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JO 2024 – Equitation : « Des éponges émotionnelles »… Au fait, les chevaux ressentent-ils aussi la pression ?
Galop d’essai•Alors qu’on évoque souvent la pression ressentie par les athlètes de disputer ces Jeux à domicile, qu’en est-il des chevaux ?Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Les épreuves d’équitation aux Jeux olympiques se déroulent dans le cadre somptueux du château de Versailles.
- Avec le public français derrière eux, les cavaliers tricolores espèrent ramener des médailles. Il faudra pour cela faire fi de la pression, pour eux et pour le cheval.
- Car les canassons ressentent énormément ce que peuvent leur transmettre les cavaliers.
Oui, on le sait, ce ne sont pas des humains comme les autres. Mais, ils ont beau répéter à qui veut bien l’entendre que « c’est bon, ne vous inquiétez pas, la pression on la gère super bien », les athlètes français présents à ces JO ont quand même les genoux qui tremblotent et le cœur qui bat la chamade au moment d’entrer sur les différents sites des Jeux. Logique, direz-vous, à leur place, on se serait déjà évanouis à peine mis les pieds au village olympique.
Et on n’est pas les seuls. Demandez donc aux chevaux, oui prenez-vous deux secondes pour Tom Booker, on a qu’une vie. Vous mangez pépère votre foin au chaud dans l’écurie et, d’un coup, on vous met au milieu d’une arène remplie de bipèdes qui vous applaudissent, les caméras braquées sur vous, votre cavalier qui vous motive à sortir la perf de l’année. Allez, go, rendez-vous chez le véto. « Comme c’est une proie, il a facilement peur, il est vite craintif, il flique tout autour de lui », explique Karim Laghouag, membre de l’équipe de France de concours complet, champion olympique en 2016 à Rio.
Un code de conduite
Pour éviter que le cheval ne défaille avant même de faire le moindre trot, le CIO a prévu la chose, avec une sorte de code de bonne conduite à respecter pour les spectateurs présents dans les gradins du château de Versailles. Car, évidemment, tout le public n’est pas un habitué de la demi-volte ou de la serpentine et risque de pousser derrière les Français : pas de bruit pendant l’épreuve de dressage, pas d’applaudissements après les barres franchies lors du saut d’obstacles. Tout pour éviter que le cheval ne cède sous le poids de la pression.
« Il va sentir qu’il va y avoir une atmosphère complètement différente, avec du public, une arène conséquente, assure Stéphane Landois, qui sera sur le concours complet. Ce sont des choses qu’on a parfois sur le circuit, comme à Aix-la-Chapelle. A nous de réussir à le garder bien concentré sur ce qu’il doit faire et ne pas regarder à droite ou à gauche. Les applaudissements, ça peut un peu le perturber. On essaie qu’il n’y ait pas trop de bruit quand il rentre en piste, laisser passer l’acclamation de la foule pour celui qui est avant… Sur le dressage, ça peut être très déstabilisant, car le cheval doit être très concentré et très calme. »
Même s’ils sont habitués à disputer moult concours (une grosse demi-douzaine par an), Triton Fontaine, Chaman Dumontceau, Diabolo menthe et Aisprit de la Loge, qui seront sur le concours complet, ont eu droit mardi matin à une répétition grandeur nature au Lion-d’Angers (Maine), pour se mettre dans l’esprit olympique, avec une mini-compèt organisée devant des tribunes pleines.
« Une éponge émotionnelle »
Mais, le plus gros danger pour le cheval n’est pas le spectateur qui va crier « Allez, Gotilas du Feuillard, saute plus haut », mais bien le cavalier qui le monte. « Si le cavalier est tendu, stressé, contracté ou différent de d’habitude, le cheval le ressent tout de suite, il est beaucoup plus sensible que ce qu’on peut imaginer, témoigne Nicolas Touzaint, médaillé d’or aux JO d’Athènes en 2004, qui tentera encore d’aller chercher un podium à Paris. Ça fait partie de notre travail de réussir à nous rester relâché, tranquille et le transmettre au cheval pour obtenir des bons résultats. »
« Le cheval, on l’appelle une éponge émotionnelle, reprend Karim Laghouag. Dès que votre cheval a des signes de stress, c’est à cause de vous. Il n’est pas suffisamment rassuré. Et, nous, on est là « pour le protéger », il nous fait confiance et on a créé une confiance avec lui. Le cheval est capable de déceler une pulsation cardiaque à huit mètres, donc quand vous êtes assis dessus, il ressent tout. C’est plutôt une aide, c’est lui qui est en train de vous dire que vous déconnez. »
Trop de stress pour le canasson peut provoquer une faute de fer lors du dressage, un dérobé sur le cross ou une barre tombée lors du saut d’obstacles. Et sur le long terme, une perte d’énergie pour l’animal. Alors comment calmer son fidèle partenaire lorsque celui-ci monte en pression ?
Méthodes de relaxation
« Le but c’est de le caresser, de lui faire faire des transitions, de passer du galop au trop, de beaucoup lui parler, détaille Nicolas Touzaint. Ce sont plein de petites choses pas évidentes à expliquer, mais qu’on fait au ressenti, parce qu’on connaît notre cheval, pour essayer de le garder décontracter, de le rassurer, pour qu’il soit performant. » « On relâche un peu le contact qu’on peut avoir avec les jambes, avec les rênes, ajoute Karim Laghouag. Ou, au contraire, parfois, on l’enrobe pour lui donner un peu de courage. C’est dans le relationnel, mais si on est apaisé, le cheval est apaisé. L’un est le prolongement de l’autre, et on ne sait pas forcément dans quel sens. »
Même si tout a été bien travaillé, la connexion entre le cavalier et sa monture à son apogée, le public silencieux au possible, l’accident peut survenir à tout moment. Et le zéro pointé arriver. « Ce sont des animaux, il y a des petites parties qu’on ne maîtrise pas, complète Nicolas Touzaint. S’il panique et qu’on perd le contrôle, c’est lui qui décidera. Il y a, à chaque fois, des médailles qui sont ratées à cause de ça. »
Et, au contraire, si médaille il y a, le cheval fera comme tout athlète monté sur un podium qui se respecte : rouler de la crinière. « On a eu l’impression, et peut-être que c’est de l’ordre de l’imaginaire, après la médaille obtenue aux JO, que le cheval en rentrant, il se prenait pour le boss. C’était lui et les autres. » On pourra toujours le rebaptiser Mbappé ensuite et l’envoyer au Haras de Madrid.



















