Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Aumônier des JO, Joël Thibault va partager sa foi aux sportifs

JO de Paris 2024 : Aumônier des sportifs, Joël Thibault ne sera « pas là que pour la performance »

HABEMUS MÉDAILLEComme 120 autres aumôniers de toutes confessions, le pasteur évangélique protestant accompagnera moralement et spirituellement les sportifs venus du monde entier pendant toute la durée des Jeux olympiques et paralympiques
Jérôme Gicquel

Jérôme Gicquel

L'essentiel

  • Depuis plusieurs éditions, un centre multiconfessionnel est installé au cœur du village des athlètes à chaque olympiade.
  • Pasteur évangélique protestant, Joël Thibault fait partie des 120 aumôniers accrédités pendant toute la durée des Jeux olympiques et paralympiques de Paris.
  • A travers des prières, des chants et de l’écoute, il s’apprête à partager les joies mais aussi les doutes et les détresses de sportifs en quête d’exploits et de médailles.

Comme les athlètes qu’il accompagnera dans quelques heures, il se prépare lui aussi minutieusement. Depuis que le compte à rebours du J-100 avant le coup d’envoi des Jeux olympiques et paralympiques de Paris est enclenché, Joël Thibault s’astreint à un régime zéro alcool ainsi qu’à cent pompes et cent secondes de gainage par jour. Sans oublier bien sûr de prier pour tous les sportifs qu’il connaît et tous les autres, sélectionnés ou non. Pendant les deux quinzaines, c’est dans le village olympique de Saint-Denis que ce pasteur protestant évangélique originaire de Rennes posera sa Bible, officiant dans la team des 120 aumôniers accrédités.

Le centre multiconfessionnel sera implanté en plein coeur du village olympique à Saint-Denis.
Le centre multiconfessionnel sera implanté en plein coeur du village olympique à Saint-Denis.  - E. Dunand / AFP

Chrétiens, musulmans, juifs, hindous ou bouddhistes, ces hommes de foi seront chargés d’apporter un soutien moral et spirituel aux sportifs qui le souhaitent au sein du centre multiconfessionnel. Avec toutefois des règles fixées par le Comité international olympique. « Tout prosélytisme est interdit », indique Joël Thibault, rappelant la règle 50 de la Charte olympique qui n’autorise « aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale dans un lieu, site ou autre emplacement olympique ».

Le coach spirituel d’Olivier Giroud

Avant ou après les épreuves, les athlètes venus du monde entier pourront toutefois accéder à des salles de prières ouvertes 24h/24. Avec des aumôniers, tous bénévoles, pour les guider. « C’est un service qui est proposé aux athlètes qu’ils soient croyants ou non, indique le pasteur breton. C’était un peu tabou à une époque mais les mentalités ont évolué. On a une nouvelle génération d’entraîneurs et de dirigeants sportifs qui sont beaucoup plus ouverts sur ces questions et se disent que ça peut faire du bien aux athlètes qui peuvent venir prier, recevoir une prière, chanter ou simplement parler et trouver une oreille attentive ».

NOTRE DOSSIER SUR LES JO DE PARIS 2024

Des sportifs de haut niveau que Joël Thibault connaît bien pour les côtoyer tout au long de l’année sur diverses compétitions depuis les Jeux de Rio en 2016. Coach spirituel d’Olivier Giroud ou d’autres footballeurs et handballeurs, le pasteur, qui officie à l’église Espérance des nations, rêvait d’ailleurs lui aussi d’embrasser la même carrière. « Je me suis donné à fond quand j’étais plus jeune pour devenir footballeur professionnel, raconte-t-il. Je me suis ensuite formé pour devenir prof d’EPS mais disons que j’étais un peu trop addict au sport. Et la découverte de Dieu m’a permis de rééquilibrer tout ça ».

Les idées noires des sportifs pendant une compétition

C’est donc au chevet des sportifs que « le Révérend », comme certains l’appellent, a décidé d’exercer sa mission, partageant leurs joies mais aussi leurs doutes ou leurs détresses. Du fait de l’échec, de la peur de la blessure qui peut réduire en miettes quatre ans de préparation ou de la séparation avec leur famille que certains ont du mal à vivre. « On n’imagine pas le nombre de sportifs qui pensent au suicide pendant une compétition car la pression est énorme », assure ce père de famille de quatre enfants, qui est également spécialisé dans la santé mentale des athlètes.

Certains d’entre eux viennent aussi chercher ce petit supplément d’âme dans leur quête d’exploits et de médailles. « Mais un aumônier n’est pas que centré sur la performance, assure-t-il. Je suis là aussi pour qu’ils progressent dans leur cheminement personnel et grandissent en tant qu’homme. Pour qu’ils comprennent aussi leurs échecs. J’essaye de leur faire comprendre par exemple que l’adversaire n’est pas un ennemi mais un partenaire de progression. Car trop de sportifs ne sont motivés que par la haine ou la colère. Et ce n’est jamais bon car il faut que ce soit l’amour qui prime et l’amour de Dieu est pour cela le plus grand des boosters ».

« Je ne suis pas là en touriste ou pour me faire plaisir »

A quelques heures de l’ouverture du plus grand événement sportif mondial, Joël Thibault avoue ne pas encore savoir quel sera son programme. « Cela peut arriver qu’on se sente un peu inutile lors de compétitions s’il n’y a pas de demande, reconnaît le pasteur. Mais cela fait partie du job et je ne suis de toute façon pas là en touriste ou pour me faire plaisir ».

Si son agenda de prières le lui permet, il essaiera quand même de suivre à distance depuis le village olympique les performances de l’équipe de France de foot, de la gymnaste américaine Simone Biles ou les épreuves paralympiques d’athlétisme, de judo ou de natation. « Quand tu vois un unijambiste faire du saut en hauteur, tu ne peux qu’être impressionné par l’abnégation et la résilience de ces athlètes », confie-t-il.