Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Le cheval bâton doit-il remplacer l’équitation au pentathlon moderne ?

JO 2024 : « Sauter 1m20, c’est pas facile », le « hobby horse » doit-il remplacer l’équitation au pentathlon moderne ?

révolutionLe pentathlon moderne dit adieu à l’équitation aux JO de Paris 2024. L’épreuve laissera sa place à une course d’obstacles façon Ninja Warrior. Il y avait pourtant une meilleure idée : le cheval bâton, plus connu sous le nom de hobby horse
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • L’épreuve d’équitation du pentathlon moderne est sur le déclin et a été volontairement facilitée pour les JO de Paris 2024 avant de disparaître, au grand dam du pentathlète français Jean-Baptiste Mourcia qui regrette voir cette discipline historique prendre fin.
  • Le hobby horse, sport très populaire en Finlande consistant à sauter des obstacles avec un cheval-bâton, aurait constitué un bon remplaçant avec son potentiel athlétique et son lien fort à l’équitation, mais il n’est pas structuré.
  • Le hobby horse est une discipline très virale sur Tik Tok avec ses vidéos de compétitions qui dépassent régulièrement le million de vues, ce qui aurait pu donner une image dépoussiérée aux Jeux, mais les moqueries dont souffrent ses jeunes pratiquantes hypothèquent pour l’instant son intégration au programme olympique.

Au château de Versailles,

Si l’équitation au pentathlon moderne avait pu choisir un endroit pour mourir, elle aurait sûrement opté pour le château de Versailles aux JO de Paris 2024. En revanche, elle méritait mieux qu’un concours au rabais pour se retirer de cette discipline séculaire, introduite au programme olympique par Pierre de Coubertin en 1912. Tout a été fait pour favoriser une mort douce, sans histoire. Un circuit réduit de 12 à 10 obstacles, dont la taille a été abaissée de 10 cm à 1,10m et sans triple-obstacle. Quant aux montures, aucune n’a eu le culot démissionnaire de Saint-Boy à Tokyo, puni en mondiovision à coups d’éperons par sa cavalière dans une frénésie à vous rendre Nietzsche complètement zinzin. En tout cas pas sur l’épreuve masculine de samedi. Si un cheval devait faire grève aux Jeux olympiques, c’était pourtant bien en France.

Voyons le verre à moitié plein. La facilité du parcours a permis aux cavaliers de la trempe de Jean-Baptiste Mourcia de tourner la page du pentathlon désuet sur une note parfaite. L’une des rares choses dont a pu se féliciter le Français, samedi. « Je termine l’équitation sur une belle note à cheval. J’en suis content, fier, vachement satisfait. Et voilà. La fin du pentathlon avec l’équitation, ça nous fait quelque chose. »

A ses côtés, Valentin Prades se tait car il pense probablement autre chose. Non seulement il a réussi à foirer son cheval en mode facile, mais il a milité pour que son sport évolue. Le voilà exaucé. Après les Jeux, l’équitation sera remplacée par une course d’obstacles à la ninja warrior, sur lesquels les juniors se sont déjà essayés. « Nous, évidemment, on ne s’y est encore pas mis, déclare Prades. On ne voulait pas rajouter un sixième sport à nos cinq sports avant les JO. Mais on le fera en rentrant de vacances. Ça va faire appel à nos capacités d’adaptation et c’est dans l’ADN du pentathlète. On est des sportifs à tout faire. »

Par ce nouveau format, les instances répondent au jeunisme du nouveau cahier des charges olympiques, tout en se débarrassant des problèmes éthiques liés à la maltraitance animale. Il y avait pourtant mieux pour remplacer l’équitation : le hobby horse. Le quoi ? Le cheval bâton, cette discipline hyper populaire en Finlande où il s’agit de galoper – et pas courir – avec un manche en bois à tête de cheval pour reproduire les performances de l’animal. Du cheval sans cheval. C’était pourtant là, sous les yeux des instances. Le sport coche toutes les cases, ou presque.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Les « pour »

Des performances athlétiques sous-cotées : Elodie Marolle le sait pour avoir une fille qui le pratique, et plus récemment pour avoir organisé une compétition de hobby horse en Seine-Maritime, il y a du potentiel athlétique au mètre carré chez ces jeunes originaux. « Sur le concours qu’on a fait, elles ont fini sur une puissance à 1m20. Sauter 1m20 les bras libres, c’est pas facile, et le faire en tenant un cheval même s’il est fictif ça l’est encore moins. »

Alexandrine Golfier, présidente du club Hop’la (pour Hobby Horse Passion Lauragais), met en avant la diversité technique des pratiquantes. « Ma fille de 12 ans a sauté 1m10 dernièrement. Il y a plusieurs manières de faire. Par exemple, ma fille a une manière très particulière de placer ses jambes. Chacune développe ses techniques. »

Il existe aussi une course de saut d’obstacles classique, dont la première citée dresse les contours. « Sur les concours qu’on a organisé on avait dix obstacles sur les courses les plus petites [comme au pentathlon], donc on a commencé à 40-50-60 cm, puis à 70 et 80cm on a enlevé deux obstacles. A 90cm-1m, elles n’avaient plus que six ou sept obstacles à franchir parce que ça commençait à devenir difficile d’enchaîner à cette hauteur. »

Un lien fort avec l’équitation et un gros potentiel marketing : En hobby horse, on ne part pas à la guerre avec une seule monture. Les cavaliers ont une écurie de plusieurs bâtons, chacun ayant son nom et des caractéristiques qui lui sont propres. « Elles les bichonnent, témoigne Elodie Marolle. Celles qui ont participé à notre concours en ont amenés plusieurs et s’étaient inscrites en nous donnant le nom de chaque hobby horse en fonction de l’épreuve, comme si certains avaient plus de capacités que d’autres. Il y a vraiment un parallèle avec le cheval. »

D’autant plus que la grande majorité des adeptes du cheval-bâton font de l’équitation à côté, comme la fille d’Alexandrine Golfier. Marolle estime à « quasi 100 % » le nombre de vrais cavaliers parmi les jeunes inscrits à son concours.

Hyper viral sur Tik Tok : Le tag « hobbyhorse » a dépassé les 200.000 occurrences et les vidéos de concours de sauts d’obstacles ou de dressage éclatent fréquemment le million de vues. Le Cojo nous a infligé le break dance au non du dépoussiérage de l’image des Jeux, on ne voit donc pas pourquoi le cheval à deux pattes n’y aurait pas droit.

Les « contre »

Un sport pas structuré : Il n’existe aucune fédération de hobby horse à ce jour, pas même en Finlande, où l’on ne blague pas avec cette discipline. Chez nous, la présidente de Hop’la a bien galéré pour ouvrir son association. « Au niveau assurance, ce sport n’étant pas reconnu, il n’est pas classifiable. On peut nous classer ni en athlétisme, ni en équitation. On a trouvé un assureur qui a accepté de créer la section hobby horse pour pouvoir nous assurer. » La porte est ouverte.

Un engouement uniquement chez les filles : Même si Alexandrine Golfier peut se réjouir d’avoir récemment été approchée par la mère d’un garçon pour tater le terrain en vue d’une inscription pour le fiston, le cheval bâton reste un truc de filles, d’ado et de jeunes femmes. Il y a des barrières à faire sauter pour atteindre la parité.

Des pratiquantes victimes de harcèlement : « Le souci qu’on rencontre avec le hobby horse en France c’est que les jeunes qui en font suscitent des moqueries, y compris de la part des adultes, regrette Elodie Marolle. Toutes les fois où on voit en faire, c’est toujours dans des parodies. Ça n’aide pas à nous prendre au sérieux. Non, pour le moment, les adultes dans le hobby horse, ce n’est malheureusement pas une bonne idée. » A priori, c’est mort pour Los Angeles 2028, mais on reviendra à la charge dans huit ans.