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Comment les Bleues du basket ont failli provoquer un triomphe chinois

JO 2024 : Comment une pistarde et des basketteuses ont sauvé les Etats-Unis d’un humiliant triomphe chinois

D’un souffleLes Etats-Unis finissent in extremis en tête du classement des médailles des Jeux de Paris, juste devant la Chine
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Comme à chaque édition des Jeux olympiques depuis 1996 (à l’exception de 2008 à Pékin), les Etats-Unis terminent en tête du classement des médailles à Paris, devant la Chine.
  • Les deux pays ont remporté 40 médailles d’or chacun. Mais les Américains font la différence au nombre de médailles d'argent (44 contre 27).
  • Les basketteuses françaises, passées tout près de l’exploit face à Team USA (66-67) ce dimanche, lors du dernier événement sportif de la quinzaine, ont failli tout chambouler.

Le sport comme métaphore de la politique internationale. Pendant que la France bombe le torse avec son total historique de 64 médailles, dont 16 en or dans ces Jeux de Paris, les vrais cadors jouent quelques étages au-dessus. Comme lors de sept des huit précédentes éditions, les Etats-Unis terminent en tête du classement des breloques. Mais ils ont cette fois eu très, très chaud, tant le souffle chinois se fait de plus en plus fort sur leur nuque. Et les Bleues du basket, toutes proches de réussir un exploit indicible face à Team USA (66-67), ont failli provoquer un séisme géopolitique.

Ce dimanche matin, les athlètes de Pékin occupaient encore la tête du « ranking », avec 39 or contre 38 pour celles et ceux de Washington. Voici trois ans à Tokyo, la Chine menait déjà (38-36) avant l’ultime journée, mais avait encaissé un cinglant 3-0 dans le sprint final, après les triomphes dans le « money-time » des Américaines au volley et au basket, mais aussi de la pistarde Jennifer Valente à l’omnium.

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Le coup est passé encore plus près à Paris. Le sacre de l’haltérophile Wenwen Li (81 kg femmes), passé inaperçu dans le reste du monde, a creusé l’écart à + 2 pour la Chine à la mi-journée. Il restait alors trois chances US pour attraper au moins deux titres. En cas d’égalité dorée, c’est en effet le nombre de médailles d'argent qui départage les pays, et à ce jeu, il n'y a pas photo (44 contre 27 côté chinois).

Les volleyeuses US déraillent

Mais grosse douche froide de Seattle à Tampa : les volleyeuses, sacrées à Tokyo, se sont fait dévorer par les Italiennes (0-3). La même Jennifer Valente et les basketteuses devaient alors gagner pour éviter l’affront très symbolique d’une victoire finale chinoise.

Après le nouveau succès de Valente (également titrée en poursuite par équipes, l’Oncle Sam te remercie, Jenny), l’honneur de la nation dépendait donc de Diana Taurasi et de ses coéquipières, opposées aux Françaises. Gabby Williams a bien failli infliger un coup fatal à sa patrie d’origine, mais après une énorme frayeur, les basketteuses US ont porté leur série d’invincibilité à 61 matchs.

Leur dernière défaite olympique remonte aux demi-finales des JO 1992 à Barcelone. En Catalogne, c’est la Confédération des Etats indépendants (CEI), née sur les cendres de l’Union soviétique, qui avait terminé en tête du classement des médailles, devant les Etats-Unis, dominés quatre ans plus tôt à Séoul par l’URSS mais aussi par la RDA.

L’éclatement du bloc de l’Est a ouvert en grand les portes du bonheur sportif à la Team USA, intouchable depuis les Jeux « Coca-Cola » d’Atlanta 1996, à l’exception de Pékin 2008, où le pays hôte avait damé le pion aux Américains, confirmant sa montée en puissance, dans tous les secteurs, depuis le début du XXIe siècle. La Russie était absente à Paris, mais elle n’est quoi qu’il arrive plus de taille à se mêler à ce duel en très haute altitude.

Des accusations réciproques de dopage

Rendez-vous à Los Angeles en 2028, pour une édition californienne qui s’annonce déjà bien épicée. On imagine mal les tensions politiques entre les deux superpuissances s’apaiser d’ici quatre ans. Ces bisbilles déteignent sans surprise sur le sport, avec des accusations réciproques de dopage, ravivées par le titre olympique, record du monde à la clé, de l’ovni Pan Zhanle sur 100 m nage libre.

Après les révélations en avril du New York Times et de la chaîne allemande ARD, les États-Unis ont ouvert début juillet une enquête fédérale ciblant 23 nageurs chinois. Ceux-ci avaient été déclarés positifs en 2021 à la trimétazidine, une substance interdite, mais non sanctionnés par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Onze d’entre eux ont été sélectionnés pour les Jeux de Paris.

Un narratif chinois à « nourrir »

Les médias d’Etat chinois ont récemment répliqué de manière massive. Comme le rapporte France 24, le journal anglophone pro-Pékin Global Times s’est ainsi lâché dans un éditorial publié vendredi : « le monde a le droit de savoir si la triche est systématique dans le sport aux États-Unis. » Une allusion aux révélations de Reuters sur l’utilisation de sportifs dopés par Washington pour faire tomber des réseaux de trafic de produits illicites, en échange d’allègements de peines, voire d’amnisties. L’AMA n’avait pas été tenue informée des cas positifs de ces « indics ».

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« La Chine fait face à des vents contraires en ce moment, surtout au niveau économique, et le gouvernement a besoin de bonnes nouvelles, explique Marc Lanteigne, spécialiste de la Chine à l’université arctique de Norvège. à France 24. Gagner autant de médailles leur permet de nourrir le narratif qu’ils sont une grande puissance. » Et à l’inverse, voir les Chinois leur damer le pion aux JO alimenterait de l’autre côté du Pacifique le spectre du déclin. En matant des « Frenchies » sans complexe, les basketteuses américaines ont permis à leur pays de gagner au moins quatre ans de répit.