JO 2024 : « Je ne pense pas que nous aurons peur un jour », on a demandé à la Chine ce qu’elle pensait des frères Lebrun
Jeux olympiques•Face à Ma Long, pourtant très diplomate en interview, on se rend compte que les Français ne sont pas les adversaires redoutables aux yeux des ChinoisJean-Loup Delmas
L'essentiel
- On se sera valeureusement battu, mais ce n’est toujours pas aujourd’hui que l’équipe de France de tennis de table battra la Chine. La demi-finale a tourné court : trois zéros, et seulement deux petits sets marqués.
- Au lieu de questionner les frères Lebrun pour la énième fois ce qu’ils avaient pensé de leur adversaire trop fort, on a décidé de demander à Ma Long, l’un des meilleurs joueurs de l’Histoire, ce que lui avait pensé de nos pongistes.
- Malgré des réponses très diplomatiques et sympathiques, le sous-texte est clair : oui, la France est forte, mais les Chinois se voient encore largement devant.
De notre envoyé spécial dans l’autre camp,
Il y a encore plus dur que battre les Chinois au tennis de table : réussir à les interviewer. La barrière de la langue, le zèle des attachés de presse, et les dizaines de journalistes de Pékin fatalement prioritaires rendent la tâche quasi-impossible. Pourtant, on était bien décidé à avoir leur réaction après la énième désillusion de nos pongistes français face aux Avengers du tennis de table. 3-0 dans la besace avant midi, seulement deux sets remportés malgré de belles résistances, le calice avait été bu. Inutile d’aller jusqu’à la lie en se fadant l’écriture d’un énième papier sur « Cette équipe chinoise est beaucoup trop forte ». C’est bon, le monde entier est au courant. On vous a déjà dit que les Américains jouaient plutôt bien au basket ?
Charge donc de demander à un des trois invincibles chinois ce qu’ils pensent, eux, de nous. Histoire de se faire flatter un peu, malgré la déculottée. Et de savoir si on se fait des films à s’imaginer comme la deuxième nation la plus puissante du ping-pong alors que s’il le faut, les boss finaux du jeu nous voient juste plutôt comme un mégot de cigarette en travers de leur chemin (spoiler : oui).
« Félix est déjà très compétitif, mais »
Après d’âpres négociations et l’aide plus que bienvenu d’une traductrice français-anglais-chinois, nous voilà devant l’Everest du tennis de table – Ma Long, double champion olympique en individuel et 15 titres aux mondiaux. Alors, cette demi-finale, on en a pensé quoi du côté de la Chine ? Première réponse policée : « Les Français ont fait une très bonne performance aujourd’hui. On sait qu’ils ont de très bons joueurs et qu’ils se poussent les uns les autres, notamment les Frères Lebrun, c’est la meilleure façon de faire. »
Félix Lebrun, notamment, a volé le show en arrachant un set face à Fan Zhendong, après s’être fait « Hagar », pour citer ses mots, en demi en individuel. Le tout à seulement 17 piges. De quoi le craindre quand il aura encore pris du galon d’ici quelques années ? Pas vraiment : « Je ne pense pas que nous aurons peur un jour, mais nous allons nous concentrer sur chaque adversaire. Félix est déjà très compétitif et est jeune, mais nous allons progresser ensemble. »
« Ils peuvent nous aider à être plus fort »
C’est la force du ping-pong, selon l’expérimenté joueur : « On se tire vers le haut les uns les autres, donc plus un adversaire est bon, plus on l’analyse, on le joue, et plus on devient meilleurs nous-même ». Voilà le rôle des Lebrun auprès de la Chine : des adversaires certes, mais aussi un peu des sparring-partners « ils peuvent nous aider à être plus fort, mais nous pouvons nous imposer ». Quant à nous, on se rend compte qu’on est un peu des Nelson Monfort bis demandant à Usain Bolt de commenter les perfs de Christophe Lemaître. Ma Long semble même un peu surpris de notre insistance à parler de nos joueurs (désolé pour cet angle le boss).
Une horde de journaliste suédois, que la Chine affrontera en finale, débarque ensuite interviewer la superstar. On pourrait critiquer leur impolitesse à nous couper la parole pour parler de l’obscur Jan-Ove Waldner, champion olympique de ping-pong en 1992, mais leur question suivante, plus portée sur le niveau de l’équipe suédoise actuelle, nous aide à faire émerger la terrible vérité. Pour la Chine, nous ne sommes qu’une nation au niveau sympa parmi les autres, et pas les « next big thing prêt à les regarder droit dans les yeux » que l’on se rêve parfois à croire – excusez notre patriotisme.
La France n’est qu’une Suède sans Duplantis
Ma Long évoque la Suède exactement de la même manière qu’il parle de la France : « très bonne équipe », « adversaire sérieux », que de doux compliments jusqu’à ce qu’un confrère nordique s’enflamme un poil et pose la question fatale : la Suède peut-elle espérer décrocher une médaille d’or au ping-pong comme en 1992 ? « A l’époque, les Chinois n’étaient pas si forts », tranche Ma Long. Après tout, Truls Mørgård, qui avait créé la sensation en battant le numéro 1 chinois en huitième de finale, s’est fait laver 4-1 en finale.
Les Suédois étant partis, déçus de cette réponse, on profite de cette ambiance plus intimiste pour oser demander : qu’est ce qui manque pour taper enfin les Chinois ? La politesse de Ma Long vire à la réponse diplomatique : « Vous êtes une équipe très jeune, si vous progressez, vous pouvez très bien jouer dans le futur ». Et les battre un jour ? « Je ne suis pas sûr que ce jour arrive. Mais on verra ». Merci de ne pas nous enlever tout espoir, c’est sympa.


















