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Jeux olympiquesPour les fans de parkour, la peur d’un Paris sous contrôle pendant les JO

JO de Paris 2024 : « De plus en plus dur d’être discret »… Pour les fans de parkour, la peur d’un Paris sous contrôle

Jeux olympiquesL’arrivée prochaine des JO à Paris ne fait pas que des heureux. Les pratiquants de Parkour, une discipline de grimpe urbaine, redoute la présence massive de touristes, policiers et caméras comme frein à leur loisir
Pour les fans de parkour, les JO de Paris 2024 risquent d'être un frein à leur activité
Pour les fans de parkour, les JO de Paris 2024 risquent d'être un frein à leur activité - Canva / Canva
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Après l’échec total de la finale de la Ligue des champions au Stade de France en 2022, l’exécutif français en a fait la promesse : les JO de Paris seront ceux de la sécurité.
  • Une perspective rassurante pour de nombreux touristes, mais pas vraiment au goût des pratiquants de Parkour, cette activité de grimpe urbaine.
  • Pour eux, la police et le nombre exponentiel de caméras à venir risque surtout de voir leur pratique – qui frôle souvent avec l’illégalité – de plus en plus limité et contrainte à des contrôles fréquents.

«Paris sublimé, Paris contemplé, Paris immortalisé… mais Paris contrôlé ». Il n’y a pas que la célèbre anaphore que Joël pique sans gêne à de Gaulle. Le ton grave, autre caractéristique du Général, est aussi présent au moment où le trentenaire évoque les Jeux olympiques 2024. Le blockbuster sportif à venir le touche bien moins que la crainte d’y perdre par la même occasion son terrain de jeu favori.

C’est que, pour Joël, Paris évoque moins la ville lumière qu’un bac à sable géant dans lequel il s’amuse. En ouvrant – très – attentivement les yeux sur les boulevards haussmanniens, vous pouvez parfois l’apercevoir dévaler les toits, se suspendre à une grue ou escalader un des nombreux chantiers de la ville.

Pas vu, pas pris

Joël pratique le parkour, de la grimpe urbaine façon voltige au-dessus du goudron plutôt que dans les arbres. L’architecture parisienne tout en hauteur, les mille vues qu’offre la ville et, merci Hidalgo, le fait de croiser des travaux dans chaque rue ou presque, offraient jusqu’à la de folles perspectives pour tout Yamakasi version bleu-blanc-rouge. « La liberté », sourit Joël en rappelant que c’est même le premier mot de notre devise nationale.

Slogan patriotique ou non, grimper à 30 mètres sur une grue ou pénétrer un chantier reste illégal – le « Interdit au public » écrit partout en gros étant à ce sujet un bon indice. « C’était rare que je me fasse prendre, et quand ça arrivait, ça se résumait souvent à une garde à vue ou un petit avertissement verbal, rien de bien méchant », souligne Joël. S’il se conjugue déjà au passé, c’est que l’été 2024 risque fort de bousculer ce constat de « pas si pire ».

« Se faire gauler pour une simple ascension lambda, quel intérêt ? »

Avec les JO, le grimpeur casse-cou va devoir composer avec plus de policiers, plus de caméras et plus de touristes… « Quand tu vois une personne en haut d’un toit, tu as peur que ce soit un mec qui veut se suicider ou un voleur et tu appelles les flics, c’est normal. Pour éviter ça, on sort très tôt à l’aube ou la nuit, mais j’ai peur que l’été prochain, il y ait toujours du monde quelle que soit l’heure. Quand ce ne sont pas les nouvelles caméras ou policiers qui nous crameront ».

Un brin fataliste, tranchant avec son sourire en coin, notre grande tige d’1,85m s’apprête à avoir des fourmis dans les jambes tout l’été. « Les folies mythiques comme la Tour Eiffel ou Notre-Dame, ce n’est même pas la peine d’y penser pendant au moins quelques mois. Mais même un simple chantier d’immeuble ou une grue, je me demande si ça vaudra le coup. Avoir 90 % de chance de se faire gauler pour une simple ascension lambda, quel intérêt ? »

Plus de contrôle même après l’été 2024 ?

Même crainte d’être cloué au sol après avoir connu l’ivresse des cimes pour Medhi, 33 piges dont 15 a sillonné les toits de Paris comme Amélie Poulain en fait le tour des cafés. « Faire du parkour nécessite deux règles : être prudent, et être discret. Prudent, je le serais toujours. Discret, ça va être de plus en plus difficile en 2024… et après ».

Car les adhérents de la discipline craignent bien pire qu’une simple pause estivale. « Les touristes finiront bien par partir. La présence policière et les cameras supplémentaires, par contre… A chaque fois qu’on renforce les contrôles et la sécurité, même en présentant des mesures épisodiques, c’est très rare qu’on revienne dessus. Je ne me fais pas trop d’illusion. Les cameras resteront. Et l’ambiance générale en France va vers plus de policiers que moins. »

Les attentats, les JO, la pression policière de plus en plus forte

Pour cet amoureux de la capitale, « Paris reste Paris » comme on le dit si bien, mais une partie de la liberté goûtée dans sa jeunesse s’est envolée pour de bon, et les JO pourraient être le dernier clou du cercueil. « Les choses ont déjà bien changé après les attentats. Aujourd’hui, les gens sont plus méfiants, la police plus vigilante et c’est normal. Je pense qu’en grimpant la Tour Eiffel de nuit par exemple, on pourrait me prendre pour un terroriste et carrément me tirer dessus. » Et à un moment, fan de parkour ou non, il ne faut pas en faire trop sur le romantisme de la chose : « C’est important le parkour pour moi, mais pas au point de risquer ma vie. Et si je peux éviter une amende trop salée à mon compte en banque, ça serait pas mal non plus. On fera de l’escalade en salle ou à Fontainebleau. Ce n’est pas la même chose, c’est sûr, mais pas le choix. »

Joël aussi anticipe une ambiance plus soupe à la grimace chez la police : « Je ne suis pas de ceux qui vont dire qu’ils sont tous pourris ou quoi. Mais les flics, l’amende et la peine que l’on reçoit dépendent de leur humeur alors il y a des moments où il vaut mieux éviter de faire les guignols à escalader devant eux. Pendant les "gilets jaunes" par exemple, ou après Nahel. Ce sera la même chose durant les JO : ils seront déjà débordés de toute part, devoir gérer un mec qui veut faire des sauts entre les toits, ça va les énerver ».

Moins de choses possibles mais plus de travaux pour s’amuser

Mais que serait la France – et Paris – sans un soupçon d’optimisme un poil trop romanesque ? Charge à Mathias de l’incarner : « Les touristes viendront au JO de Paris pour voir de la féerie. Des acrobaties entre les toits, ça devrait leur plaire je pense. On ne fait rien de méchant, il n’y a pas de raison que ça se passe mal avec eux. »

Pour les caméras, l’homme plaide simplement qu’il faut vivre avec son temps : « Bien sûr qu’on peut faire moins de choses qu’avant, mais c’est pareil partout, pas que pour le parkour et pas qu’à Paris. Prenez n’importe quel lieu touristique : c’est beaucoup plus encadré et réglementé qu’il y a 20 ans. On va devoir s’adapter. Je ne suis pas naïf, c’est sûr qu’on pourra faire moins de choses. »

Seule consolation de taille pour nos trois acrobates : le nombre de chantiers parisiens, déjà conséquent, a encore augmenté avec la venue des Jeux. « C’est autant de nouvelles aventures, de découvertes et de façon de voir Paris d’en haut », s’enthousiasme Joël, décidément bien accro. Un dernier shoot de liberté, avant de peut-être disparaître pour de bon.

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