Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Cinq boxeurs en finale… C’est quoi le secret de l’Ouzbékistan sur le ring ?

JO 2024 : Cinq boxeurs en finale dont un médaillé d’or… C’est quoi le secret de l’Ouzbékistan ?

BOXEBillal Bennama s’est logiquement incliné en finale des JO de Paris 2024 face à Hasanboy Dusmatov chez les boxeurs de 51 kg. Une formalité pour l’Ouzbékistan, qui a réussi à placer cinq boxeurs en finale des Jeux olympiques cette année
William Pereira

William Pereira

A Roland-Garros,

Il était encore tôt ce jeudi sous le toit du court Philippe-Chatrier quand une comète est apparue au centre du ring. Tous n’en ont pas été témoins. Les tribunes seulement à moitié pleines laissent penser que les supporters français venus essentiellement soutenir Billal Bennama à 22 heures et des brouettes, en étaient encore à bouffer un sandwich quatre fois trop cher dans les allées de Roland-Garros. Pas de bol, il fallait être présent pour voir l’Ouzbek Abdumalik Khalokov ouvrir la soirée de boxe contre le pauvre Charlie Senior.

Charlie Senior, un nom de PNJ ( « personnage non jouable » dans le langage geek), qui collait parfaitement avec le rôle de faire valoir auquel l’a réduit son jeune adversaire (24 ans). Boxeur ou danseur, on ne sait pas trop. L’Ouzbek vole avec grâce au-dessus du ring, son jeu de jambes le porte où bon lui semble, sa garde basse traduit une confiance totale en ses réflexes et sa vitesse de bras irréelle vient compléter un tableau rare. Khalokov se qualifie sur décision unanime. 5-0, une habitude depuis le début du tournoi olympique. Grâce à lui, son pays enregistre une cinquième présence en finale chez les hommes et caresse l’espoir d’approcher son bilan des JO 2016 (trois médailles d’or, deux d’argent et deux de bronze).

« La boxe pour eux, c’est comme le foot en France »

Rio et Paris partagent un dénominateur commun : Hasanboy Dusmatov. Déjà sacré champion olympique au Brésil, il est revenu pour dégoûter la France de la boxe en privant Billal Bennama de l’or à la maison, après l’avoir déjà battu lors des championnats du monde. Un résultat logique au vu de la supériorité affichée par le boxeur ouzbek, même si l’entraîneur des Français, Malik Bouziane, ne le voyait pas forcément de cet œil à chaud. « Sur le premier round, je pensais qu’on avait fait l’essentiel, qu’on avait fait la différence pour pouvoir passer devant. Mais je reste quand même surtout étonné du troisième round…. 4-1 [pour Dusmatov], alors que c’est le meilleur round que Billal a fait, ça m’étonne. »

Ce qui étonne moins, c’est donc de revoir l’Ouzbékistan à ce niveau dans leur sport roi, même au-delà des frontières du monde amateur. Le 8 mars dernier, Israil Madrimov est ainsi devenu champion WBA des super-welters, en plus d’être toujours invaincu chez les pros. « La boxe, comme la lutte fait partie des sports phares en Ouzbékistan, confirme Bouziane. C’est comme nous, avec le foot en France. La boxe est vraiment un des sports les plus populaires en Ouzbékistan. Ils apprennent ça dès leur plus jeune âge. Et ce sont des durs au mal. »

Echanges avec Cuba et fruits gorgés de vitamines

S’il suffisait d’avoir du cœur et de vivre pour un sport pour exceller, le Brésil piétinerait encore le foot en 2024. La fédération ouzbèke de boxe s’est donc donné les moyens de rebondir après l’échec des Jeux de Tokyo (une seule médaille d’or avec Bakhodir Jalolov, en lice pour faire le « back to back » vendredi). D’abord en invitant un grand nom de l’école cubaine, Carlos Villanueva, et en le chargeant de faire un état des lieux du pays en balayant ses clubs de boxe en long, en large et en travers. Puis, en procédant à une refonte totale de ses méthodes.

« L’objectif n’est pas de gagner les Jeux olympiques, les championnats du monde ou d’Europe, mais de donner le meilleur possible pour que chaque athlète puisse atteindre son potentiel maximum. [Nous avons misé sur] l’élaboration de programmes pour l’individualisation du processus d’entraînement, la planification efficace et la gestion optimale du processus d’entraînement et de l’activité compétitive des boxeurs de haut niveau. » »

Le vice-président de la fédé de boxe ouzbèke fin 2022

Sans oublier les nombreux échanges avec Cuba qui se traduisent par des camps d’entraînements tantôt à La Havane, tantôt à Tachkent, et le partage de ressources humaines… plutôt à sens unique. « Les Cubains les aident beaucoup à la fois sur le travail de force et le travail technico-tactique », détaille Malik Bouziane. La presse sportive cubaine s’est indignée à plusieurs reprises de la fuite de ses talents vers une fédération concurrente et imagine tantôt des pressions d’Umar Kremlev, le président de la fédération de boxe internationale, pour que Cuba accepte de collaborer avec le grand rival, tantôt que la fédé ouzbèke drague des conseillers cubains à grands coups de chéquier.

Abdumalik Khalokov pourrait bien être le nouveau phénomène de la boxe ouzbèque. En tout cas, il régale à Paris
Abdumalik Khalokov pourrait bien être le nouveau phénomène de la boxe ouzbèque. En tout cas, il régale à Paris - John Locher/AP/SIPA

Toujours est-il que les Cubains semblent avoir une très haute opinion des boxeurs d’Ouzbékistan, comme le soulignait le DTN cubain Rolando Acebal juste après les JO 2021. Avec des arguments pour le moins originaux.

« Toutes les catégories d’âge de l’équipe nationale d’Ouzbékistan ont un grand potentiel. Sans aucun doute, [leurs] gars sont très forts, ont du talent et de la technique. Le climat de l’Ouzbékistan, les fruits et la nourriture, riches en vitamines, sont très importants pour les athlètes, ils leur donnent de la force. » »

Dans les couloirs de Roland-Garros, on a essayé de percer le mystère de cette alimentation auprès d’Hasanboy Dusmatov, derrière qui on a couru en vain. L’une des personnes qui l’escortait nous a gentiment fait comprendre que le champion ne parlait pas anglais. On aurait dû s’en douter. Tant pis. Le plus grand secret derrière la réussite des boxeurs ouzbeks restera bien gardé.