JO 2024 : Dans les poney-clubs de Versailles, on lâche (un peu) la bride aux émotions devant les épreuves d’équitation
pas bourrins•La passion pour le cheval est une chose, celle pour les épreuves équestres aux Jeux olympiques en est une autreBenjamin Chapon
L'essentiel
- Les épreuves équestres des Jeux olympiques de Paris 2024, qui se déroulent au château de Versailles, sont des succès populaires, et apportent des médailles à la France.
- Du côté des pratiquants et pratiquantes de l’équitation tout au long de l’année, le rapport à la compétition olympique est ambivalent, entre enthousiasme modéré et supportérisme exacerbé.
- Troisième activité sportive la plus pratiquée en France, l’équitation ne compte particulièrement sur les Jeux pour recruter des cavaliers.
Calme plat au poney-club. Dans ce haras des Yvelines, à cinq minutes de galop du château de Versailles, où se tiennent les épreuves équestres des Jeux olympiques de Paris 2024, on entendrait les mouches voler et les chevaux brouter. Dans la petite salle de repos, une télé est pourtant allumée sur les épreuves du jour. Marie-Laure s’excuse presque : « Vous voulez que j’éteigne ? Comme je suis toute seule j’ai pensé que ça ne dérangerait pas… » La maman attend ses deux filles parties en balade à cheval. Si personne ne regarde les épreuves du concours complet en direct, de nombreuses cavalières et cavaliers viennent s’enquérir des résultats de temps à autre. « Si, si, j’aime bien regarder, mais bon… je préfère monter », explique Anaïs, cavalière de 20 ans.
« Mes filles s’intéressent aux Jeux olympiques, aux résultats des Français surtout, mais pas particulièrement à l’équitation, complète Marie-Laure. Mon fils en revanche, il adore. Ça va peut-être lui donner envie de s’y mettre, c’est le seul de la famille à ne pas monter… »
Le cheval avant la compét'
Pour comprendre ce relatif désintérêt de la part des amatrices et amateurs de cheval pour les épreuves équestres olympiques, nous partons en balade (au pas, tranquille), avec Anne et Stéphane. « Les cavaliers sportifs sont rares en comparaison des cavaliers de loisirs, débute Anne. L’équitation est le troisième sport le plus pratiqué en France, le premier pour les femmes. Mais contrairement au tennis et au foot – les deux premiers –, on peut pratiquer pendant des années sans faire de compétition. »
« Pour la plupart des cavaliers, la motivation première est de progresser mais pas forcément d’exceller, complète Stéphane. Le rapport avec son cheval est au centre de la pratique de l’équitation. Et ça, ça explique peut-être que les épreuves olympiques ne suscitent pas un enthousiasme comparable à celui des fans de foot pour la Coupe du monde. »
Les JO pour sortir le cheval du PMU
Amandine, monitrice dans un autre centre équestre des Yvelines, à Jouy-en-Josas, tempère ces propos. « Comme pour tous les sports, il y a une partie des enfants qui fait ça pour le plaisir sans penser à la compét'. Mais il y a des milliers de clubs en France qui organise des compétitions tous les week-ends. C’est un réseau incroyable. Et comme le cheval à la télé, c’est au PMU et quasi nulle part, les gamines et gamins de mon club, ils ne ratent rien des JO. » Pour preuve, les membres du club qui n’ont pas pu obtenir de places aux épreuves – « on avait un quota, elles se sont arrachées en quelques minutes », témoigne Amandine – se réunissent tous les jours pour suivre les épreuves.
Tous nos articles sur les JO de Paris 2024Pour constater cet élan de supportérisme équestre, il faut se rendre au Haras de Jardy, un immense complexe dédié au cheval, dans les Hauts-de-Seine mais tout près, là aussi, de Versailles. Une fan zone y a été installée et peut accueillir environ 1.000 personnes sans peine. Un écran géant, des gradins, un restaurant sous chapiteau, des boutiques… Tout est prévu pour susciter la passion. Le haras sert aussi de base arrière à plusieurs délégations olympiques qui soignent ici leurs chevaux. On croise Armand, jeune cavalier de 19 ans : « Je suis là pour le plaisir de vibrer avec d’autres personnes qui connaissent les épreuves, parce que chez moi, ma famille n’y comprend rien. » Pour ce qui est de vibrer, ce jour-là au haras, c’était timide. Une délégation britannique a salué avec quelques « hurray » la médaille d’or au concours complet, et des applaudissements sincères mais calmes ont accompagné les passages des athlètes français, finalement médaillés d’argent.
Sortir des clichés
« « Non, on ne crie pas, mais on vibre quand même, confirme Oriane, 37 ans, venue avec des amies. Les Jeux olympiques, c’est un peu unique en son genre, aucune autre compétition ne ressemble à ça donc il n’y a pas de tradition de supporteurs. On a l’habitude de faire des déplacements en club mais pas des grandes compétitions internationales. » »
De retour au poney-club, en fin de journée, on se réjouit de la médaille française. « Contrairement à d’autres sports, ça ne veut pas forcément dire qu’il y aura un pic de nouveaux cavaliers si les JO sont réussis, commente Maurice, chargé des inscriptions. Ce qu’une grosse médiatisation peut nous apporter, c’est une diversité des profils, parce que l’équitation souffre encore de certains clichés… »
Et pour casser les stéréotypes, rien de mieux que l’émotion. « Voir un cavalier s’éclater, être en osmose avec son cheval après un parcours, ça se sont de belles images pour le grand public, espère Maurice. Qu’il y ait, ou non, des supporteurs qui gueulent à côté, on s’en fiche. »


















