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Comment expliquer « l’énorme claque » pour les sabreuses, promises à l’or ?

JO 2024 – Escrime : « C’est une énorme claque »… Comment expliquer le flop des sabreuses pourtant promises à l’or

DéceptionUltrafavorite, l’équipe de France de sabre a échoué dans sa quête de médaille d’or. Pire que ça, elle n’a même pas décroché le bronze
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Avec la championne et la vice-championne olympique en titre, les Bleues étaient favorites pour l’épreuve par équipe, ce samedi.
  • Mais, défaites en demi-finale par la Corée du Sud puis par le Japon lors de la petite finale, les sabreuses tricolores ont complètement déchanté.
  • « À les voir tirer, c’était une escrime stressée, car il ne faut pas perdre », a commenté Boladé Apithy, le mari de Manon Apithy-Brunet.

Au Grand Palais,

Vu que le Comité international olympique ne cesse d’innover, on a une petite proposition pour les prochains Jeux : supprimer les épreuves par équipe en escrime. Il reste encore des assauts, dimanche, avec le fleuret masculin, mais on en a déjà vu assez pour cette année. Cela n’a été que souffrance et désillusion. Même la médaille d’argent obtenue par Auriane Mallo-Breton et ses partenaires a été un long chemin de tristesse, avec cette défaite à la mort subite en finale.

Alors, oui, l’argent a permis de panser notre petit cœur. Mais celui-ci s’est de nouveau mis à défaillir avec le fleuret dame (élimination dès les quarts) et l’épée homme (quatrième). Et a fini par arrêter de battre (façon de parler, tout va bien maman) après la chute des sabreuses, ce samedi, dans un Grand Palais médusé. Le pompon sur la Garonne.

« On était attendues au tournant »

Avant les Jeux, les Françaises, n°1 mondiales, étaient déjà très attendues pour cette épreuve, fortes d’un collectif surpuissant, avec Sara Balzer, Manon Apithy-Brunet, Cécilia Berder et Sarah Noutcha. Que dire après le doublé en individuel, avec l’or pour Apithy-Brunet et l’argent pour Balzer ? Les sabreuses valeur sûre pour faire grimper le bilan doré de l’équipe de France, c’était écrit, on pouvait déjà célébrer. Ce samedi, c’était l’or et rien d’autre. Ça sera rien.

« Forcément on était attendues au tournant, oui tout le monde nous voyait avec la médaille d’or au cou après les résultats de Manon et Sara, indique Cécilia Berder, perdue dans ses pensées. Mais, nous, on savait que ça allait être hyperdur. Elles nous ont sauté à la gorge. » Et le résultat est sans appel. Les Japonaises, troisièmes, glanent leur première médaille dans cette arme. À l’inverse, les Françaises, toujours finalistes par équipe ces dernières années, terminent quatrièmes pour la première fois. « Ça fait chier que ça soit ici », se lamente Sara Balzer.

« Une escrime de stressées »

Alors, à quel point ce statut de favorites les a perturbées ? À quelques semaines des Jeux, toute l’équipe de France, consciente que cela pourrait engendrer des difficultés, avait réalisé un stage de cohésion en Corse, pour tout mettre à plat : le stress, les inquiétudes, les peurs… Une libération de la parole bénéfique, qui avait énormément soudé le groupe. Mais, le jour J est arrivé et toutes les appréhensions sont un peu remontées à la surface.

« Les filles étaient stressées, nous a expliqué Boladé Apithy, mari de Manon Apithy-Brunet, après la demi-finale largement perdue face à la Corée du Sud. Il y avait beaucoup d’attente autour d’elles. À les voir tirer, c’était une escrime stressée, car il ne faut pas perdre. Même quand elles descendent (sur la piste), elles ne sont pas très bien. On leur dit depuis longtemps vous allez gagner, vous allez gagner. Dans le sport de haut niveau, tu peux travailler le mental, des fois le stress revient. Mais on ne peut pas dire qu’elles n’ont pas de mental, ce sont de grandes championnes. »

Dès leur entrée en lice, ce samedi face à l’Algérie, on a senti les Bleues crispées, presque paralysées par ce défi qui leur était présenté. « On n’a pas réussi à se libérer comme les adversaires ont pu le faire, confirme Balzer. Elles étaient très relâchées, elles ont fait du très beau jeu. Nous, ce n’était pas notre plus belle escrime. Le contrat n’est pas du tout rempli, on finit sur un échec, c’est très très dur. C’est une énorme claque. On était vraiment ici pour chercher l’or par équipe. »

« Pas survoler comme à l’individuel »

La médaillée d’argent et sa compatriote, médaillée d’or en individuel, évoquent toutes les deux cette « volonté de bien faire ». Mais toutes les deux, notamment, n’ont pas été à la hauteur des attentes, avec plusieurs relais compliqués. On retiendra notamment d’Apithy-Brunet ce relais décisif face à la Coréenne où après avoir réalisé un 5-0 et laisser croire à une reManontada, la championne olympique s’est emmêlé le sabre pour faire finalement 5-5. Ou l’impossibilité de Balzer de remonter le score en fin de match.

« Peut-être que les résultats individuels ont eu une incidence négative sur l’épreuve par équipe, mais on le saura jamais, explique Mathieu Gourdain, le coach de l’équipe de France. On n’a pas vu des Sara et des Manon survoler comme à l’individuel. » Sinon, c’est sûr, l’or aurait été au bout. Enfin, peut-être. Maintenant, on n’a plus trop de certitudes.