Euro 2024 : Comment l’Allemagne est devenue la deuxième patrie des Ukrainiens pour le football
Football•Alors que leur pays est toujours en guerre depuis l’invasion russe de février 2022, les Ukrainiens rencontrent la Roumanie, ce lundi à Munich, dans un stade forcément acquis à leur causeNicolas Stival
L'essentiel
- L’Ukraine commence son Euro ce lundi (15 heures) contre la Roumanie à Munich.
- Les liens entre ce pays et l’Allemagne se sont considérablement renforcés depuis l’invasion russe de février 2022. Plus d’un million d’Ukrainiens sont réfugiés Outre-Rhin.
- De nombreuses institutions et associations allemandes viennent en aide à l’Ukraine, notamment dans le domaine du football.
Du bleu et du jaune partout, sur les drapeaux et les maillots. Dans leur camp d’entraînement de Wiesbaden, au sud-ouest de l’Allemagne, les footballeurs ukrainiens évoluent à domicile, même loin de leur pays ravagé par la guerre. Pas une nouveauté pour les joueurs du Shakhtar Donetsk, qui ont disputé leurs matchs de Coupe d’Europe « à la maison » à Hambourg, lors de la saison écoulée.
Une large frange du public devrait encore pousser derrière Moudrik, Zintchenko et leurs coéquipiers ce lundi pour leur premier match de l’Euro, à Munich contre la Roumanie. Danylo Cherkashenko en sera, comme pour les deux autres matchs de poule, vendredi à Düsseldorf contre la Slovaquie puis le 26 juin à Stuttgart face à la Belgique.
Ce vidéaste de 47 ans, installé depuis un quart de siècle en Allemagne, a cofondé en 2006 le projet UASUPPORT.DE. Comme son nom l’indique, il s’agit de soutenir les athlètes ukrainiens dans toutes les compétitions auxquels ils participent, en Europe occidentale. « Pour cet Euro, beaucoup de membres de notre association, qui connaissent la langue et les villes qui accueillent la compétition, vont aider les organisateurs les jours de match », développe le quadragénaire qui sera accompagné d’environ 200 personnes à chaque rencontre.
Des partenariats lancés bien avant l’invasion russe
Un exemple à l’échelon local des liens noués entre le football des deux pays, nettement renforcés depuis l’invasion russe de février 2022. L’Allemagne est, de loin, le premier pays d’accueil des réfugiés ukrainiens, avec plus d’un million de personnes déplacées.
En marge du match amical entre les deux sélections le 3 juin à Nuremberg, l’ancien Ballon d’or Andriy Shevchenko, aujourd’hui président de la Fédération ukrainienne, a d'ailleurs signé un accord de coopération avec son homologue de la Fédé allemande (DFB) Bernd Neuendorf. Ce document prévoit le développement de stages de football Outre-Rhin pour des jeunes Ukrainiens et leurs entraîneurs.
Rien d’autre que le prolongement des échanges existant déjà depuis plusieurs années sous l’égide de la Fondation DFB-Stiftung Egidius Braun, née en 2001 et baptisée du nom d’un ancien président de la Fédération (1992-2001). Décédé en 2022 à l’âge de 97 ans, Braun était par ailleurs vice-président de l’UEFA au moment de l’effondrement de l’URSS au début des années 1990, ce qui l’avait amené à soutenir les fédérations des pays nés dans la foulée, dont celle de l’Ukraine.
Des réfugiés accueillis dans 587 clubs allemands
« Tout de suite après le déclenchement de la guerre russe d’agression contre l’Ukraine, la fondation a lancé en programme pour les clubs de foot qui ont soutenu les réfugiés ukrainiens, indique une porte-parole de l’organisation. Au total, 587 clubs de foot ont chacun reçu une prime de 500 euros, pour financer des licences, des équipements par exemple. Avec l’aide du commissaire du gouvernement fédéral aux migrations, ce sont 293.500 euros qui ont été versés. »
Depuis février 2022, la fondation, appuyée par différents partenaires, a financé pour 10 millions d’euros d’aides diverses à l’Ukraine, souvent à destination des jeunes, mais pas seulement. « Nous avons fourni par exemple de la nourriture et aidé à la réparation d’infrastructures, ou encore soutenu la Fondation Klitschko. » Cette organisation caritative a été créée par l’ancien boxeur Wladimir Klitschko, frère de Vitali, autre champion du monde poids lourds devenu maire de Kiev.
« Mais des équipes et des athlètes d’autres sports reçoivent aussi du soutien », reprend Danylo Cherkashenko, en citant des compatriotes plongeurs accueillis à Aix-la-Chapelle pour préparer le championnat d'Europe 2022, ou l’équipe de handball du Motor Zaporijia, championne d’Ukraine hébergée en Bundesliga 2 lors de la saison 2022-2023.
Cherkashenko prépare plus particulièrement le match de vendredi à Düsseldorf, près de son domicile d’Oberhausen, avec marche des fans jusqu’à la Merkur Spiel-Arena et présentation d’un guide pour les fans. Entre autres animations, il participera aussi activement à un festival de rue pour promouvoir « la culture, la nourriture et la société civile » ukrainiennes.
« Nous ne devons pas oublier que les fans les plus actifs, les ultras, sont restés à la maison et défendent notre pays. C’est pour cela que la majorité des gens dans le stade seront des femmes et des enfants. » Et la Zbirna pourra-t-elle compter sur le soutien des Allemands ? La fondation DFB-Stiftung Egidius Braun n’a pas souhaité répondre aux questions trop politiques. Danylo Cherkashenko, si.
« « Je l’espère ! Au début, le drapeau ukrainien était un signe de paix, que l’on pouvait voir dans chaque ville, chaque manifestation. Mais malheureusement, il y a aussi des gens qui ne souhaitent pas que notre équipe réussisse. Il y a pas mal de commentaires haineux sur les réseaux sociaux allemands, qui conseillent à nos joueurs de défendre leur pays. Beaucoup ne comprennent pas que l’on puisse jouer au football en ce moment. Mais ce sont pour la plupart des populistes d’extrême droite et des sympathisants de Poutine. Il faut les ignorer. » »
Pas facile. Mardi dernier, 73 des 77 députés de l’AFD (extrême droite) au Bundestag, ainsi que les 10 élus du BSW (gauche radicale) ont boycotté le discours de Volodymyr Zelensky devant la chambre basse du Parlement allemand. Or, les deux partis ont terminé deuxième et cinquième des dernières élections européennes dans le pays, avec respectivement 15,9 % et 6,2 % des voix.


















