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L’improbable parcours de Zhiying Zeng, la pongiste qui découvrait les JO à 58 ans

JO 2024 : L’improbable parcours de Zhiying Zeng, la pongiste chilienne qui découvrait les Jeux à 58 ans

tennis de tableParmi les meilleures joueuses chinoises quand elle était jeune, elle avait tout arrêté à 20 ans pour s’expatrier, avant de reprendre le fil sur le tard, au moment du Covid
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Chilienne d’origine chinoise, la pongiste Zhiying Zeng découvrait les Jeux olympiques ce samedi à l’âge de 58 ans.
  • Même si elle a été éliminée du tournoi dès ce tour préliminaire, elle a accompli un rêve qui lui semblait très lointain quand elle a repris la compétition en 2021, plus de 30 ans après avoir rangé la raquette alors qu’elle faisait partie des meilleures joueuses de sa génération.
  • Désormais lancée, Zhiying Zeng ne se fixe plus de limite et ne dit pas non pour l’instant à une participation à l’édition de Los Angeles dans quatre ans.

Depuis la ping-pong Arena quelque part à Paris,

Son jeu de jambes trahi un peu son âge, et on imagine que sa défense n’est plus aussi efficace qu’elle ne l’a été dans le passé, mais ça ne fait rien. Zhiying Zeng, joueuse de tennis de table chilienne d’origine chinoise, a accompli une performance rarissime ce samedi à l’Arena Paris Sud en disputant ses tout premiers Jeux olympiques à l’âge de 58 ans. Et sa défaite dès les éliminatoires contre la Libanaise Mariana Sahakian, classée elle aussi parmi les vétérans du tableau du haut de ses 46 ans, ne lui enlèvera pas son sourire.

Elle a tout plaqué en Chine à 20 ans

« C’était un rêve de jouer ici, dit-elle quelques minutes après, en espagnol, dans la zone mixte. A la limite peu importait le résultat. Enfin, j’aurais préféré gagner bien sûr mais l’important était d’être là, de profiter. C’est ce que j’ai fait. » L’histoire de cette athlète est assez folle. Talent précoce, parmi les mieux classée au niveau national dans le pays hégémonique du ping depuis ses 7 ans, elle décide de tout plaquer en 1986, à 20 ans. En cause, comme le racontent les confrères du Parisien, le nouveau règlement de la Fédération internationale qui impose que les deux revêtements des raquettes soient de couleur différente. Un changement trop brutal pour son style de jeu, la défense, où tout se joue dans l’effet de la balle qu’elle remet sur les attaques adverses.

Au Chili, elle atterrit tout d’abord dans la ville d’Arica, à 2.000 km au nord de Santiago, où elle apprend le ping à des enfants. Mais très vite, elle abandonne complètement son sport et ouvre un magasin de meubles à Iquique, un peu plus au sud. La raquette ne sortira plus de sa housse pendant plus dix ans, jusqu’à ce qu’elle s’inscrive dans un petit club pour accompagner son fils. Elle se fait vite remarquer dans ce pays pas vraiment porté sur la petite balle blanche, mais elle arrête de nouveau. Cette fois pendant 18 ans.

Le Covid va changer son destin. « Je ne faisais plus rien, plus d’exercice physique. J’avais toujours une table à la maison, alors je m’y suis remise, au départ comme ça, et puis de plus en plus, raconte-t-elle aujourd’hui. Mais l’idée n’a jamais été de revenir à la compétition au début. » Raté. Quatre ans plus tard, la voilà qualifiée pour les JO. « C’était très loin de moi, je n’ai jamais pensé à ça au début ! Mais j’ai commencé à faire des compétitions, d’abord régionales, puis rapidement nationales. J’ai pu me qualifier pour des compétitions panaméricaines et ensuite le rêve s’est formé peu à peu, poursuit-elle. Il y a eu la possibilité, j’ai foncé ! »

Une dernière pige à Los Angeles ?

Classée 151e mondiale, Zhiying Zeng ne se faisait pas beaucoup d’illusions sur ses chances de passer ce tour préliminaire et de se hisser en 32e de finale. Elle a remporté le premier set en profitant des fautes de son adversaire, sans doute un peu surprise par ses remises coupées à l’infini. Cette dernière a ensuite changé d’approche et s’est contentée de remettre la balle tranquillement, en attendant la bonne. Parfois très longtemps, ce qui a donné à cette rencontre un air de ping des années 80 qu’on ne pensait plus jamais revoir.

La Libanaise Sahakian a pris les quatre manches suivantes et mis fin à l’aventure parisienne de Zhiying Zeng. Mais la Chilienne ne sera pas venue pour rien. Elle a adoré la cérémonie d’ouverture, déjà, où elle a « pris plein de photos pour [sa] famille ». Et puis il n’y a qu’à voir le nombre de journalistes qui l’attendaient en zone mixte pour se rendre compte de la particularité de son parcours. Elle a bien sûr dû s’arrêter huit fois pour satisfaire toutes les demandes, notamment de la presse chinoise, curieuse de croiser cette revenante. « C’est une légende en Chine, nous éclaire Xi Wang, journaliste pour l’agence China News. Elle était connue à l’époque, et puis forcément on l’a perdue de vue mais son histoire est fascinante. Elle est la preuve qu’il ne faut jamais renoncer, et qu’il n’y a pas d’âge pour de belles aventures. »

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C’est aussi l’état d’esprit de l’intéressée, qui cette fois compte poursuivre encore un peu. « J’ai encore beaucoup de choses à apprendre, même à mon âge, dit-elle en souriant. Pour l’instant je me dis que je veux continuer. Si je suis physiquement capable, si je peux encore représenter mon pays, je le ferai. C’était une super expérience. » Après tout, Los Angeles ce n’est que dans quatre ans.