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JO 2024 – Il y a un an : Temps mort surréaliste et boulette de l’espace… On décrypte l’action fatale aux Bleus du hand
souvenez-vous l'été dernier (13/18)•Alors que la France croyait tenir sa demi-finale olympique, elle a tout perdu lors d'une séquence entrée dans la légende noire des BleusNicolas Stival
L'essentiel
- Pour la première fois depuis 2004, l’équipe de France de handball n’ira pas en finale des Jeux olympiques.
- Les Bleus, triples médaillés d’or et tenants du titre, se sont même arrêtés en quart de finale, battus par l’Allemagne, ce mercredi au stade Pierre-Mauroy de Villeneuve-d’Ascq (35-34 a. p.).
- Le match a basculé sur une incroyable séquence à six secondes de la fin, entre un très étrange temps mort demandé par le sélectionneur Guillaume Gille et une passe ratée de Dika Mem.
Il y a un an se tenaient les plus beaux Jeux olympiques de l'histoire (oui, on le pense toujours). Du 26 juillet au 12 août, « 20 Minutes » vous propose de revivre un grand moment de chaque journée, à travers les récits de ses envoyés spéciaux. Une manière de faire revivre l'émotion, et se rappeler où l'on était quand ils se sont déroulés.
A Villeneuve-d’Ascq, où c’est encore la consternation,
Le titre, et l’article qui va avec, était prêt à partir sur les smartphones des heureux abonnés aux « alertes info » de 20 Minutes : « JO 2024 – Handball : La France terrasse l’Allemagne… Place à l’Espagne en demi-finale… Revivez ce match en direct ». Il ne restait que six secondes à jouer, ce mercredi en milieu d’après-midi à Villeneuve-d’Ascq, et les champions olympiques en titre menaient d’un but (29-28). Guillaume Gille avait demandé un temps mort. Décision étonnante mais pourquoi pas, pas bien grave avec aussi peu de temps à tuer…
Après avoir mené de six buts (20-14, 32e), les Bleus s’étaient fait peur malgré un Vincent Gérard stratosphérique dans les cages. Mais on pouvait souffler. La retraite sportive du portier acclamé par les 27.000 spectateurs de Pierre-Mauroy (moins quelques centaines d’Allemands) allait attendre encore deux matchs, comme celles de l’icône Nikola Karabatic ou de Valentin Porte (qui lui va continuer de jouer en club, à Montpellier) : celui contre l’Espagne vendredi en demi-finale, puis une finale, si possible celle pour un quatrième or en cinq éditions des JO, dimanche.
Quand Dika Mem a pris le ballon, on était encore plus tranquille, tellement l’arrière droit, auteur de 10 buts, avait été impeccable jusque-là. Et puis la terre (enfin, celle des fans français) s’est arrêtée de tourner. Balle inexplicablement perdue. Egalisation de l’intenable Renars « Chenapan » Uscins. Deux fois cinq minutes de prolongations. Défaite. Elimination. Hommage aux retraités.
On va tenter de décrypter ces quelques secondes irrationnelles. Même si on reste sous le choc, comme les Suédois ont pu l’être après la demi-finale de l’Euro, en janvier, avec cet improbable tir d’Elohim Prandi pour arracher la prolongation, puis une place en finale également remportée contre le Danemark après un « overtime » à suspense. Pour les Bleus, la routourne a tourné, comme dirait l’autre.
Mais pourquoi ce temps mort ?
On vous la refait, dans les conditions du direct. Le jeune poison allemand Uscins vient de réduire la marque à 29-28 pour la France. Il reste donc six secondes dans le temps réglementaire, et on imagine très bien une remise en jeu classique, une tentative de pénétration pour provoquer une faute, un concours de jonglage… N’importe quoi, mais pas ça.
« On ne sait jamais, a lâché, fataliste, Guillaume Gille, forcément interrogé sur le sujet dans la zone mixte de Pierre-Mauroy. Si tu ne prends pas le temps mort, tu peux laisser l’équipe en face, qui n’a pas le temps de s’organiser. En même temps, s’il y a une perte de balle, on te reprochera de ne pas l’avoir pris. » Ce n’est pas très clair, mais on vous le livre tel quel. Au final, le temps mort a été pris, et il y a eu quand même une perte de balle.
Que s’est-il dit ?
L’image est saisissante. Guillaume Gille s’exprime devant ses joueurs comme l’entraîneur qu’il est : « On se rend disponible au porteur de balle. » Mais Mem (27 ans), fort de son statut de cadre de la génération intermédiaire des Bleus, le coupe. Voici un extrait de son intervention, capté par quelques twittos attentifs. « Écoute-moi, écoute-moi, calme-toi », lance l’arrière droit à un coéquipier, a priori Hugo Descat, avant de délivrer des consignes. « On engage… Je sais pas… Toi tu me donnes la balle. Toi, tu cours à l’aile. Le mec il va courir avec toi… »
Devant les journalistes, Mem est revenu sur cette étonnante séquence. « Avec la pression, si on restait tous au milieu, on avait des chances de perdre la balle. J’ai demandé aux mecs de courir pour faire une passe. Et j’ai fait une mauvaise passe. »
Mais qu’a voulu faire Dika Mem ?
« Je savais qu’ils allaient mettre la pression, plaide l’accusé. Je voulais faire la passe à « Elo » [Elohim] Prandi, et j’ai raté ma passe. » Ludovic Fabregas ajoute un élément de contexte : « On est un de moins, on prend la décision de ne pas faire sortir le gardien, au cas où. Malheureusement, sur une transmission, on perd le ballon. Ce sont des faits de jeu. » Huit secondes avant le temps mort, le pivot des Bleus avait en effet pris deux minutes.
Et ensuite, c’est le drame
De droite à gauche, appliquant à la règle les demandes de Mem, coach improvisé en ce moment de chaleur intense, Valentin Porte, Melvyn Richardson, Elohim Prandi et Hugo Descat foncent vers le but adverse, comme s’ils devaient absolument marquer. Alors qu’il suffit de tenir le ballon bien sagement et de laisser l’horloge s’écouler. Le capitaine du Barça s’en tient à son idée première et tente de trouver le héros du dernier Euro. Seulement, entre les deux Bleus, s’élèvent les 2 mètres de Julian Koester, le plus grand joueur de champ allemand. La tuile…
L’arrière gauche géant expédie vers le but ce diablotin de Uscins qui, malgré le retour express de Dika Mem, ne tremble pas pour ajuster Vincent Gérard et arracher une prolongation totalement irréaliste deux clignements d’yeux plus tôt. « J’ai essayé de me replier mais ça n’a pas suffi », n’a pu que déplorer le fautif.
Forcément, les autres Français ont vite tenté de consoler (en vain) leur pote, et n’ont surtout pas voulu accabler un joueur qui leur a fait gagner et leur refera probablement gagner pas mal de matchs. « C’est peut-être dur à encaisser mais il ne faut surtout pas s’en prendre à qui que ce soit », a asséné Fabregas.
« Dika a fait un excellent match, il a été incroyable pour le groupe durant toute la compétition », a ajouté Nedim Remili. Quant à Guillaume Gille, il « préfère rester sur l’énergie et l’engagement de Dika pendant toute cette partie et pendant la compétition plutôt que de [s'] attarder sur ce moment si spécial. »
Même s’ils n’ont pas sombré en prolongations, les Français ont fini par perdre, comme les Egyptiens un peu plus tôt contre les Espagnols ou les Hongroises la veille devant les Suédoises, après s’être retrouvés dans la même situation que les Bleus.
Laissons la parole au plus malheureux de tous, pour conclure : « Je ressens un sentiment de culpabilité, c’est un match qu’on aurait dû gagner. C’est un sentiment que je n’ai jamais ressenti et que je ne souhaite à personne de ressentir. C’est le sport. Je vais apprendre et assumer l’erreur que j’ai faite. »



















