JO 2024 : Comment un échec à Rio a amené le meilleur tireur de tous les temps à finir sa légende à Châteauroux ?
Jeux olympiques•Ce n’est pas tous les jours qu’on trouve un meilleur sportif de l’histoire en Centre-Val-de-Loire, et la France peut remercier Rio pour celaJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Le selfie entre sud et nord coréens, les deux Français vainqueurs qui se retournent en BMX pour vérifier que leur pote finit aussi sur le podium, le retour triomphal de Simone Biles. Ces jeux ne manquent pas de belles histoires.
- Mais ce samedi a eu lieu certainement la plus improbable de toutes : le meilleur joueur de sa discipline, qui va finir d’inscrire sa légende à Châteauroux.
- Une présence qui n’avait rien d’une évidence, et qui s’est jouée il y a huit ans, à Rio.
De notre envoyé spécial à Châteauroux,
On ne prétend pas connaître toute l’histoire du sport sur le bout des doigts, mais ce samedi 3 août 2024 est sans doute le premier jour où un meilleur athlète de l’histoire de sa discipline, un GOAT (Greatest of all time) comme on dit chez les fans, a été consacré à Châteauroux, avec un nouveau titre olympique.
Dans le monde du tir au fusil, l’Américain Vincent Hancock est sans trop de débats le meilleur homme à avoir fusillé des assiettes volantes en argile depuis que l’humanité existe. Pour l’un de ses adversaires, le Suédois Stefan Nilsson, ça ne se faisait aucun doute : « On sait tous quelle est sa place dans la discipline, c’est le numéro 1 sans aucune discussion possible. Il l’était déjà bien avant cette finale, il n’avait même pas besoin de la concourir à vrai dire. »
L’échec de Rio, la redécouverte du plaisir
Et effectivement, avec déjà trois titres olympiques dans la besace, à Pékin, Londres et Tokyo, on pouvait se demander ce que le Floridien avait prouvé au monde à aller chercher une quatrième médaille d’or à 35 ans, lui-même qui se décrit comme « devenu vieux et fatigué ». Pour comprendre la venue du GOAT à Châteauroux, il faut remonter huit ans en arrière, à Rio 2016, seule fois où le surhomme était passé totalement à côté de ses Jeux, ne ramenant même pas une pauvre médaille de bronze.
De là à l’amener jusqu’en Centre-Val-de-Loire ? « Ma revanche, je l’ai prise à Tokyo, je savais avant de venir ici que je n’avais plus rien à prouver », défend Vincent Hancock. Néanmoins, c’est bien à Rio que c’est d’une certaine manière jouer sa venue. « J’ai longtemps réfléchi à cet échec, et j’ai compris que si j’étais passé à côté de ma compétition, c’était parce que je n’avais pas pris de plaisir, j’avais oublié que j’étais ce sport, je m’étais perdu et ennuyé. Aujourd’hui, si je continue, c’est par amour du tir, par amour de la gagne, parce que j’aime ça. Je sais mon statut, je fais ça par plaisir. »
« Vous êtes chanceux de l’avoir vécu en France »
On remerciera donc la prise de conscience sur l’amour du jeu et du développement personnel de Rio, pour avoir permis à la France d’accueillir ce petit moment d’histoire du sport. Car malgré son statut déjà acté, Stefan Nilsson l’assure, « ce qui s’est passé aujourd’hui s’inscrit dans la légende du tir. C’est la consécration suprême. Vous êtes chanceux de l’avoir vécu en France. »
Une bonne expérience également pour Vincent Hancock : « J’avoue que je ne connaissais pas Châteauroux avant ces Jeux, et que je pensais que l’épreuve se déroulerait à Paris. Mais le stand de tir était incroyable, le public magnifique, et tout le monde si gentil et impliqué ». Dans l’histoire du tourisme, ça ne doit pas être tous les jours non plus qu’un Américain préfère son séjour à Châteauroux qu’à Rio de Janeiro. La magie des Jeux.


















