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Du terrain à la Fifa sous influence, quelle trace laissera le Mondial 2026 ?

Coupe du monde 2026 : Du terrain à la Fifa sous influence, quelle trace ce Mondial laissera-t-il dans l’histoire ?

legsLa compétition, achevée dimanche sur le sacre de l’Espagne, a autant marqué les esprits par ce qui s’est passé sur le terrain que par les polémiques survenues en dehors – si ce n’est l’inverse. Que retiendra l’histoire ?
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • La Coupe du monde 2026, qui s’est refermée dimanche sur la victoire de l’Espagne contre l’Argentine, a été marquée par sa longueur, ses nouveautés et ses polémiques avec une forte ingérence du politique.
  • Le format élargi à 48 équipes a étiré la compétition sur 104 matchs et cinq semaines, suscitant des critiques. Sur le plan sportif, cette édition a manqué de moments légendaires malgré quelques matchs marquants de l’Argentine et des stars au rendez-vous. La soumission de Gianni Infantino face à Donald Trump et son administration a également été une balise importante tout au long la compétition.
  • L’historien du football Paul Dietschy nous aide à faire le tri dans ce dont on parlera encore, ou pas, dans les décennies à venir.

Chaque Coupe du monde laisse une trace, même si ce n’est pas toujours celle qu’auraient espérée ses organisateurs. Mais la manière dont on se souvient d’une édition n’est pas de leur ressort, qu’ils aient cherché à l’influencer ou pas. C’est avec le temps, les souvenirs qui s’estompent et ceux qui restent – pas toujours ceux qu’on aurait crus, d’ailleurs –, les récits qui en sont faits aux plus jeunes, que s’installe une trame admise par le plus grand nombre. C’est ainsi qu’on dit du Mondial 90 en Italie qu’il a été le plus fermé de l’histoire, de celui du Mexique 70 qu’il a enfanté le plus beau jeu ou de l’édition 2006 qu’elle a été celle des grandes stars à leur apogée.

Comment parlera-t-on, alors, de cette cuvée 2026 dans 20 ou 30 ans ? On veut dire, au-delà du fait qu’on l’ait déjà vue en 2010, avec un Mexique-Afrique du Sud en ouverture, une chanson de Shakira en boucle et une victoire de l’Espagne championne d’Europe en titre 1-0 en finale au terme d’une prolongation contre une équipe réduite à 10.

A chaud, il y a ce sentiment que la Fifa élargit toujours plus la fenêtre d’Overton – surtout quand elle trouve un terrain propice à ses desseins –, qu’on a parlé au moins autant de l’environnement général que de jeu et qu’il n’y a eu que peu de moments qui marqueront l’histoire du foot à proprement parler. Essayons de prendre tout ça dans l’ordre, avec l’aide de l’historien Paul Dietschy, auteur des livres Histoire du football et Histoire politique des Coupes du monde.

Le format

Le passage à 48 équipes a étiré la compétition, avec 104 matchs étalés sur cinq semaines. Une orgie pour qui aime ça, mais parfois indigeste au niveau qualité. On a trouvé sympathique la fraîcheur apportée par des nations comme le Cap Vert ou la Bosnie, mais l’élargissement déjà annoncé à 64 ne promet qu’une immense noyade dans la médiocrité. Oui, cela simplifierait les choses pour les 16e de finale, mais devoir attendre quatre semaines avant que les choses sérieuses ne commencent réellement donne envie de se mettre à la poterie.

« Davantage de pays peuvent y croire, davantage d’enfants peuvent garder l’espoir et davantage d’opportunités sont offertes au monde entier de participer, défendait Gianni Infantino dans sa conférence de presse de clôture. Qu’en disent ceux qui prétendaient que la présence de 48 équipes allait diluer la qualité de la Coupe du monde de la FIFA ? En réalité, ça l’a rendue bien plus forte. » On a le droit de ne pas être d’accord.

Le boss est content.
Le boss est content. - Paul ELLIS/AFP

L’avis de Paul Dietschy : « Les critiques proviennent d’Europe, avec l’idée que c’est une compétition qui doit être réservée aux meilleurs pays, c’est-à-dire l’Europe et l’Amérique du Sud. Le reste, en quelque sorte, on s’en fiche. Mais c’est le sens de l’histoire, et de la direction prise par la Fifa depuis la Coupe du monde 1974, avec une place fixe assurée à l’Afrique et une autre à l’Asie. C’était une volonté du nouveau président João Havelange d’ouvrir la compétition. L’inconvénient, évidemment, c’est la durée. Mais on n’ira plus en arrière. Au niveau sportif, le marqueur à retenir est que les valeurs restent les mêmes : l’Europe, avec six représentants en quarts de finale, domine toujours largement. »

Le jeu

Si on placera difficilement un des 104 matchs de ce Mondial dans la légende, on peut quand même saluer les Argentins, dont personne ne peut cautionner les manières de voyou mais qui auront eu le mérite d’être sur la photo de tous les matchs marquants. Les vice-champions du monde étaient menés 2-0 à la 79e minute contre l’Egypte et 1-0 à la 85e contre l’Angleterre, et ont réussi à s’imposer avant la prolongation. Ces retours à la vie quand tout le monde les croyait en train de rendre leur dernier souffle font partie des matchs dont on se souvient.

Leo Messi, faiseur de miracles (jusqu'à un certain point).
Leo Messi, faiseur de miracles (jusqu'à un certain point).  - Thomas COEX/AFP

A part ça, l’Allemagne a déçu, l’Angleterre a été rattrapée par son ADN de la lose alors qu’elle était sur le point de s’offrir une campagne historique, après avoir renversé la RDC en dix minutes, résisté au Mexique à l’Azteca et achevé la Norvège en prolongation. La France, elle, a été trop forte lors de ses six premiers matchs, puis trop faible lors du 7e, pour que son parcours fasse date. Plus généralement, la victoire de l’Espagne a ramené le foot à la notion d’intelligence collective. L’empreinte la plus forte de cette édition sans doute, même s’il a manqué une touche de spectacle pour enrober le tout.

L’avis de Paul Dietschy : « Avec autant de matchs, on a l’impression que tout est un peu dilué, c’est vrai. Je retiens tout de même la résistance inattendue de petites équipes, le Cap Vert par exemple, et les deux derniers matchs. La petite finale a été la rencontre la plus folle, la plus "américaine" si on veut, avec un score très rare. Et la finale a consacré un jeu dans lequel le collectif est le héros. Il ne faut pas oublier non plus, un peu comme à la Coupe du monde 70, que les grandes vedettes ont répondu présent. Dans un pays où on aime les stars, Mbappé, Messi, Kane ou Haaland étaient là, et c’est loin d’être toujours le cas. Ce Mondial a sacré un collectif mais restera aussi pour ses individualités. »

Les règles

Les évolutions voulues au niveau de l’arbitrage dans ce Mondial ont fait du bien au jeu, et peut-être est-ce dans ce domaine que le legs sera le plus important. On pense à celles pour lutter contre les gains de temps, au moment des remises en jeu ou des changements, ou aux consignes pour laisser davantage jouer. Les amateurs ont apprécié, même s’il faudra apprendre à trouver le juste milieu et ne pas oublier de sanctionner ce qui doit l’être, par exemple contre les sicarios argentins.

Enzo Fernandez fait valser Pau Cubarsi lors de la finale entre l'Argentine te l'Espagne. (Photo de Jewel SAMAD/AFP)
Enzo Fernandez fait valser Pau Cubarsi lors de la finale entre l'Argentine te l'Espagne. (Photo de Jewel SAMAD/AFP) - Jewel SAMAD/AFP

Pour le bien de tous, l’utilisation du VAR doit également être plus cohérente. Difficile d’accepter que l’arbitre revienne 19 secondes en arrière pour siffler une faute à l’autre bout du terrain et annuler un but de l’Egypte en 8e de finale, quand l’assistance vidéo reste aveugle aux agressions répétées des joueurs paraguayens sur les Bleus.

L’élargissement des champs d’intervention de la vidéo (revoir l’action d’un deuxième carton jaune par exemple) n’a pas eu d’incidence majeure. En revanche, le fameux ballon connecté censé éteindre les polémiques en détectant le moindre contact avec les joueurs ne semble pas encore au point, malgré l’assurance de la Fifa sur le sujet.

Pour le reste, les pauses fraîcheurs qui ont transformé les deux périodes ancestrales en quart-temps et changé les dynamiques des matchs, comme la mi-temps interminable de la finale au mépris de toutes les lois du jeu, sont à jeter à la poubelle. En tout cas sous cette forme, parce qu’elles participent à enterrer le foot qu’on aime.

L’avis de Paul Dietschy : « Pour le décorum, il y avait eu un précédent au Qatar lorsqu’on avait revêtu Lionel Messi d’un costume traditionnel pour recevoir la Coupe du monde. Mais comme cette année avec le show de la mi-temps, je pense que ce sera une parenthèse dans le sens où on va revenir dans des pays de tradition footballistique en 2030. Pour les pauses fraîcheur, ça n’aurait pas de sens de les intégrer à tous les matchs internationaux. Le problème est ce qu’on en fait, un espace pour vendre de la publicité, car sinon l’aspect santé des joueurs se défend. On se rappelle que la Coupe du Monde au Mexique en 1986 se jouait sous des températures torrides, c’était dangereux. Avec le réchauffement climatique, on peut parier qu’en 2030, en Espagne et au Maroc, il fera extrêmement chaud et on aura besoin de s’hydrater. »

L’environnement général

Là, il faut espérer que ce à quoi le monde a assisté pendant cinq semaines ne trouve pas de prolongement. Jamais. Nulle part. La manière dont la Fifa, et son big boss en premier lieu, s’est couchée devant les Etats-Unis de Donald Trump est à montrer dans toutes les écoles de couardise. Forcément, si l’on ne met jamais de limites à un être aussi décomplexé que le président américain, on se retrouve à devoir se contorsionner pour justifier ce qui ne peut pas l’être – comme l’annulation de la suspension automatique de Balogun après son carton rouge, au hasard.

Trump et son administration ont été beaucoup trop présents dans cet événement, de l’interdiction d’entrer sur le territoire pour l’arbitre somalien Omar Artan au sort réservé à l’équipe d’Iran. « C’est le plus grand événement social et culturel auquel l’humanité ait jamais assisté », a fanfaronné Infantino samedi, comme une ultime flatterie ridicule pour son ami Donny.

L’avis de Paul Dietschy : « De ce point de vue, il y a une continuité. Depuis João Havelange et Sepp Blatter, il y a l’idée que les présidents de la Fifa se voient comme des diplomates du foot, qu’ils représentent une sorte d’État, celui du football, et qu’ils méritent d’être reçus comme tels. La différence est que ces deux dirigeants étaient plus fins, ils savaient jusqu’où ils pouvaient aller, même si je l’ai entendu dire Havelange que Videla était un homme d’honneur. Donc tout cela n’est pas nouveau, et c’est le produit de deux choses : ces gens sont des outsiders, ils viennent des classes moyennes, et sont très flattés d’être proches des grands de ce monde. Pour Infantino, ce besoin de reconnaissance va jusqu’à l’éblouissement, l’hubris qui lui donne l’impression de traiter d’égal à égal avec les grands de ce monde. L’autre aspect, me semble-t-il, c’est qu’il y avait une certaine crainte devant le caractère imprévisible de Trump, de choses qu’il aurait pu faire qui auraient mis en difficulté le déroulement de cette Coupe du Monde. La Fifa fera toujours tout pour protéger ses revenus, ça ne changera pas et ç’en était là une démonstration notable. »

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