JO 2024 - Il y a un an : Déluge et frissons, récit d’une cérémonie d’ouverture pluvieuse mais si prodigieuse
souvenez-vous l'été dernier (1/18)•Le 26 juillet 2024, la cérémonie d’ouverture des JO de Paris se tenait sous une pluie démentielle mais finalement éclipsée par la beauté d'un spectacle qui a fait dateNicolas Camus
L'essentiel
- La cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024 a eu lieu vendredi soir, avec un spectacle en plein air inédit le long de la Seine.
- Des trombes d’eau sont tombées quasiment sans discontinuer, mais elles n’ont pas entamé l’enthousiasme des athlètes et des observateurs, subjugués par la mise en scène monumentale proposée par le directeur artistique Thomas Jolly.
- Récit de cette soirée extraordinaire à tous points de vue, vécue depuis les tribunes du Trocadéro.
Il y a un an se tenait les plus beaux Jeux olympiques de l'histoire (oui, on le pense toujours). Du 26 juillet au 12 août, « 20 Minutes » vous propose de revivre un grand moment de chaque journée, à travers les récits de ses envoyés spéciaux. Une manière de faire revivre l'émotion, et se rappeler où l'on était quand ils se sont déroulés.
De notre envoyé spécial en K-Way,
La fierté de pouvoir dire qu’on l’a vue de nos yeux. Et que l’on fait partie de ce peuple à la fois dingue, ronchon, déconcertant, arrogant, mais surtout terriblement brillant quand il veut. Il fallait l’être pour imaginer cette cérémonie d’ouverture monumentale, réalisée à ciel ouvert. Une idée de génie et un fardeau. Car son architecte en chef Thomas Jolly n’avait sûrement pas imaginé pendant ses deux ans de travaux à quel point ce dernier se montrerait capricieux.
Tous les nuages du pays s’étaient donné rendez-vous au-dessus de Paris vendredi soir, comme s’ils voulaient eux aussi participer à la fête. Des seaux d’eau comme ça qui dégringolent du ciel un 26 juillet, on n’a pas dû voir ça souvent et il fallait que ça tombe sur le spectacle de la décennie, regardé par plus d’un milliard de personnes et avec quelque 6.500 athlètes pour acteurs. On l’avait vu venir depuis le début de la journée, avec ce plafond grisâtre beaucoup trop bas pour être honnête et ces prévisions de plus en plus alarmantes, jusqu’à cette première grosse averse sur les coups de 18 heures, alors que les spectateurs affluaient vers les quais et le Trocadéro.
Les athlètes raniment la flamme au pied des tribunes
De notre côté, le début de la cérémonie était teinté d’une sorte d’angoisse généralisée en tribune de presse, chacun sachant très bien ce qui l’attendait. Check régulier sur l’appli Rain Today. « Ah, il va pleuvoir à 20h08 ». C’est finalement arrivé à 19h55, et ça n’a pas fait semblant. La petite pluie fine s’est transformée en torrent, les bâches n’ont rapidement plus servi à grand-chose et à 21h15, le quart de la tribune avait déclaré forfait sur noyade. Ne restaient que les vaillants. Mais c’est parce que cette cérémonie ne pouvait pas s’offrir à n’importe qui. Il fallait la mériter, payer un peu de sa personne pour avoir le droit de percevoir l’émotion qui allait gagner peu à peu tout le monde.
Ce sont les athlètes, finalement, qui ont ranimé la flamme en restant massés juste en bas des gradins, heureux comme des gosses sous leurs ponchos en attendant la fin du défilé. On a observé avec une certaine fascination la délégation autrichienne, arrivée dans les premières par la grâce de l’ordre alphabétique, danser et s’amuser pendant près de deux heures tout en accueillant les nouveaux arrivants. On a vu celle de Djibouti s’ambiancer sur Diam’s, celle de l’Equateur faire amie amie avec tout le monde.
Cette énergie avait quelque chose de contagieux, et à défaut de devenir plus sèche, l’atmosphère s’est réchauffée en tribune de presse. Tout le monde a arrêté de chercher à sauver les meubles avec des parapluies, des sacs-poubelle ou des morceaux de papier bulle, a rangé les ordinateurs dans les sacs et simplement profité du spectacle. Quitte à être trempé, autant s’amuser.
Un bouquet final légendaire
A 21h35, la fine fleur du journalisme mondial était debout, le déhanché plus ou moins assumé mais impossible à réfréner, alors qu’avait commencé sur la Seine un défilé de mode flashy et joyeux – introduit par une Cène sacrément osée et un Philippe Katerine sous cloche, en slip et peint en bleu – accompagné par une bande-son fabuleuse. France Gall, Claude François, Justice, Gala, Mylène Farmer, les Rita Mitsouko, IAM, Étienne Daho… Bref, une playlist de trentenaires bourrés en fin de soirée qui a trouvé son public.
A peine le temps de se dire qu’on avait un peu peur que certains danseurs partent en ventriglisse et terminent dans la Seine, la délégation française faisait alors son apparition sur les écrans, activant les illuminations de la Tour Eiffel et les applaudissements de la foule. Quelques minutes plus tard, les 368 athlètes tricolores débarquaient en rock stars, et après avoir écouté les discours de Tony Estanguet et Thomas Bach, ils pouvaient assister comme nous au bouquet final.
Place à la surprise de voir Zizou débarquer sur scène avec la torche, aux palpitations au moment de la passation avec Rafael Nadal sous nos yeux, puis à l’émotion de découvrir à distance tous les derniers relayeurs, Carl Lewis, Serena Williams, Nadia Comaneci d’abord, Amélie Mauresmo et Tony Parker ensuite, dans l’entrée à la beauté ahurissante du Carrousel du Louvre, avant Marie-Amélie Le Fur, Nantenin Keita et Alexis Hanquinquant pour l’arrivée dans le jardin des Tuileries. Vinrent dans la dernière ligne droite Michaël Guigou, Alain Bernard, Laura Flessel, David Douillet, Clarisse Agbegnenou, Renaud Lavillenie et enfin Charles Coste, né en 1924 et champion olympique en 1948, pour transmettre la flamme au duo Teddy Riner-Marie-José Pérec, qui allait allumer la vasque avant qu’elle ne s’envole.
NOTRE DOSSIER JO PARIS 2024Il ne pleuvait plus à ce moment-là, ou plutôt on s’en foutait. Céline Dion, petit point blanc au loin, depuis le premier étage de la Tour Eiffel, reprenait « L’Hymne à l’amour » d’Édith Piaf pour nous achever. C’était Paris, c’était la France, c’était la diversité et c’était trop la classe. Un moment sublime, engagé, en résonance avec l’actualité, que cette pluie n’aura finalement rendue que plus épique et féerique. « Une cérémonie pluvieuse mais heureuse », comme le résume le porte-drapeau Florent Manaudou, pendant laquelle de grands frissons nous ont traversés à plusieurs reprises. Comme on est pudique, on dira que c’est parce qu’on avait froid.



















