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Et maintenant, on fait comment pour pas retomber à 35 médailles à LA 2028 ?

JO 2024 : Ressusciter l’athlé et la gym, cryogéniser Marchand… Comment faire pour ne pas retomber à 35 médailles à LA ?

ProjectionMission accomplie pour la délégation française lors de ses JO 2024. La barre des 60 médailles a été franchie et le record d’Atlanta battu. Le plus dur reste à faire : ne pas retomber dans le ventre mou du sport olympique
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • La délégation française a atteint son objectif en dépassant les 60 médailles lors de ses JO 2024 à Paris. Claude Onesta, manager de la haute performance à l'ANS estime néanmoins à 14 le nombre de médailles d'or ratées.
  • Il convient désormais de la manière de capitaliser sur ces JO au cours de la prochaine olympiade. Comment maintenir ce niveau sur quatre ans et, surtout, comment ne pas retomber au niveau d'avant 2024?
  • Si le phénomène Léon Marchand risque de continuer de grandir et de faire sourire, l'athlétisme ou encore la gym doivent faire leur examen de conscience, à l'image de l'escrime, dont le ménage en haut lieu est certes intervenu tardivement, mais a eu le mérite d'exister.

Los Angeles, c’est loin, mais c’est déjà demain. A peine la grand-messe des JO de Paris 2024 terminée, avec son lot de joie collective et de satisfactions que se pose déjà la question de l’après. En amont des Jeux, il avait beaucoup été question d’héritage social, de retombées économiques. Désormais, il convient de penser héritage sportif. La délégation française termine ces Jeux olympiques avec plus de 60 médailles, dont une quinzaine en or, bref, avec le goût du travail bien fait. Mais comment faire pour rééditer la performance aux JO 2028 et ne pas retomber à 30 ou 40 comme à Tokyo et Rio ?

Faire le ménage dans les fédés des disciplines en échec

L’escrime a lancé le mouvement au début de l’année, et il était logiquement très tôt pour que le grand nettoyage interne porte ses fruits dès les JO de Paris, où le bilan a été mitigé (une seule médaille d’or) sans être catastrophique (sept au total). L’athlétisme tricolore, qui de l’aveu de son directeur de la haute performance Romain Barras, présente « un bilan décevant » (une médaille d’argent au buzzer sur 100m haies grâce à Cyréna Samba-Mayela, difficile de cirer au succès), connaîtra des élections fédérales de la plus haute importance cet automne. La tendance n’est pas au chamboulement mais 'ensemble décevant des Jeux pourrait peser dans la balance. Même si, comme l’a rappelé Claude Onesta ce dimanche, « il y a eu des quatrièmes positions qui sont réellement des performances à valoriser », comme le record d’Europe décroché en finale du 3.000 steeple par Alice Finot.

Autre fédération qu’il convient de relancer, la gymnastique. Avec un zéro pointé, les JO de la FFgym sont un scandale total. Le collectif mené par Mélanie De Jesus Dos Santos s’est effondré et Samir Aït Saïd, passé à un dixième du bronze aux anneaux, ne s’était pas montré tendre envers sa fédé au micro d’RMC. « Je pense qu’il va falloir vraiment se remettre en question, et très très vite. Je vais parler du secteur masculin. On est restés dans un système qui ne bougeait pas. Tous les autres étrangers partent en stage, nous, on est restés chez nous, on a fait très peu de stages à l’étranger et, pour moi, c’est une faute.  » Effectivement, si l’on pouvait se donner les moyens de travailler comme des pros dans certains sports, ça ne ferait pas de mal.

Bien protéger Léon Marchand

On pourrait presque mettre la Fédération française de natation dans le lot des structures perfectibles, car Léon Marchand est une catégorie indépendante à lui seul. Avec 4 médailles d’or et une de bronze, il est largement devant les Bleus au tableau des médailles dans cette catégorie (qui ne compteraient que deux médailles, un argent et un bronze sans lui). Il entre fatalement dans une nouvelle dimension, celle des gens qui ne peuvent « plus aller au restaurant » et des nageurs à abattre comme l’idole Michael Phelps en son temps. Il faudra que son entourage veille à ça. On a beau avoir un papa nageur et le meilleur entraîneur du monde, le taux de nageurs dépressifs est suffisamment élevé pour appeler à la vigilance.

Léon Marchand a déjà les ailes de Los Angeles, c'est un signe
Léon Marchand a déjà les ailes de Los Angeles, c'est un signe - AFP

A priori, le dauphin toulousain va bien pour le moment, et a déjà faim des records qu’il n’a pas su battre à Paris. « J’ai envie d’en battre le plus possible, déclare le nageur Français au Monde. Aux Jeux, je n’étais pas très loin sur toutes les courses. Je pense que mon record sur le 400 m quatre nages, c’est l’un des plus durs à aller chercher parce que faire 4 min 02 s 50 [aux Mondiaux de Fukuoka à l’été 2023], c’était assez dingue. Je ne suis qu’à six centièmes de celui du 200 m quatre nages, donc forcément, c’est mon objectif pour l’année prochaine. » Il faut quand même en garder sous la pédale pour les JO de Los Angeles. Après tout, ça sera aussi des Jeux à la maison pour lui, aux Etats-Unis.

Mettre Antoine Dupont au flag football (on déconne)

Contrairement au Cojop, qui s’est refusé à intégrer des sports bien français comme la pétanque pour assurer des médailles, les Américains ont intégré des disciplines provisoires dans lesquelles les Bleus n’ont absolument aucune chance d’aller chercher l’or : baseball, softball, squash, cricket et flag football. Un genre de foot US où l’on arrête les attaques adverses en arrachant son drapeau à l’adversaire. La France ne fait à ce jour pas partie des favoris pour le titre olympique, mais ça pourrait bien changer si Antoine Dupont décidait de s’y mettre. Le back to back rugby à 7 – flag football, on y pense fort (mais lui non).

Il y a en revanche beaucoup à espérer des équipes de France de sports collectifs en général. Le handball, notamment masculin, méritera une attention particulière après le fiasco à domicile et la page Nikola Karabatic qui se tourne. Le basket continue d'être une valeur sûre, chez les femmes comme les hommes, marqués par le début de l'ère Wembanyama. Quant au football, il a démontré via Thierry Henry, qu'avec quelques idées de jeu, la France avait le vivier nécessaire pour décrocher une médaille.

Faire confiance au cours naturel des choses

L’Angleterre a plafonné après 2012, pareil pour le Japon après 2021. Le mythe de la progression sur l’olympiade suivant les Jeux à la maison est un mythe à moitié vrai : les JO d’après sont toujours très bons, mais un peu moins que les précédents. La Grande-Bretagne a certes glané deux médailles de plus à Rio 2016, mais elle a eu moins d’or (27 contre 29 à Londres). Le Japon, qui termine avec 45 médailles dont 20 en or à Paris, en a perdu 13 en chemin en l’espace de trois ans, dont sept en or.

La logique veut que la France suive cette voie. Les dispositifs comme « Gagner en France » qui mettait l’INSEP et d’autres installations à la seule disposition des équipes de France ou les aides économiques permettant de garantir un niveau de vie minimum aux athlètes préparant les JO étaient de l’ordre du « one shot ». L’Agence nationale du sport (ANS) ignore encore de quels moyens elle disposera pour les autres années à venir. Tout cela aura forcément des conséquences sur le rendement global à Los Angeles.

Claude Onesta est longuement revenu sur les performances françaises passées et à venir en conférence de presse
Claude Onesta est longuement revenu sur les performances françaises passées et à venir en conférence de presse - OLIVIER JUSZCZAK/SIPA

Mais Claude Onesta veut aussi croire dans le travail accompli sur l’olympiade qui se termine. Les échecs de Paris seront peut-être les réussites de Los Angeles. Sur les 14 médailles d’or ratées identifiées par le manager de la haute performance à l’ANS, beaucoup disputaient leurs premiers JO, qui plus est dans un cadre de pression totale. « Vous pensez qu’il suffit de préparer pour résoudre ça, interroge Onesta. Je pense que tout le monde est dans cette démarche-là. Tout le monde est accompagné. Tout le monde a pensé faire pour le mieux. Et pourtant, il y a des choses qui parfois nous échappent. Et parfois, ce qui nous échappe, c’est que l’échec de l’un va se propager aux autres. »

Dans une interview publiée un peu plus tôt dans L’Equipe, le même Onesta érigeait la gestion émotionnelle des volleyeurs pour justifier son optimisme vis-à-vis d’un avenir prometteur. « Tu sens qu’ils ont remplacé la folie qu’ils avaient dans leur jeu par cette maturité. Ils abordent ces moments-là avec beaucoup d’expérience et une forme de sérénité qui est difficile à trouver, notamment pour un jeune athlète. » En 2028, ceux qui ont raté auront grandi. Ce seront peut-être eux qui permettront à la France olympique de vivre à LA un été aussi radieux qu’à Paris.