04:39
JO Paris 2024 - Natation : « Il a besoin d’être protégé »… Dans les coulisses de la bulle Léon Marchand avant les Jeux
NATATION•A l’initiative de son entraîneur, Bob Bowman, Léon Marchand a été très protégé depuis son retour en France, au début de l’été. Retour sur le plan anti-pression et sollicitation censé apporter paix et prospérité au crack de la natation avant les JOWilliam Pereira, avec Nicolas Stival
L'essentiel
- Tête d’affiche de la natation française aux JO de Paris 2024, Léon Marchand bénéficie d’une protection rapprochée depuis son retour en France au mois de juin. Soucieux de le préserver des sollicitations médiatiques et du public avant les Jeux, ses entraîneurs ont mis en place une véritable bulle autour de lui
- Marchand reconnaît qu’il avait peur de l’attention du public l’année dernière, mais qu’il commence à s’habituer et à mieux gérer sa notoriété grandissante.
- Aux Jeux Olympiques, le cadre sera plus strict mais Marchand devra aussi composer avec davantage d’obligations protocolaires liées à d’éventuelles médailles. Il pourra toujours compter sur Bob Bowman pour le protéger
Soulagé. L’heure des JO 2024 a sonné et Michel Coloma, directeur des Dauphins du TOEC, va pouvoir profiter des performances de Léon Marchand à Paris dans la peau du spectateur de luxe, dés ce matin pour les séries du 400m 4 nages. Depuis le retour du fils prodigue en France, mi-juin, Coloma s’était improvisé chaperon sur ordre de l’entraîneur principal, Bob Bowman, resté au Texas (et arrivé en France depuis). L’Américain a beau être un personnage sympathique pour peu qu’on ose l’approcher, il sait se montrer impitoyable quand le plan n’est pas suivi à la lettre, surtout quand il s’agit de son poulain français.
Une tâche difficile mais prise à cœur par Coloma lors des derniers championnats de France. Il fallait faire mieux que l’an passé, où la protection du jeune nageur avait connu quelques trous d’air. Parmi les ratés, on raconte qu’un journaliste habile avait réussi le coup du « je te mets le bras sur l’épaule comme si t’étais mon pote » pour monopoliser Marchand un bon 5-10 minutes.
Un an plus tard, la consigne est au barrage à tout ce qui peut graviter autour du triple champion du monde 2023. Partout où celui-ci allait, Coloma le suivait comme son ombre. Partout où les médias étaient susceptibles de vouloir gratter l’amitié avec le jeune champion, il faisait barrage de son corps. Toujours avec gentillesse, parce que son physique est à l’opposé du videur de boîte de nuit, mais surtout parce que Michel est à l’image de ce qu’est la natation en France, relax, cool et accessible. Aux « France », on circule un peu partout et on discute avec qui on veut. Parfois, il n’y a même pas à se lever de son siège : Florent Manaudou vient à vous en tribune de presse, vaguement camouflé derrière un bob, des lunettes et sa moustache, histoire de pas trop attirer l’attention non plus.
Aucun subterfuge comparable pour Léon Marchand, pour qui une sortie spéciale à l’abri du public a même été imaginée à Chartres. A l’intérieur, le nageur jouissait d’une protection totale derrière le paravent Coloma, épaulé par l’entraîneur français du phénomène, Nicolas Castel (et une personne de la FFN en renfort pour les finales). « On a tenté de le protéger au maximum, on y est pas mal arrivés je crois, se félicite après coup le directeur des Dauphins du TOEC. On lui a facilité la vie selon ses dires. »
Le rituel de protection de Léon Marchand aux championnats de France :
> Léon quitte la chambre d’appel
> Léon tape tout le monde en sifflotant
> Léon sort du bassin
> Michel Coloma lui tend une gourde pour qu’il boive une ou deux gorgées de flotte
> Léon file en zone mixte accompagné de Coloma (entre 2' et 2'30'' max)
> Léon file dans le bassin extérieur faire un plouf pour entamer sa récup sous les yeux de Coloma et Castel.
> Les enfants en délire venus récolter un autographe se demandent quand ils vont bien pouvoir obtenir quelque chose de leur idole.
« Je commence à m’y habituer »
La communion avec les jeunes supporters n’a pas eu lieu avant le mercredi après-midi, et quelque chose nous dit que cela faisait aussi partie du plan, question de timing. Celle-ci est intervenue après le point culminant de la semaine de Marchand, l’enchaînement 200m papillon et brasse. Le nageur a bien pris une vingtaine de minutes auprès d’un groupe de 40-50 ados, dans une salle déjà bien vide. Au programme, selfies et signatures.
Juste ce qu’il faut pour décompresser et ne pas nourrir l’image d’un champion trop distant. Qu’il n’est pas du tout, au demeurant. « L’année dernière, je me cachais un peu, concède quand même Léon Marchand. J’avais un peu peur de sortir, de voir des gens parce que j’avais l’impression que tout le monde m’observait. C’était un peu relou. Cette année, ça me va. Je commence à m’habituer. Je suis obligé en fait, c’est comme ça. Je dis ça parce qu’on ne m’arrête pas tous les cinq mètres dans la rue non plus. A mon niveau franchement, je le gère bien. »
Aux Jeux, un cadre plus strict mais plus d’obligations protocolaires
C’est aussi un peu l’idée de cette protection rapprochée : ne pas laisser la notoriété du bonhomme s’envoler avant l’heure. S’il rafle tout aux JO façon « prime » Phelps, la machine médiatique et marketing fera son travail de buldozer. La pression des Jeux à domicile est déjà suffisamment grande en soi, si Léon Marchand peut éviter de les aborder avec une pancarte collée au dos, pourquoi s’en priver.
« « Je pense vraiment qu’il a besoin d’être protégé autant que possible. J’ai quelques expériences dans le domaine (sourire, en allusion à Michael Phelps, qu’il a entraîné). Ce qui est important, c’est de minimiser les situations où il se retrouverait avec beaucoup de monde. Il ne peut pas se débarrasser de tout ça mais il a besoin de savoir comment se gérer et comment rester concentré sur son travail au milieu de l’attention qu’il génère. » »
Quand on veut devenir le nouveau Michael Phelps, il faut apprendre à encaisser tout ça. Les JO 2024 feront à ce titre figure de test ultime. A Paris, la team Marchand ne pourra pas se contenter de zones mixtes uniquement après les finales, ni se soustraire aux protocoles et cérémonies chronophages qui incombent aux médaillés olympiques. Le multiple champion de France devra composer avec toutes les contraintes extra-sportives. Pour le reste, Bob Bowman veillera au grain. Quant à Michel Coloma, il passe la main sans cacher son soulagement : « maintenant, c’est la Fédération qui va prendre le relais pendant ces Jeux. et on sera là surtout pour encourager nos quatre représentants (Léon Marchand, Assia Touati, Antoine Viquerat et Guillaume Guth). » Un repos bien mérité.



















