Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
« On prend les planches en photo », l’espionnage industriel jusqu’au kite

JO Paris 2024 – Voile : « On prend les planches en photo », l’espionnage industriel jusqu’au kitesurf

JO PARIS 2024L’arrivée du kitesurf à foil aux Jeux olympiques de Paris 2024 a entraîné une course à l’armement pour ce « sport à matériel », au point de voir certaines nations en espionner d’autres
Adrien Max

Adrien Max

L'essentiel

  • Les compétitions des JO de Paris 2024 de kitesurf à foil ont débuté dimanche sur la Marina olympique de Marseille.
  • L’arrivée de la discipline aux Jeux olympiques a entraîné une course à l’armement dans ce « sport à matériel ».
  • Les athlètes ont passé de longs mois à tester tout le matériel possible afin d’avoir le meilleur ensemble planche – foil – aile, et il n’est pas rare de voir des athlètes espionner leurs concurrents.

A la Marina olympique de Marseille,

Mardi, la kitesurfeuse Lauriane Nolot était satisfaite de ne pas avoir « fait la flemmarde niveau changement de kite ». La Française est revenue au moins quatre fois, en autant de manches, sur la plage pour rapidement changer d’aile, avant de repartir dans l’eau, et s’adapter au vent sans cesse changeant sur le plan d’eau de Marseille, pour ces JO de Paris 2024.

« En première manche j’avais une aile de 21 m2, je suis rentré mettre celle de 15 m2 parce que je trouvais que c’était un peu fort. Au final il y a eu une molle, je suis revenu ric-rac pour revenir sur la 21. La deuxième manche, je change pour la 15 m2, c’était le bon choix. Et pour la troisième, je suis resté en 15, le vent a chuté et je suis tombé alors que j’étais première à la bouée. La dernière j’ai rechangé pour la 21, c’était le choix de kite qu’il fallait », relate celle qui est pour le moment en tête du classement général, après six séries.

Des changements absolument essentiels pour performer dans un sport où le talent de l’athlète ne fait pas tout, comme l’explique le concurrent français, Axel Mazella. « On est un sport à matériel, comme en Formule 1, où ils font attention à tout », plante-t-il.

Des tips sur le parking au test de tout le matos

Un sport qui a énormément évolué depuis l’intronisation du kitesurf à foil aux Jeux olympiques, pour la première fois lors de cette édition à Paris 2024. « Avant, on était un sport de passionnés où tout le monde échangeait beaucoup, on se donnait des ''tips'' sur le parking après nos sessions. Depuis que c’est arrivé au JO, il y a beaucoup plus de professionnalisme », confiait Axel Mazella à 20 Minutes, lors du test event.

Depuis, la discipline a connu un énorme développement du matériel, avec une course à l’armement insufflé par plusieurs marques pour enregistrer leurs produits auprès de la fédération internationale de kitesurf. « En quatre ans, on a tout acheté et tout testé, confie Ariane Imbert, l’entraîneuse de l’équipe de France de Kitesurf. On a fait une grosse campagne d’essai pour savoir quel est le meilleur matériel. C’est super important dans la performance. Certains athlètes étaient réticents parce que s’ils se rendaient compte que le matériel qu’ils avaient développé avec leur marque n’était pas forcément le meilleur. »

Au point de rappeler contractuellement aux athlètes qu’ils représentent une nation, et non pas une marque, et que la fédération a le dernier mot sur le choix du matos, « pour les déculpabiliser » par rapport à leurs engagements vis-à-vis des sponsors. Et même ajouter un alinéa sur les contrats des athlètes avec de nouveaux partenaires « si le matériel du sponsor n’est pas le plus performant, l’athlète a le droit de naviguer avec le matériel d’une autre marque », insiste-t-elle.

Espionnage industriel

Une professionnalisation galopante, et quasiment obligatoire de la discipline tant le plateau est dense, ce qui n’empêche pas de voir des différences sur un même modèle d’une même marque. Parce que tout cela reste néanmoins très artisanal. « Les voiles sont par exemple faites à la main par des couturières. Il y a énormément de coutures et un décalage d’un petit millimètre sur chaque couture, fait un gros écart de performance. Le taux d’humidité dans le hangar le jour où mes voiles sont cousues, peut aussi jouer », rappelle Ariane Imbert.

Une « jauge » est néanmoins imposée aux athlètes pour garantir une certaine homogénéité, mais elle concerne surtout le foil et le kite. Il y a plus de marge sur les planches, qui elles aussi sont confectionnées artisanalement, par des shapers. De quoi tenter certaines nations de jeter un bon coup d’œil sur le matos du voisin. « Quand un athlète vient avec un nouveau design tu as envie de mesurer. Nous par exemple, on a pris des planches en photos. Sur la planche, il y a le sticker de la jauge qui fait 8 cm, donc par rapport à ça on a pu prendre les mesures. Ouais, ouais, on fait ça », confie Ariane, assez fière de son petit coup de filoutage.

Ce n’est pas pour rien que les athlètes, à peine arrivés sur la plage, se dépêchent d’emmitoufler leurs précieux dans leur housse qui servent autant de protection aux éléments, qu’aux regards indiscrets. Et quand Lauriane Nolot a changé de marque de planche, la moitié de la flotte l’a imitée.