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JO 2024 : On s’est surpris à vibrer pour l’équipe nord-coréenne en finale de ping-pong mixte
Jeux olympiques•Désolé pour le sens moral ou la logique, mais la fibre sportive a ses raisons que la raison ignoreJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Dans un relatif anonymat pour le public français, la finale de double mixte de tennis de table opposait les numéros 1 chinois à un duo totalement inconnu venu de Corée du Nord.
- Dans une Arena tout acquise à la cause de la Chine, et malgré l’évidence de la défaite à venir, on s’est surpris à s’attacher à cette paire nord-coréenne qui faisait face à son Everest.
- Des instants de frissons, un fol espoir, une amère déception… Oui, on plaide coupable : nous avons vibré.
De notre envoyé spécial au-delà de la DMZ,
La glorieuse incertitude ayant ses limites, la paire nord-coréenne s’est inclinée en finale mixte de tennis de table face aux ultrafavoris chinois, large numéro 1 mondial et composés de deux multichampions du monde en simple. Mais on se sera surpris à vibrer, lorsque les deux comparses de Pyongyang ont arraché le deuxième set. Ou qu’ils ont mené 4-0 dans le quatrième, se sont fait petit à petit rattraper, puis ont sorti deux, trois masterclass pour revenir à 2 sets à 3. Ou ce moment au cinquième set, lorsque distancés 2-0 d'emblée face à des adversaires remontés, ils ont mené 7-5.
Alors, oui, on se confesse, nous les pongix que nous sommes, dont notre seule connaissance de ce joli sport se résume aux Frères Lebrun et à des souvenirs globalement pas ouf de l’EPS au collège, on a non seulement vibré, mais on s’est aussi mis à souhaiter une victoire nord-coréenne. Juste pour voir une improbable remontada, un renversement de la table digne de Rocky version raquette, une victoire du petit poucet face aux puissants, en bon français romantique que nous sommes. Difficile de voir plus grande opposition : la 322e et 509e places mondiales affrontant les numéros un.
Une salle totalement acquise à la paire chinoise
Ne remettez pas en cause notre sincère amour du droit de vote, mais on voulait vibrer, merde. On pourrait également rappeler que « les athlètes olympiques ne sont pas responsables du régime politique de leur pays, blablabla », mais on se contentera de dire qu’en face, c’était la Chine. Niveau démocratie, on est juste coupable d’avoir préféré le choléra à la peste.
Il était d’autant plus facile de prendre sous notre aile Ri Jong Sik et Kim Kum Yong que la salle, bondée de supporters chinois et sud coréens, présents pour la petite finale, n’offrait que de rares applaudissements à notre paire d’outsiders. Le minuscule comité sportif nord-coréen sur place peinait à se faire entendre, alors que chaque coup vainqueur chinois faisait trembler les murs de la Paris Sud Arena.
Une médaille, ça reste une médaille
Un dernier frisson à 8 partout, et il était temps pour les favoris d’arrêter un peu les conneries, planter les trois derniers points et remporter le match. Notre cœur est brisé, mais c’est aussi ça, les Jeux, être sincèrement triste pour la défaite d’athlètes dont on ne connaissait pas l’existence le matin même, et qu’une performance aura suffi à ériger en chouchou.
On consolera notre âme meurtrie en se disant que c’est déjà un exploit pour les deux illustres inconnus au bataillon du ping-pong de rapporter l’argent. Et puis une médaille, c’est une médaille, surtout pour un pays qui ne compte que 53 – 54 désormais – breloques dans toute son histoire olympique, soit moins que les rêves français pour cette seule édition.
Une poignée de main symbolique pour déculpabiliser
Pour les amateurs de belle histoire sportive, sachez que ce n’est pas la première fois que la Corée du Nord fait le coup au ping-pong, avec une médaille de bronze en simple dame en 2016 et deux autres troisièmes places en 1992. A chaque fois, le même scénario : les pongistes du pays ne jouant pas la majeure partie des tournois internationaux, ils sont totalement inconnus et donc illisibles pour leurs adversaires.
Corée du Nord oblige, néanmoins, Ri Jong Sik et Kim Kum Yong passeront dans une zone mixte bondée sans lâcher un mot, comme à chaque fois. Impossible de leur déclamer notre admiration coupable, qui nous exclurait de tous les cercles de bonne convenance occidentale.
Heureusement, pour nous déculpabiliser, au moment de la remise des médailles, la paire nord-coréenne serrera la main à l’équipe sud-coréenne, arrivée troisième, comme le protocole l’exige. Une belle image quand même, surtout avec les applaudissements de tout un stade. Ouf, on l’a eu notre beau moment de sport olympique, on n’est pas totalement des moins que rien de les avoir soutenus.


















