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Antoine Hoang, le joueur qui devait «prendre [son] cerveau à contre-pied»

Roland-Garros: Antoine Hoang, l'histoire d'un mec qui devait «prendre [son] cerveau à contre-pied»

TENNISLe jeune Français, qui défie Gaël Monfils samedi pour une place en 8e de finale, est un «cérébral» qui se soigne
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Antoine Hoang affronte Gaël Monfils au 3e tour de Roland-Garros, ce samedi.
  • Le jeune joueur est du genre timide, posé et très réfléchi.
  • Il a fait beaucoup d’efforts pour que cet aspect de sa personnalité ne l’empêche pas d’exprimer son jeu offensif et créatif.

A Roland-Garros,

Tempête sous une casquette. On ne dirait pas, à le voir comme ça sur un court, mais Antoine Hoang est du genre à se poser 15 questions à la seconde. La belle surprise française de la semaine, qui va affronter Gaël Monfils ce samedi pour une place en 8e de finale de Roland-Garros, est un « cérébral », comme il le dit lui-même. Il aime tout analyser, tout contrôler. Parfois trop. Sans gros coup fort, son salut se trouve dans la création, la prise de risque, la surprise. L’exact opposé de ce que lui dicte sa tête, quoi.

« J’essaie de me persuader, même dans les moments importants, d’y aller, alors qu’on a plus tendance à retenir ses coups et se dire qu’il faut assurer, expliquait-il jeudi après sa victoire face à Verdasco au deuxième tour. Mais je me répète que c’est comme ça que j’ai le plus de chances de gagner, et donc que ce n’est pas vraiment un risque de faire ça. En fait, j’essaie de prendre mon cerveau à contre-pied, pour y aller quoi qu’il arrive. »


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Le jeune homme de 23 ans est un bonheur à écouter. Il se connaît très bien et sait mettre des mots sur ses sensations. Sa manière de raconter sa bagarre intérieure nous a bluffés, surtout pour un grand timide. Même si ce n’est plus maladif comme quand il était plus jeune. « C’est un garçon très réservé, mais qui commence à s’épanouir et à s’exprimer, décrit son entraîneur, Lionel Zimbler. On l’a vu [face à Verdasco]. Au départ, quand il serre le poing, il est collé à lui. A la fin, il l’a là [il le lève à hauteur de tête]. C’est dur à faire, ça, pour lui. Avant il avait même du mal à parler, maintenant il le fait plus. Il s’épanouit progressivement, à son rythme à lui. Il sort d’un moule différent. »

Bachelier précoce (en filière S), licencié en Staps, il ne s’est mis très sérieusement au tennis qu’il y a trois ans. Tout de suite, la préparation mentale s’impose comme une évidence. Son jeu offensif demande de la confiance, et Lionel Zimbler lui fait comprendre que ce n’est pas son point fort. « On travaille sur le moment présent, le fait de ne pas regretter ses mauvais choix passés ou anticiper ce qui peut arriver, détaille Sandrine Chissos, qu’il a choisi pour l’accompagner. Ce n’est pas sa manière naturelle de fonctionner, alors il faut jongler, trouver un équilibre. »

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La psychologue du sport est fière de ce qu’elle voit depuis le début de la quinzaine. « Il a fait beaucoup de progrès, et c’est tout à son honneur parce que ce n’est jamais évident de travailler sur soi. Tous les joueurs n’en sont pas capables, et lui a fait cette démarche. » Bien sûr, ce travail n’est jamais fini. « Il reste du chemin, notamment sur l’affirmation de soi, juge-t-elle. S’imposer, avoir une personnalité affirmée, c’est important quand on a un jeu d’attaquant. »

Son père interdit de tribunes

« Des victoires comme celles-là vont lui donner confiance pour bomber un peu plus le torse », espère Zimbler. Déjà, Antoine Hoang a pris il y a quelque temps une grande décision. Son père, qui l’a beaucoup poussé à ses débuts, n’a plus le droit de venir en tribunes pendant ses matchs. Aucun différend familial à signaler, au contraire. Juste une volonté de respirer son propre air. « J’avais tendance à plus penser à ce qu’il voulait lui qu’à ce que je savais devoir faire », explique le Toulonnais.

Une règle à laquelle il pourrait déroger pour un événement comme un troisième tour à Roland face à Gaël Monfils ? « Non, parce que ce sont des choses qui me dérangent. Je veux mettre toutes les chances de mon côté. » Le ton est ferme. Voilà une question qui ne se pose plus, déjà.