JO 2024 – Handball : Comment le naufrage des Bleus a aidé les Françaises dans ce final de dingues contre la Suède
Effet miroir•Les championnes olympiques défendront leur titre après une demi-finale à l’épilogue inverse de celui des joueurs de Guillaume GilleNicolas Stival
L'essentiel
- Au lendemain de l’immense déception de l’équipe de France masculine contre l’Allemagne (34-35 a.p.), les Bleues du handball ont arraché leur qualification pour la finale des Jeux olympiques, aux dépens de la Suède (31-28 a. p.).
- Les hommes de Guillaume Gille ont compté six buts d’avance en seconde période, là où les joueuses d’Olivier Krumbholz ont rattrapé un retard de quatre longueurs.
- Les coéquipières d’Estelle Nze Minko ont fait preuve d’un sang-froid qui a cruellement fait défaut à leurs homologues masculins. Elles joueront en finale samedi (15 h) contre la Norvège pour conserver leur titre.
A Villeneuve-d’Ascq, où le soleil a chassé la pluie dans nos cœurs,
Comme Parker Lewis, l’équipe de France de handball féminin ne perd jamais. Ou alors très rarement. Et surtout pas contre la Suède, bredouille face aux Bleues depuis dix ans. Au terme d’un match interdit aux porteurs de pacemakers, les championnes olympiques et du monde en titre ont dominé les Scandinaves ce jeudi (31-28 a.p.) pour s’offrir une troisième finale d’affilée aux JO. Elles se frotteront samedi aux Norvégiennes, tombeuses des Danoises dans la seconde demie (25-21).
En parlant de série d’invincibilité, les hommes de Guillaume Gille, également titrés voici trois ans à Tokyo, étaient pour leur part invaincus depuis onze ans en grande compétition contre les Allemands, avant de chuter mercredi au terme d’un improbable scénario (34-35 a.p.).
En l’espace de 24 heures, l’incomparable public du Stade Pierre-Mauroy a donc assisté à deux thrillers haletants, aux épilogues radicalement opposés. Il a pleuré de consternation mercredi quand les garçons ont gaspillé six buts d’avance lors d’un final entré par la porte des Enfers dans la légende noire du hand français. Il a hurlé de bonheur jeudi avec les filles, capables de remonter un débours de quatre pions dans le dernier quart d’heure du temps réglementaire, avant de porter l’estocade.
Des gardiennes en apesanteur
« C’est la rencontre la plus extraordinaire, assure Olivier Krumbholz, pourtant pas le perdreau de l’année du haut de ses 66 ans et d’un palmarès à rallonge. La finale de 2003 [championnat du monde contre la Hongrie, 32-29 a.p.] n’était pas mal non plus en termes de scénario. Mais là, il y a un plus par rapport à notre public. On ne peut pas rêver mieux. »
Héroïne de la deuxième partie du match au relais d’une Laura Glauser encore très solide (12 arrêts), la gardienne Hatadou Sako (8 parades, dont certaines ont ruiné le moral des Suédoises) s’est montrée aussi expansive sur le terrain que « cool as a cucumber » au bord.
L’ancienne internationale sénégalaise, en Bleu depuis le Mondial 2023, a pris la parole devant le groupe avant d’attaquer les prolongations.
« « Je vois forcément la demi-finale des garçons hier, et je me dis que dans ces moments-là, le calme est un élément primordial, détaille-t-elle après avoir enflammé les près de 25.000 supporteurs en Nord. Je me dis qu’on va être pris par le bruit, l’engouement, le manque de lucidité, parce que ça fait quand même 60 minutes qu’on est dans le truc. Je dis aux filles : " les meufs, tranquille. On a le temps. Je vous vois, vous ne transpirez pas. Vous n’êtes pas fatiguées physiquement, vous êtes fraîches. Tout ce qui va se jouer, à l’instant T, c’est ce qu’il y a dans la tête. Elles par contre, elles sont cramées". » »
Bref, même si Sako s’est logiquement bien gardée d’esquisser la comparaison, il s’agissait de faire l’exact opposé de Dika Mem et de ses collègues. Après le désormais fameux temps mort pris à six secondes de la fin du temps réglementaire contre l’Allemagne, avec un but d’avance, les Français avaient décidé de se ruer vers l’avant, perdu le ballon et encaissé une égalisation dont ils ne s’étaient pas relevés. Sako observe justement : « On a fait preuve de beaucoup de calme, d’intelligence et de sérénité. »
« Des prolongations parfaites »
Cadre de cette équipe, Laura Flippes assure « en toute honnêteté » ne pas s’être « une seule seconde focalisée sur les garçons » pendant la fin d’un match irrespirable. « Je n’ai pas eu le temps ni l’envie de penser à autre chose », poursuit l’arrière droit. « Ça nous a rendues tristes forcément, mais on s’est dit qu’il ne fallait pas que ça nous abatte, qu’on avait une demi-finale à jouer aujourd’hui et qu’au contraire, il fallait que ça nous donne la force de nous battre pour deux équipes. »
Car bien sûr, les Françaises ont suivi de près le sabordage du navire commandé par Guillaume Gille. « Je leur ai proposé d’en parler un peu et Estelle [Nze Minko, la capitaine] a pris la parole, dévoile Krumbholz, pas du même avis que Flippes. J’ai eu l’impression qu’en prolongation, elles avaient cet événement en tête et qu’elles se sont dit qu’il fallait être lucides. Elles ont géré avec cette lucidité, elles se sont bien démarquées. Ce sont des prolongations parfaites. »
Alors que les Suédoises avaient atomisé les Hongroises en quart de finale après un retour miraculeux (36-32 a.p), elles ont cette fois craqué, frappées au moral et aux jambes, avec leur effectif moins dense que celui de leurs adversaires. « C’est comme si tous nos cœurs s’étaient réunis, image joliment Tamara Horacek, auteur de l’égalisation à 15 secondes de la fin du temps réglementaire. Je savais que si on partait en prolongations, on allait chercher la finale. »
Les mains moites et savonneuses pendant 45 minutes, d’une incroyable maladresse face à l’excellente gardienne suédoise Johanna Bundsen (16 arrêts), à l’exception de Nze Minko, les Bleues sont donc revenues de très loin pour gagner le droit de défendre leur titre olympique. Et celui de s’afficher comme les porte-étendards de l’ensemble du hand français.


















