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JO de Paris 2024 : « Il a fallu faire le deuil »… Soulagement et larmichette pour la der' de l’équitation au pentathlon
Miser sur les bons chevaux•L’équitation figure pour la dernière fois au programme du pentathlon moderne cet été aux Jeux olympiques de Paris. La discipline passera ensuite à autre chose pour s’éviter de nouvelles polémiquesQuentin Ballue
L'essentiel
- Le pentathlon moderne démarre ce jeudi avec l’épreuve de l’escrime à l’Arena Paris Nord. La natation, l’équitation et le laser run suivront jusqu’à samedi pour les hommes, et jusqu’à dimanche pour les femmes.
- La discipline a vécu des Jeux mouvementés à Tokyo avec la polémique entourant l’Allemande Annika Schleu et son cheval Saint Boy.
- La fédération internationale a annoncé la disparition de l’épreuve équestre après les Jeux de Paris, au profit d’une course d’obstacles de type parkour.
À l’échelle du petit monde du pentathlon, c’est une révolution. L’équitation, l’un des cinq piliers de l’épreuve, va disparaître de l’équation au terme des Jeux olympiques de Paris. La conséquence directe du fiasco de Tokyo, où la détresse d’Annika Schleu et de sa monture a mis les limites de l’épreuve sous les projecteurs. L’ « affaire Saint Boy » a même droit à sa page Wikipédia – et très fournie, en plus. La fédération internationale (UIPM) a donc tranché : les chevaux vont quitter le manège, et de l’avis général, ce n’est pas plus mal.
C’est parti pour le tirage du loto !
En novembre 2021, le couperet tombe : l’UIPM lance officiellement un processus de consultation pour remplacer l’équitation. Un coup de massue pour certains, dont Jean-Baptiste Mourcia. « Je pense que la décision a été prise peut-être un peu vite, sous la pression des JO et du public. On perd le sens du pentathlon, qui était de créer le soldat parfait. » Celui qui était capable de traverser un fleuve à la nage, courir sur le champ de bataille, se défendre à l’épée et au pistolet, et monter sur n’importe quel cheval en situation d’urgence.
L’épreuve équestre du pentathlon moderne envoie en effet les athlètes et les chevaux tirés au sort sur la piste après seulement 20 minutes pour faire connaissance. « L’équitation, c’est un peu ce qui m’a fait venir au pentathlon, confie Marie Oteiza. Ce qui s’est passé à Tokyo, c’était un peu la bonne excuse. Ce n’est pas un choix que j’aurais fait, moi, de cœur, mais c’est comme ça. » Valentin Prades admet lui aussi avoir été « choqué » en apprenant cette décision. Cependant, il a vite accepté de tourner la page.
« Je considère que c’est une épreuve fondamentalement injuste. C’est comme si, sur le Tour de France, un coureur récupérait un cadre S alors qu’il fait 1,90 m, puis il y en a cinq qui ont les pneus crevés, certains ont des vélos en alu, d’autres en carbone… Le tirage au sort de l’équitation, ça ressemble à ça. Les organisateurs ont souvent beaucoup de difficultés à avoir des chevaux de même niveau. Ce qui est arrivé à Annika, je trouve ça dégueulasse. Ça me donne encore des frissons. J’ai adoré l’équitation mais il y avait trop de problèmes d’injustice. »
L’épreuve modifiée pour éviter un nouveau raté
Un autre argument posé pour justifier l’évacuation de l’équitation a été celui de l’universalité. Puisque monter à cheval n’est pas accessible à tout le monde, la visibilité aux yeux du grand public est forcément limitée. « Il fallait qu’on évolue pour que ce soit plus visuel, plus médiatisé, que le sport prenne une autre ampleur », indique Élodie Clouvel. Les conditions d’entraînements des pays sont aussi largement inégales. « Il y a des pays qui n’ont pas la chance de monter à cheval comme nous en France, poursuit la vice-championne olympique de Rio. Je fais des séances de top qualité à Saumur, les autres pays n’ont pas tous de tels moyens. »
Des inégalités qui accentuent forcément le risque de voir des cavaliers peu à l’aise sur leurs montures. « Ce manque de moyens fait que certains athlètes ne peuvent pas s’entraîner de la bonne manière et accéder à cette passion qu’est l’équitation, à ce lien avec les animaux, estime Jean-Baptiste Mourcia. Certains ne respectent pas forcément bien les chevaux donc je comprends qu’il faille évoluer, écouter le public qui ne supporte pas de voir de mauvaises images sur le traitement des animaux. »
En attendant de tourner la page, l’UIPM a mis en place des aménagements temporaires pour éviter de sortir sous une autre polémique. Le nombre d’obstacles a ainsi été réduit, comme leur hauteur (de 1,20 m à 1,10 m). « C’est beaucoup moins chaotique avec les nouvelles règles », valide Élodie Clouvel. La fédération internationale a également organisé des formations en ligne à destination des athlètes pour s’éviter les foudres des défenseurs du bien-être animal. « On a été formés après Tokyo sur la façon de se comporter avec les chevaux, confirme Valentin Prades. Je suis cavalier depuis 15 ans, je suis galop 7, mais un rappel ne fait jamais de mal et peut-être que dans des pays où ils montent un peu moins à cheval, ça a pu faire du bien à certains athlètes. »
Drones, Ninja Warrior et photos souvenirs
La commission a opté pour l’obstacle en solution de remplacement pour l’après Paris 2024. Échelles horizontales, marches à gravir, murs, cordes… Une épreuve type Ninja Warrior, dont le format a su séduire le grand public ces dernières années. « J’ai participé à la commission qui a étudié toutes les propositions recensées, explique Prades. Il y avait absolument tout : la course de drone, l’escalade, la boxe, le combat militaire… On a retenu trois sports qui ont été testés et c’est la course d’obstacles qui a été choisie. »
« Ça peut être sympa, embraye Jean-Baptiste Mourcia. On reste dans le franchissement d’obstacles, qui fait un peu penser au pentathlon militaire. J’ai envie d’essayer, je pense qu’avec mon gabarit, je peux être performant. J’ai un bon rapport poids puissance. Mais si ça ne me plaît pas, je ne suis pas sûr de continuer. » Avis partagé par Élodie Clouvel. « Physiquement, il faut être un chat ! On va tester et je pense que ça va le faire. J’ai hâte de voir ce que ça va donner, sinon je rechangerai de sport. Je suis ouverte à tout. J’aime bien l’escrime, pourquoi pas ne faire que ça. »
Avant de passer à autre chose, les quatre pentathlètes français sélectionnés pour les Jeux comptent néanmoins savourer leur ultime expérience équestre en compétition. « Je suis complètement gaga des chevaux, je prends des photos à chaque fois que je vais monter. Ça me fait du bien, ils sont tellement gentils. Le propriétaire de la jument que j’avais à Rio m’envoie encore des photos », sourit Clouvel, qui savoure ces derniers instants. « Il a fallu faire le deuil mais on s’y est préparé. Je suis contente de terminer ici, à Versailles. C’est un bel honneur pour l’équitation. » Il n’y a plus qu’à lâcher les chevaux, une toute dernière fois.


















