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Aux JO 2024, l’absence des lutteurs russes ne pose (presque) aucun problème

JO 2024 : Ça donne quoi la lutte sans les Russes, qui gagnent tout d’habitude ?

no russia no problemLes lutteurs de Russie, la nation la plus forte dans cette discipline, ont décidé de boycotter les Jeux olympiques de Paris. A l’Arena du Champ-de-Mars, on s’accommode bien de cette absence
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Une compétition peut-elle exister sans ses représentants les plus forts et les plus dominateurs historiquement ?
  • Vu que Paris 2024 ne recule (décidément) devant aucun défi, la lutte olympique se fait sans Russes, qui ont décidé de boycotter la compétition.
  • Mais à l’Arena du Champ-de-Mars, ni les lutteurs ni le public ne semblent particulièrement gênés par cette absence.

De notre envoyé spécial dans le rêve ultime des Etats-Unis,

Imaginez le basketball sans aucun joueur américain. Le tennis de table sans pongiste chinois. Ou un album de Francis Cabrel sans aucune chanson d’amour. C’est cette situation un peu incongrue que vit la lutte aux Jeux olympiques de Paris 2024. L’ensemble des lutteurs russes ont décidé de boycotter la compétition, dénonçant des mesures discriminatoires, un terme fourre-tout qui regroupe à la fois des contrôles antidopage jugés trop insistants et le fait de devoir évoluer sous bannière neutre. Problème pour l’intérêt sportif : le pays est de loin le meilleur dans cette discipline.

Au JO de Tokyo, déjà sous bannière neutre, les athlètes russes présents avaient décroché 8 médailles, dont 4 en or, deuxième plus forte nation derrière le Japon à domicile. Ils étaient premiers à Rio 2016, Londres 2012, Pékin 2008… On ne va pas tous les faires. Si on y inclut l’URSS, la Russie a trusté 13 % de l’ensemble des médailles de la lutte olympique depuis que Pierre de Coubertin a eu la bonne idée de refaire vivre les Jeux.

« Normalement, on vient pour voir les meilleurs »

« C’est dommage, car on vient normalement voir les meilleurs athlètes possible aux Jeux », regrette Bastien, 43 ans, venu voir le premier jour de lutte de ces JO. « Même si ce n’est pas la faute de Paris, cela sonne un peu comme une compétition au rabais ».

Heureusement, ni le public ni l’ambiance électrique n’ont, quant à eux, boycotter ces Jeux. L’Arena Champ-de-Mars est autant remplie, et aussi bouillante, qu’au judo, sport qui avait ses faveurs la semaine dernière. Alors oui, la foule n’est pas digne d’une finale olympique de Léon Marchand à chaque combat, n’en faisons pas trop, mais largement assez bruyante pour faire trembler les tribunes quand elle le décide.

Pas de russe, mais une légende et une Française

Et si les Russes manquent à l’appel, le star-power est lui encore bien présent, notamment avec le Cubain Mijain Lopez, légende ultime des – de 130 kg, et qui s’est mis en tête un beau matin d’aller à Paris décrocher sa cinquième médaille d’or en cinq éditions olympiques – ça n’a jamais été fait, dans aucune discipline.

Sans compter la présence d’une Française, Koumba Larroque, parmi les favorites pour l’or. Là encore largement suffisant pour enflammer la salle. Lorsqu’elle se bat, personne dans le public n’a l’air de se plaindre qu’aucun Dostoïevski sous testostérone ne soit au Grand Palais. Son élimination aussi précoce que surprenante en quart de finale laissera d’ailleurs un plus grand vide que celui de n’importe quel lutteur russe.

« On ne va pas en faire toute une histoire »

Le format n’invite pas non plus à regretter les absents. Trois combats se déroulent simultanément et dans la même salle. A la fois les – 68 kg femmes, les – 60 kg hommes et les – 130 kg hommes. Différents gabarits, différents sexes, différents moments du match (tous ne finissent pas en même temps, selon les agilités de chacun), ce qui a largement de quoi occuper les esprits.

« C’était génial », confie Martin, 51 ans, après la première session de l’après-midi. Pour les Russes ? « Ils ont aussi boycotté plein d’autres compétitions, et on n’en fait pas toute une histoire. Il y avait de beaux combats, même sans eux. » Les JO, c’est toutes les nations du monde, alors une de moins… Martin aussi file notre métaphore avec le basket : « Dans les championnats d’Europe, il n’y a pas les Etats-Unis, et pourtant les matchs restent intéressants et la compétition cool à voir ! »

Chez les lutteurs eux-mêmes, un mélange de langue de bois et de respect pour les présents n’invite pas plus à pleurer les Russes, bien responsables de leur situation nous indique un lutteur en off. Certains pourraient voir dans ce boycott une fenêtre de tir idéal, mais devant les micros, rien n’émerge. Ken’ichirō Fumita, qualifié pour les demis, dit « ne pas se soucier des absents. Ce qui compte, ce sont les lutteurs présents, et il y a assez à faire. » Pas la déclaration du siècle, mais on parle d’un gusse qui vient de se castagner plusieurs minutes, soyons cléments. Et à son crédit, à Tokyo 2021, il était parvenu à la médaille d’argent dans un concours plein de Moscovites pour perdre finale que contre un Cubain (décidément). Comme quoi il n’y a pas que les Russes dans la vie, ni même dans la lutte.