JO 2024 : « Impossible de faire mieux »… L’équitation à Versailles, la carte postale que tout le monde avait envie de voir
reportage•Le concours complet par équipe s’est terminé ce lundi dans les jardins du château de Versailles, un cadre fabuleux qui fait le bonheur des spectateursNicolas Camus
L'essentiel
- Les premières épreuves d’équitation de ces Jeux olympiques se sont terminées ce lundi, avec les podiums du concours complet par équipe et individuel.
- Au-delà de la belle médaille d’argent décrochée par l’équipe de France, les spectateurs ont apprécié le cadre unique offert aux sports équestres dans ces JO, avec le château en toile de fond et les jardins pour paysage.
- Les cavaliers français, ravis et émus, estiment que ces images « vont faire beaucoup de bien » à leur sport.
A Versailles,
Des milliers de personnes marchant dans une (très) longue allée en terre, foule bigarrée en train de patouiller dans la gadoue que l’on pourrait croire en route pour le château de Versailles, lointaine perspective quelques kilomètres plus loin. Si Marie-Antoinette n’avait pas été décapitée une deuxième fois vendredi lors de la cérémonie d’ouverture, elle aurait pu croire à un remake de la « marche sur Versailles », quand le peuple affamé et en colère avait poussé la famille royale au départ en octobre 1789.
Mais ce n’est pas une révolte, ni une révolution, en ce lundi matin. On assiste simplement à l’arrivée des spectateurs pour le début des épreuves d’équitation des Jeux olympiques. Depuis samedi, le site emblématique de l’Histoire de France, le premier à avoir été classé au patrimoine mondial de l’Unesco (1979), vibre au rythme des sabots des chevaux. Deux ans de travaux ont transformé peu à peu les jardins du Château et son Parc en sorte de ferme équestre géante, avec box, forges et clinique vétérinaire.
Trois tribunes ont également été montées, tout au bout du Grand Canal, cette création géniale d’André Le Nôtre à la perspective parfaite. C’est là que ce lundi, les Français Nicolas Touzaint, Karim Laghouag et Stéphane Landois ont remporté une superbe médaille d’argent sur le concours complet par équipe, derrière les intouchables Britanniques. Après la journée « magique » [dixit les cavaliers] de dimanche, pendant laquelle près de 40.000 personnes ont enflammé l’épreuve de cross installée le long du plan d’eau, les Bleus ont terminé le travail lors du saut d’obstacles.
Cette médaille, la troisième d’affilée pour cette discipline après l’or de Rio et le bronze de Tokyo, bénéficie de l’éclat du cadre pour nos cavaliers français. Le truculent Karim Laghouag est intarissable quand on le lance sur le sujet :
« Le cheval a complètement sa place dans un endroit comme celui-là, et on voulait vraiment en gagner une. Pour notre sport, c’est génial. On ne peut pas oublier le cheval, il fait partie du patrimoine mondial. C’est un animal qui a servi l’homme à travers l’histoire, pour le transport, pour les guerres. Ici, la compétition prend tout son sens. Moi je trouve ça génial. On peut tout imaginer quand on est à cheval ici, par exemple chevaucher à une autre époque, avec Louis. »
C’est dit avec un grand éclat de rire et la légèreté de celui qui vient de terminer en beauté trois jours de stress maximal. Il est vrai que ce choix de marier équitation et Versailles sonne comme une évidence. L’olympisme et l’Antiquité passionnaient Louis XIV et ses successeurs. Beaucoup de sculptures sur l’ensemble du site sont d’ailleurs inspirées de ces thèmes.
Les mots de Nicolas Touzaint sont plus choisis, mais ils pèsent lourd également. « C’est au-dessus de tout ce que j’avais pu imaginer, souffle le désormais triple médaillé olympique. Je m’attendais pourtant à quelque chose d’assez grandiose, mais là c’est encore au-delà. Pour l’image de notre discipline, c’est quelque chose de formidable. La journée d’hier était extraordinaire, le dénouement aujourd’hui aussi. Ça va faire beaucoup de bien à notre sport. »
« La vue est fantastique depuis les gradins »
Le moins que l’on puisse dire est que l’équitation a trouvé son public ici. Même dans le cadre plus feutré du saut d’obstacles (CSO pour les intimes), les tribunes ont vibré à la fin de chaque passage. Du sport de haut niveau avec supplément vue panoramique, que demande le peuple ? « La vue est fantastique depuis les gradins, avec le château au fond comme ça et les aménagements qui ont été faits, c’est top, apprécie Charles, un trentenaire venu avec deux amis. On était au milieu, côté droit, donc en se penchant un peu on avait la perspective ouverte. C’est incroyable d’avoir mixé ce lieu historique avec du sport. »
Croisés à la pause entre la fin du concours complet et le final de l’individuel, en début d’après-midi, Paris (comme la ville, oui oui) et Amanda font refroidir le moteur dans un petit coin d’ombre. Ce couple de quinquas américains est venu tout spécialement du Texas pour cette journée. Il y a deux ans, de passage à Versailles pour un circuit vélo, ils avaient appris que l’équitation aurait lieu ici en 2024. Le cerveau d’Amanda, grande fan de ce sport, avait fait tilt. « J’ai regardé mon mari et je lui ai dit : "on va devoir revenir, obligé !", raconte-t-elle en souriant. Et nous voilà aujourd’hui. Ce site est très spécial, c’était une excellente idée de mettre l’équitation ici. »
Quelques mètres plus loin, un petit groupe d’Anglais fait beaucoup de bruit. Dean, Anne, Johanna, William et Payton, aka la « team Palmers », donnent envie de s’approcher avec leur Union Jack bien visible. « Le lieu ? Brillant, surtout qu’il est rempli d’or pour les Anglais, se marre Dean. Non, sérieusement, impossible de faire mieux. On était venu il y a très longtemps, sans être trop portés non plus sur l’histoire de France mais on trouve juste que c’est magnifique. » Demain, la joyeuse famille profitera d’être dans le coin pour se rafraîchir un peu la mémoire.
Ils apprendront peut-être que le Char d’Apollon, situé dans la fontaine à côté du Château, côté jardins, a été restauré un peu avant la date prévue en raison de ces Jeux. La Grille de l’Etoile royale, tout au fond du domaine – là par où entrent les spectateurs –, a également profité de l’occasion pour retrouver tout son éclat. Cela faisait partie des promesses du Comité d’organisation. Comme le fait de réunir deux clans qu’on pensait irréconciliables, des militaires chargés de la sécurité du site et des Marquis sur échasses (c’est faux).
Michel (66 ans) et Antoine (29 ans), père et fils, sont venus de Toulouse pour quatre jours avec un sacré programme. Natation, tir à l’arc, escrime, beach volley, judo… Ils ont choisi « en fonction des Français et des sites », alors pour eux l’équitation était un passage obligé. Versailles, ils connaissent puisqu’Antoine y a habité pendant deux ans. « On voulait voir ce que ça pouvait donner en mode JO, et on n’est pas déçus, dit le papa. On se régale. »
NOTRE DOSSIER JO PARIS 2024Il fallait qu’ils voient ça, et tant pis s’ils sont parfois un peu perdus dans les méandres du règlement des compétitions équestres. A écouter les applaudissements pas toujours déclenchés au bon moment lors des passages des cavaliers, ils n’étaient apparemment pas les seuls à avoir pris des billets principalement pour la carte postale. Ça tombe bien, c’est tout ce que recherchaient les organisateurs.


















