveau riche dans le rugby français, avec son plus que prospère président Mohed Altrad et son effectif de stars à fort pourcentage de Springboks.
Aussi, le président du club Pierre-Yves Revol a-t-il tiré sur la corde du petit face au gros, mardi en conférence de presse : « Nous essayons d’apporter un peu de bonheur aux gens d’une contrée un peu en difficulté ».
Un brin exagéré peut-être ? Après tout, derrière le CO, on retrouve depuis 1987 les laboratoires Pierre-Fabre, troisième groupe pharmaceutique français au chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros. Son fondateur, Pierre Fabre donc, est mort en 2013, moins de deux mois après le quatrième Bouclier de Brennus du club.
Mais son homme de confiance Revol reste fidèle à son engagement à Castres, en évoquant une « démarche citoyenne », dans une ville dont le principal employeur privé incarne ce que Michelin représente à Clermont-Ferrand.
L’ironie d’Ugo Mola
Ancien de la maison bleue et blanche, le manager du puissant Stade Toulousain a récemment ironisé sur le fait que les joueurs tarnais n’étaient pas « payés en pots d’Avène [cosmétiques fabriqués par Pierre-Fabre] ». Un peu plus tôt dans la saison, l’ancien trois-quarts international avait aussi subtilement lâché : « sachez que j’ai été plus riche en partant de Castres [en 2007] que de Toulouse [en 1996, comme joueur]. »
Et pourtant, malgré le soutien de Pierre-Fabre, le club de cette ville moyenne d’environ 41.500 habitants ne participe pas à la course aux armements. Il n’affiche que le onzième budget du Top 14 avec 21,73 millions d’euros cette saison. Loin de Toulouse donc (30,86 millions), éliminé en barrage à Ernest-Wallon par le « petit » voisin devenu sa bête noire, ou de Montpellier (26,90 millions). Quant à la masse salariale, elle est « en dessous de la moyenne nationale », assure Revol.
Niveau effectif, on trouve forcément de la qualité dans toutes les lignes, des jeunes prometteurs (Jelonch, Babillot…), mais pas de super stars. Le prodige Antoine Dupont a rejoint Toulouse l’été dernier, comme Tekori, R. Gray ou Faasalele auparavant.
Seulement, les Caballero, Tulou, Urdapilleta et autres Kockott sont parfaitement rodés aux joutes du Top 14, dont le CO n’a raté qu’une phase finale depuis 2010. Et le club a le don de mettre en lumière des talents méconnus du grand public, comme l’ailier Armand Batlle, 31 ans et zéro sélection, mais déjà douze essais cette saison en championnat.
A la tête de l’équipe depuis 2015, l’emblématique Christophe Urios tire le meilleur d’une équipe solide en conquête et qui n’a pas son pareil pour faire déjouer l’adversaire. Pas vrai, Jacky Lorenzetti ? « Ils sont champions de France des casse-couilles et ils ont remarquablement bien joué le coup », a lâché le président du Racing 92 dans Midi Olympique, après la défaite samedi en demi-finale face aux Castrais (19-14), à Lyon.
Contre les récents finalistes de la Coupe d'Europe, les joueurs du CO, réduits pendant dix minutes à 14 contre 15, ont défendu leur ligne comme des morts de faim durant l’épilogue de la rencontre. Pour finalement gagner le droit de défier en finale de surpuissants Montpelliérains qui avaient concassé Lyon (40-14) la veille.
Ce samedi au Stade de France, le MHR, premier de la phase régulière, s’avancera en grand favori face au sixième. Sur la pelouse en tout cas. Car dans les tribunes, les très nombreux et enthousiastes supporters castrais devraient se montrer bien plus bruyants que les fans héraultais.


















