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Hatadou Sako revient sur le titre des Bleues et sa folle trajectoire

Mondial de hand féminin : « C’était intense et beau »… Hatadou Sako revient sur le titre des Bleues et sa folle trajectoire

InterviewHatadou Sako, qui portait encore le maillot du Sénégal il y a quatre ans, a été l’une des grandes artisanes du titre mondial remportée par les Bleues, dimanche face à la Norvège
Antoine Huot de Saint Albin

Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Hatadou Sako a été sacrée championne du monde avec l’équipe de France de handball, dimanche.
  • La gardienne de Metz a une trajectoire folle puisque, il y a quatre ans, elle jouait encore avec le Sénégal.
  • « Le chemin a été long, semé d’embûches, pas facile à vivre, mais la récompense était là », nous a-t-elle expliqué.

Une première compétition avec les Bleues, un premier titre mondial. Il y a pire comme débuts pour Hatadou Sako. La gardienne de Metz, qui a signé à Gyor, a, en plus, été l’une des joueuses clés lors de la finale remportée face à la Norvège (31-28), avec quatre arrêts, dont un penalty, en trente minutes. A 28 ans, celle qui forme le duo de dernier rempart avec Laura Glauser savoure, d’autant qu’il y a quatre ans, elle disputait les Mondiaux… avec le Sénégal.

Comment avez-vous vécu votre première grande compétition avec l’équipe de France ?

C’était incroyable. Je l’ai vécue sans trop de stress. Je me suis dit que ces choses-là, il fallait les vivre à 100 %. Je ne voulais pas me laisser polluer par les choses qui auraient pu m’empêcher de profiter de cette compétition, comme le stress généré par les médias avant un match important, les sollicitations à gauche et à droite au fur et à mesure de l’avancée de la compétition, les belles performances pendant un match… J’ai essayé de laisser à l’extérieur tout ce qui pouvait tourner tout autour de moi, pour me concentrer sur moi-même et les filles. On a vécu un mois très intense, où on a eu qu’un seul jour de repos. C’était intense et beau. J’ai réussi aussi à découvrir ce qu’était l’équipe de France en compétition, et ça c’était magique.

Dans quel état d’esprit entrez-vous lors de la finale du Mondial, juste après la mi-temps ?

Je prends conscience que c’est la finale du Mondial, mais je le prends avec tellement de légèreté, je me dis que c’est un match comme un autre. J’ai fait huit matchs dans la compétition, pourquoi celui-ci serait-il différent dans l’approche ? Je me suis dit que si je voulais gagner, il fallait arriver avec la même motivation, le même état d’esprit que lors des précédents matchs, pour être prête peu importe le moment où on aurait besoin de moi. Quand Olivier [Krumbholz] me dit : « Hatadou, t’y retournes », c’était le moment, mon moment, celui que j’ai attendu. je me suis dit que je ne devais pas le laisser filer. Vaut mieux profiter et voir le résultat que d’avoir des regrets.

Il n’y a même pas de stress ?

Alors, c’est vrai que dès le début, quand je suis entrée sur le terrain, j’étais stressée, un peu introvertie. Plusieurs filles me l’ont dit. Mais, en fait, plus que du stress, j’étais vraiment très très très concentrée. Je savais que ça allait passer dès que je toucherais mon premier ballon. Et je fais un arrêt sur Stine Skogrand (39e), à l’aile, où on est en infériorité numérique, et je me dis : « Ça y est, ça y est, là tu peux te lâcher ». Après, oui, j’arrête le penalty de Henny Reistad [46e, possibilité pour la Norvège de revenir à deux buts], mais, franchement, je ne sais pas si c’est vraiment la bascule, parce que je ne regarde même pas le score. Je suis focus sur le ballon en me disant qu’il faut que j’arrête ce penalty. Le moment où je réalise vraiment, c’est quand on prend le temps mort à 35 secondes de la fin. La seule fois où j’ai regardé le score avant ça, c’était dix minutes avant, et je me disais : « Houla qu’est-ce que c’est long ».

Votre trajectoire est assez folle, car il y a quatre ans vous étiez loin des Bleues…

C’est ouf. Déjà, quand j’arrive au début aux Mondiaux, les objectifs ne sont pas les mêmes. Avec le Sénégal, le but était de gagner un match. Avec la France, c’était d’aller minimum en quart. Ce n’est pas la même cour. Et ça faisait bizarre en arrivant, car il n’y a rien qui nous assurait d’arriver en quart de finale. En fait, si, le statut, les joueuses faisaient que les gens étaient persuadés qu’on atteigne cet objectif. Le chemin a été long, semé d’embûches, pas facile à vivre, mais la récompense était là. Mes décisions, mes choix, mes réflexions ont payé.

Avez-vous eu des doutes pendant les trois ans durant lesquels vous ne pouviez pas jouer en sélection, dans l’espoir d’être appelée en équipe de France ?

Non, je n’ai pas douté, même pendant la période où je m’étais fait les croisés. A aucun moment je n’ai douté, parce que je savais où j’allais. Je travaillais très fort, j’avais du soutien à Metz, je savais que j’allais continuer à progresser, que je devais prendre soin de mon corps, je me suis découverte, j’ai appris sur moi, en travaillant sur l’aspect physique et mental. Je ne voulais pas me projeter trop loin. Après, quelques jours avant de pouvoir être sélectionnable, je ne me suis pas dit que j’y étais, mais que le travail avait été fait.

Comment se sont passées les retrouvailles avec le Sénégal, lors du match de préparation ?

C’était magique. Rien n’arrive au hasard. C’était un moment que je devais vivre. J’avais pour rêve, avec deux coéquipières du Sénégal, de jouer contre l’équipe de France. On n’a pas réussi à le faire dans ce sens. J’étais devenue leur adversaire, et ce souvenir n’a pas de prix, car j’arrive à réaliser la trajectoire que j’ai réussi à prendre.

Quelques jours après le titre mondial êtes-vous toujours sur votre petit nuage ?

Oui, toujours sur mon petit nuage. Après, je suis quand même un peu plus reposée, parce qu’on a accumulé beaucoup de fatigue depuis le jour de la finale. Mais ça va, on redescend petit à petit, on retrouve nos familles. Après, on est encore un peu dedans, avec les interventions à gauche et à droite, mais ça va. Sur le moment, je me suis quand même dit : « Comment on a fait pour tout gagner, en battant deux fois lors de la même compétition la Norvège ? »

Avant les Mondiaux, Olivier Krumbholz sous-entendait qu’il valait mieux pas remporter la compétition avant les Jeux…

On ne s’est pas dit qu’on voulait être championnes, on voulait juste progresser durant la compétition et aller le plus loin possible. On n’avait pas affiché directement nos objectifs. Mais on a vu notre capacité à avancer et à progresser, et au fur et à mesure, on a pensé à la victoire finale. Arrivé en quart de finale, on s’est regardées en se demandant si c’était possible de le faire. Et évidemment que c’était possible de le faire.